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L'exhibitionnisme numérique des adolescents

Publié le 29 janvier 2010 par Jeromebondu

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Je reviens sur l’analyse de l’article de Jean-Marc Manach « la vie privée : le point de vue des petits cons ». Christophe Deschamps évoque dans son dernier ouvrage « Le nouveau management de l’information » le web comme participant à la création d’une conscience mondiale. Cette idée est plaisante, et m’a inspiré une autre idée (voir l’article précédent), que je soumets à votre sagacité.

Les ados sont (comme tous les jeunes) en même temps épris de liberté et en même temps à la recherche d’eux-mêmes. Cette recherche de soi peut se faire dans deux états d’esprits. En se cachant ou en s’extériorisant. Or, le web est un outil dont on ne peut être absent. Si vous n’y parlez pas de vous, d’autres s’en chargeront. A l’image de Chronos qui dévorait ses enfants, le Web dévore les pudiques. Donc les jeunes n’ont pas le choix. Internet impose de nouvelles règles du jeu. Et cette phase de recherche de soi-même que connait tout ado, doit donc prendre le chemin (quasi obligatoire) de l’extériorisation.

A partir de là, quelle marge de manœuvre ont-ils ? Produire peu, c’est donner un angle de soi. Produire beaucoup permet plus facilement de se masquer, de « noyer le poisson ». On se cache mieux en surproduisant qu’en essayant de limiter une présence sur la toile. C’est la tactique de la surinformation. Des millions des jeunes surinformant la toile de leurs vies, de leurs pensées, de leurs images, forment une sorte d’écran plus ou moins opaque qu’il sera d’autant plus difficile de pénétrer. On peut bien sur se dire que si l’on cherche de l’information sur une personne précisément, on pourra en savoir beaucoup. Mais l’on peut aussi objecter que si cette personne jette de manière brouillonne tout ce qui lui passe par la tête, le « graphe » que l’on pourra en retirer ne reflètera qu’un « brouillon ».

Je me demande s’il n’y a pas derrière cette surproduction numérique, cet exhibitionnisme numérique, un réflexe de protection des ados. Réflexe qui ne reflète en rien une volonté stratégique collective et objective, mais qui reflète plutôt une tendance de fond issue d’une « d’intelligence collective », d’une « conscience collective ». Françoise Dolto expliquait qu’un jeune est fragile durant l’adolescence, à l’image du homard qui change de carapace et reste sans défense le temps d’en produire une nouvelle. Elle a appelé cela le « complexe du homard ».

Je me plais à penser que nos ados adoptent le « réflexe de la seiche ». La seiche projette un nuage d’encre pour se cacher, se protéger d’un prédateur. Les adolescents se cherchent une identité, et dans cette phase de trouble émettent un jet d’encre numérique qui les masque temporairement jusqu’à trouver une identité stable.

Jérôme Bondu

NB : Pour ceux qui n’ont jamais vu de jet d’encre d'une seiche. Voir cette courte video (d'où est tirée la photo ci-dessus).

L'exhibitionnisme numérique des ados

crédit photo : articotropical


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LES COMMENTAIRES (1)

Par  Sheumas
posté le 30 janvier à 09:46
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Intéressant ce point de vue, d'autant plus intéressant que j'en ai fait l'un des motifs essentiels de mon prochain livre : témoin cet extrait : "Qu’est-ce que j’en ai entendu sur mon compte ! « Boutonneux ! Dents jaunes ! Cerveau mal fini ! Chenille ! Crapaud ! Homard sans carapace ! » Et tout un tas de noms d’oiseaux… « Une mauvaise passe », « l’âge ingrat ! », « il faut bien que jeunesse se passe ! »… Je ne supportais plus ce miroir de laboratoire que tendent les adultes. Se reconnaissent-ils à travers nous ? En profitent-ils pour régler leurs comptes avec une image dégradée d’eux-mêmes, qu’ils regrettent et rejettent tout à la fois ? Leur adolescence... Cet âge où tout était encore possible, même dans leur visage et dans leur corps ! Evidemment, maintenant, c’est trop tard ! Ils ont le visage et le corps bien trop ratatinés et quant à l’esprit, rien de bien excitant dans le fond ! C’est parce que ma mère se moquait de plus en plus de moi, parce qu’elle ne retrouvait pas en moi le petit chérubin à la peau rose, que je suis allé un jour me réfugier parmi les crasseux grincheux de mon groupe et que j’ai conçu avec eux un profond mépris pour tout ce qui était vieux, ridé, moche, flasque, pédophile, raciste, ringard, inutile ! La vérité, c’est que j’aimais encore mon père et ma mère plus que tout, sauf que je le niais effrontément ! Je les appelais « les vieux » devant les copains, je me cachais quand ils venaient me chercher en voiture, je me moquais d’eux, de leur façon de penser, de s’amuser, de s’habiller, de se coiffer... Mais le soir, quand je me couchais, je sanglotais sur l’enfance perdue, je sanglotais en secret sur le temps qui passe et qui change la peau et les sentiments. Moi non plus, sous mes grands airs, je ne me supportais plus !"

à paraitre chez Aléas le mois prochain : "l'Organisme" Cordialement

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