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Pourquoi un écrivain tient-il un blog ?

Par Georgesf

 On me signale un débat intéressant : pourquoi si peu d’écrivains tiennent-ils un blog ?
C'est paru sur le blog de Wrath. Si, si.

C’est une bonne et simple question. Dommage qu’elle y ait ajouté une flèche du Parthe avant de fermer. Je cite :


Mon hypothèse est que la plupart des écrivains français sont mal à l’aise dans l’arène publique.
Si vous voulez tenir un blog, un vrai, il faut accepter les critiques. Même François Bon essuie des coups, c’est dire ! Vous allez me répondre qu’un écrivain accepte forcément les réactions du public, puisqu’il a choisi d’être publié. Eh bien non, pas forcément. Il est bien plus confortable de produire un petit navet une fois tous les deux ans puis de se rendre dans les soirées littéraires où tout le monde dit du bien de votre livre...

Grosse erreur : on peut très bien tenir un blog ET courir les cocktails littéraires. Moi, par exemple, hein, moi, je suis un grand mondain, une figure de la jet-set ET un forçat du blog : je tiens le mien depuis deux ans (près de trois billets par semaine) et cela ne m’a pas empêché de m’exhiber à DEUX cocktails littéraires en deux ans (si, si, le dernier pas plus tard qu’il y a 8 jours), et d’y boire les compliments sur mes livres, encore, encore ! Et, pendant le temps qui me restait, j’ai publié deux livres dont je ne sais s'ils sont des petits navets.  

La réponse à la bonne et simple question est en fait assez complexe : je connais plusieurs bons écrivains qui bloguent, et surtout d’autres bons qui ne bloguent pas. Pourquoi ? C’est une question qu’on ne se pose jamais entre nous. Je ne vais donc parler que pour moi, c’est déjà beaucoup. Voir la suite en dessous...


scribe
 

POURQUOI BLOGUÉ-JE ?

- Parce que ça m’amuse. Vous l’avez sans doute compris.

- Parce que l’écriture d’un billet constitue un jogging de l’écriture, surtout en période sèche. Nulla dies sin linea, c’est plus facile en blog.

- Parce qu’un blog d’auteur donne une petite visibilité, ne serait-ce que dans l’univers des blogs littéraires et de leurs visiteurs (ce qui fait du monde, si j’en crois les retours en salons du livre). Il permet parfois d’offrir une vitrine aux médias qui viennent se renseigner.

- Parce que ça crée un rapport direct avec les lecteurs, et même un dialogue, y compris quand leurs réactions sont négatives. Si, si, c’est vrai : les visiteurs qui m’ont rencontré, lors de salons du livre, peuvent témoigner de ma demande systématique après dédicace « Postez vos commentaires sur mon blog, surtout s’ils sont négatifs ». Je ne supprime jamais ces commentaires, je ne censure que les méchancetés qui concernent mon blog proprement dit *. Celles-là, je les efface avec moins de tolérance que Wrath. Je dois reconnaître que sa capacité d’encaissement, son stoïcisme sous les jets de fiel, m’impressionnent.

- Parce que c’est une assez bonne caisse de résonance lors de lancement de mes livres : annonce de la sortie, présentation des critiques médias, revue des commentaires sur blogs, annonce des participations aux salons du livre. C’est ce que je vais commencer à faire – je préviens pour ceux qui n’aiment pas ça.

De nombreux auteurs préfèrent la formule du site, qui leur permet de se présenter, de bénéficier de visibilité et d’effet de résonance, et même de mettre en avant leur actualité, sans être soumis aux inconvénients de la tenue d’un blog, qui ne sont pas forcément ceux que vous croyez :

POURQUOI DEVRAIS-JE CESSER DE BLOGUER ?

- Parce que ça prend du temps, bien plus qu’on ne croit. Quand j’écris un billet, je le mets aussitôt en ligne, mais j’y reviens ensuite pour le peaufiner, le corriger.

- Parce ça dévore l’énergie créative : la capacité d’invention, le plaisir d’écrire se font bouffer par le blog. C’est comme un trop long jogging : on croit s’échauffer en pondant un billet et on se retrouve exsangue, hors d’haleine, une fois qu’on l’a mis en ligne.

- Parce que ça déforme l’écriture. Chaque fois que je commence l’écriture d’un roman, j’ai du mal à me défaire de mon ton bloguesque, plus relâché, plus approximatif, plus sincère (si, si !), plus dialoguant. Il me faut une quarantaine de pages avant de trouver un vrai ton pour le roman. Dans le cas de nouvelles, c’est encore plus périlleux : on peut écrire la nouvelle entière avant de constater que le style n’y est pas.

- Parce que ça crée un brouillage : les visiteurs de ce blog qui lisent aussi mes livres (il paraît qu’il y en a) voudraient parfois que les romans, les nouvelles, soient dans le même style que celui de mon blog. Au risque de les décevoir, je dois leur expliquer qu’une « écriture blog » ne tiendrait pas la distance.

- Parce que la tenue d’un blog prive l’auteur de son mystère : bloguer, c’est s’exposer, c’est se dévoiler, même si l’on ne tient pas de journal intime à longueur de billets. Trop ? C’est possible. Sans tomber dans le juliengracquisme, j’aimerais parfois me dissocier de ce que je publie : un livre doit vivre sa vie tout seul, sans le portrait de l’auteur en filigrane.

Ces inconvénients sont sérieux, pesants. J’ai d’ailleurs failli mettre mon blog en veilleuse il y a neuf mois et je l’avais expliqué dans un billet 

http://georges-flipo-auteur.over-blog.com/article-29653951.html

et dans un autre, plus intime :
http://georges-flipo-auteur.over-blog.com/article-29445329.html

Mais on ne se refait pas, j’ai continué. La prochaine fois, je me mettrai en veilleuse sans rien dire. Si ça tombe, personne ne le remarquera...

Voilà, j’ai donné ici un point de vue honnête, je lui ai évité tout caractère polémique. Je n’ose donc pas le publier en « commentaire » sur le blog de Wrath, de peur de me faire mitrailler. Mais si vous voulez passer chez elle et y faire allusion dans votre commentaire, l’accueil sera peut-être meilleur. Emportez quand même un gilet pare-balles.
* Je veux bien qu’on dise du mal de mes livres, mais pas de mon blog, écrit avec mes larmes et mon sang, mon blog dans lequel je parsème le meilleur de moi-même. C’est comme Ingres qui acceptait des critiques sur ses tableaux, mais jamais sur sa façon de jouer du violon.


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