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La manipulation par les chiffres, encore et toujours

Publié le 27 janvier 2010 par Monthubert

Pour faire une belle séquence media, il faut du teasing. Celle de cette semaine a débuté avec l’ »interview » de Nicolas Sarkozy, qui est un peu à la vraie interview ce qu’est le publi-reportage à la presse. Je reviendrai dans un autre billet sur ce moment de communication élyséenne. Au cours de ce passage télévisé, Sarkozy s’est montré confiant sur le front du chômage, alors l’on prévoit 1 million de chômeurs en fins de droits en 2010. Il fallait donc, pour le second temps du teasing, une belle annonce sur le front de l’emploi. Elle est tombée aujourd’hui : une baisse de 0,7% des chômeurs de catégorie A. Sauf que, comme l’explique très bien Alain Vidalies dans un communiqué que je reproduis ci-dessous, cette baisse est liée au mode de décompte des chômeurs… et si on ajoute les chômeurs de catégorie B et C, on a une hausse de 8 600 !

Le même jour, on apprend que le nombre de garde à vues est de 25% supérieur aux chiffres annoncés par le gouvernement.

Dans un tel contexte d’utilisation abusive des chiffres, on peut s’inquiéter de la tournure que prendra le débat sur les retraites. Car le premier temps de ce débat est nécessairement un diagnostic sérieux et partagé. Cela suppose une indépendance réelle de ceux qui fourniront les données. Mais comment peu-on y croire aujourd’hui, quand la main-mise du pouvoir politique sur l’appareil statistique est sans cesse plus forte ?

Pour pouvoir revenir à de vrais débats démocratiques, il faut imposer l’indépendance des statistiques publiques. Cela peut apparaître comme un problème technique, c’est en réalité au coeur du fonctionnement démocratique.

Le 27 janvier  2010,

Communiqué  d’Alain VIDALIES

Secrétaire national au travail et à l’emploi

Chiffres du chômage : la réalité derrière un chiffre

Le gouvernement et le Président de la République affiche une autosatisfaction surprenante après la publication des chiffres du chômage pour décembre 2009. En réalité, en décembre, on dénombre une augmentation de + 8600 demandeurs d’emploi pour les catégories A, B et C.

Si le chiffre de la seule catégorie A est en apparente amélioration, c’est uniquement parce que les salariés en contrat de transition professionnel (CTP) ou en convention de reclassement personnalisée (CRP),  après un licenciement économique, ne sont pas décomptés comme demandeurs d’emploi mais comme « stagiaires de la formation professionnelle ».  Avec un tel mode de calcul, plus on a de licenciés économiques, moins on a de chômeurs !

S’il y avait une amélioration de la situation économique, elle se traduirait forcément par une augmentation des offres d’emploi. Or, d’après les chiffres publiés par Pôle emploi, au contraire, au mois de décembre, les offres d’emploi ont diminué de 4 %.

Bien que de nombreux analystes estiment que le chômage continuera d’augmenter en 2010, le gouvernement et le Président de la République restent passifs et semblent être déconnectés de la réalité que vivent les Français. La réalité de la France aujourd’hui, c’est un million de chômeurs en fin de droits en 2010 et un Président de la République qui refuse de leur donner tout aide supplémentaire. La réalité aujourd’hui, ce sont des sites qui ferment, comme chez Total, alors que l’entreprise fait des bénéfices, sans que le gouvernement réagisse.

Tous les spécialistes prévoient une aggravation du chômage en 2010, avec un taux de chômage qui pourrait atteindre 11%. Seul le gouvernement semble ignorer cette réalité.

Aujourd’hui, et dans l’urgence, le Parti socialiste demande au gouvernement de prendre enfin en compte la situation du million de demandeurs en fin de droits en 2010, qui sont les premières victimes de la crise.

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