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L'Occident civilisationnel et la question identitaire (3/7), par Éric Timmermans

Publié le 30 janvier 2010 par Roman Bernard

Voici la troisième partie de cet article consacré à l'identité occidentale.
3. Les références identitaires

Pour en arriver à la géopolitique, commençons par rappeler que du point de vue occidentaliste et civilisationnel, le niveau statonationaliste est " dépassable ", ou, plus précisément, aurait dû être depuis longtemps dépassé à l'échelle européenne ou/et occidentale afin de permettre à nos peuples de résister à l'émergence de nouveaux ensembles stratégiques et de nouvelles grandes puissances, ce que le maintien du statu quo statonationaliste et souverainiste, et moins encore le morcellement régional et tribal, sans même parler de la pure dilution ultra-individualiste et globaliste, ne peuvent évidemment assurer. Le choix géopolitique des occidentalistes est - fut ? , nous le répétons, celui de l'" empire civilisationnel ". Nous examinerons toutefois les autres niveaux et références identitaires.

Qui ne connaît ces paroles de la chanson égalitariste et altermondialiste de Maxime Le Forestier, " Être né quelque part c'est toujours un hasard "... Né quelque part ? Le couplet cité et le titre disent tout. Être né quelque part, c'est un hasard et donc, en définitive, cela n'a qu'une importance très relative. Que vous soyez né à Manille, à Paris ou à Alger, seul importe, finalement, le fait d'être un individu humain, c'est-à-dire, un être individué, " égal en droits " à tous les citoyens d'une humanité supposée constituer une seule et même grande famille.

Mais Le Forestier dit aussi: " On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille ".

Cette destruction de la cellule familiale occidentale traditionnelle constitue, à n'en pas douter, un grand succès pour les idéaux " planétaristes " dans la lutte constante qu'ils mènent contre l'enracinement identitaire, le moralisme socialisant ayant depuis longtemps fait cause commune avec le globalisme consommateur, pour créer l'idéologie " PC ", " politiquement correcte ", conçue il y a un quart de siècle sur les campus américains.

3.2. Le niveau régional ou la " patrie charnelle "

Ainsi en va-t-il de la bien mal nommée " Europe des régions ". Les adeptes de celle-ci sont le plus souvent des micro-nationalistes, avoués ou non, qui prônent la ruine des États nationaux traditionnels, dans le seul but de les remplacer par des micro-États nationaux. Ainsi, de la gabegie de l'Europe des 27 passerions-nous au chaos de l'Europe des 270... L'Europe n'étant là que pour servir d'alibi à leur fièvre du morcellement indépendantiste. Tout mouvement prônant la multiplication des entités étatiques européennes - il faut en exclure les mouvements " rattachistes " qui prônent, non la multiplication des entités étatiques, mais le rattachement territorial à un État existant -, participe de cette logique destructrice.

3.3. Le niveau communautaire

  1. Un niveau " francophile " regroupant les pays soucieux de se tourner vers le monde francophone mais n'étant pas ou plus francophones aujourd'hui (Vietnam, Bulgarie...).
  2. Un niveau " francophone " regroupant les pays et communautés de culture différente mais utilisant le français comme langue administrative (Afrique francophone).
  3. Un niveau communautaire " gallique " regroupant les seuls pays, régions et communautés de langue et de culture originellement françaises : France, Suisse romande, communauté francophone de Belgique (Bruxelles, Wallonie ; il convient d'y ajouter les francophones de Flandre), Val d'Aoste et Amérique française (Québec et Acadiens).

Par cette approche communautaire " gallique ", nous sortons, en quelque sorte, de la logique géopolitique et territoriale " région-nation-civilisation ", pour adhérer à une logique géoculturelle, plus immatérielle et moins structurelle, " individu-communauté-civilisation ".Revenons toutefois à la logique territoriale afin d'aborder la problématique d'un " statonationalisme " en fin de parcours.

3.4. Le niveau " statonationaliste " ou la " patrie nationale "

Et quid, précisément, des Bruxellois ? Alors que les troupes de Bonaparte menacent Bruxelles, " finalement, les seuls à garder leur bon sens et leur sang-froid sont les Bruxellois. Cela ne surprend pas l'officier d'état-major Basil Jackson, qui note avec une certaine aigreur qu'une " bonne moitié d'entre eux étaient français de cœur et prêts à accueillir en amis Napoléon victorieux. " (19)

Ainsi a-t-on pu voir, lors de la crise financière mondiale de 2008, les très souverainistes Islandais accepter l'aumône que leur fit Moscou, avant d'aller tambouriner sur la porte de la " Zone euro " afin de s'y faire accepter. Gageons que l'Union européenne, plus désunie que jamais, ne manquera pas de se féliciter de l'adhésion programmée de ce nouveau membre qui, n'en doutons pas, fera preuve, à l'instar de ses frères scandinaves, du plus absolu euroscepticisme, afin de remercier comme ilse doit ses nouveaux alliés financiers européens. Une recrue de choix, donc. Àla même occasion, on a pu entendre les financiers du Royaume-Uni déplorer amèrement leur exclusion de la Zone euro résultant d'un attachement pour le moins archaïque de leur pays à la sacro-sainte livre sterling : une chose est de défendre son identité réelle, profonde, une autre est de s'accrocher désespérément à des symboles. Bref, depuis 2008, les braillards du " tout-est-la-faute-à-l'euro " ont dû rabattre leur caquet, après avoir enfin (peut-être) pris conscience du désastre que nous aurions subi si nous étions restés fidèles à des monnaies nationales désormais ravalées au rang de monnaies de singe.

Or, comme l'écrivit le général Henri Paris (22), la défense européenne Or, nous savons à quel point nos boutiquiers de l'Euromarket, dignes héritiers de la famille Poissonard du de Dutourd, haïssent tout ce qui leur coûte et ne leur rapporte point, tout ce qui souhaite s'essayer à la grandeur et ne s'intègre donc pas dans leur misérable logique médiocratique, tout ce qui dépasse leurs petites vues à court terme et leur néant bureaucratique. " est la condition nécessaire pour que l'Europe se fasse. Sans cette défense, il n'y aura jamais d'Europe. Sans Europe de la défense, il est impossible de réaliser une Europe politique, sociale ou culturelle. " Au bon beurre Small is so beautiful...

3.5. Le niveau civilisationnel

L'Occident, que nous devrions plus précisément nommer le " pseudo-Occident ", rassemble pour l'essentiel, de nos jours, l'Amérique du Nord et l'Europe centre-occidentale mondialisées (ou globalisées), la seconde étant, on le sait, soumise depuis 1945 à la puissance étasunienne. Le problème de l'Occident aujourd'hui est son incapacité à pouvoir, que dis-je, à vouloir, se définir d'un point de vue authentiquement civilisationnel, c'est-à-dire d'un point de vue identitaire, et à s'obstiner à confondre la notion de civilisation avec celle de morale universelle : la civilisation occidentale ou/et européenne serait la civilisation de la liberté, de la démocratie, du libre commerce, de la libre consommation, de l'égalitarisme, des droits de l'homme. C'est là une définition superficielle de la civilisation occidentale à laquelle on ne peut, en tant qu'identitaire, se rallier, ce qui est supposé être la particularité civilisationnelle de l'Occident étant également présenté comme la morale qui doit permettre à ce dernier de se diluer, avec les autres civilisations de notre univers, dans la marmite du melting-pot globaliste planétaire.

  • " Une civilisation est une culture au sens large. [...] "
  • " Une civilisation est, selon Braudel, "un espace, une 'région culturelle', une collection de traits et de phénomènes culturels" ".
  • " Une civilisation est, selon Dawson, le produit d' "un processus original de créativité culturelle qui est l'œuvre d'un peuple particulier" (dans le cas de l'Occident, l'on parlera plutôt d'un ensemble de peuples, particuliers mais liés par une même tradition civilisationnelle).
  • " La culture est l'élément commun à toutes les définitions possibles de la civilisation ".

Du point de vue de l'occidentalisme, la notion d'Occident désigne précisément, comme nous le verrons, l'Europe de tradition (et non de confession) chrétienne occidentale (catholique et protestante) et il convient de distinguer cet Occident d'enracinement historique traditionnel d'un " Grand Occident " incluant non seulement l'Occident européen, mais également les communautés et pays non-européens mais de tradition occidentale (Amérique du Nord, Océanie, Argentine...). Nous reviendrons également sur ce sujet en précisant notamment la place de la civilisation occidentale dans un " monde européen " élargi à l'Eurasie byzantine et orthodoxe.

Je n'ai toutefois jamais nié le caractère universel du " Beau enraciné ". Que du contraire, j'ai toujours ressenti une grande sympathie à l'égard de cette diversité culturelle universelle qui résiste pied à pied aux progrès du globalisme émanant du " pseudo-Occident " que nous évoquions plus haut et qui n'hésite pas à lâcher sur d'innombrables pays des masses touristiques superficielles, irrespectueuses et dévastatrices sur le plan du développement des relations entre les peuples. Ainsi ai-je toujours distingué le voyageur du touriste : le premier sait qu'il voyage dans un pays possédant ses qualités particulières et soumis à des réalités qui lui sont propres ; le second croit visiter un musée dont les habitants seraient autant de " gentils organisateurs " mis à sa disposition de " fraternel citoyen du monde ".

Le véritable universalisme n'est pas ce monde grisâtre où le soleil donnerait " la même couleur aux gens " (25), mais bien le respect identitaire, différentialiste de la diversité des cultures et des peuples.(15) Nous pourrions également aborder la question du bagage inné, celui génétique et généalogique des ancêtres, mais je dois reconnaître mon ignorance en matière de génétique et je sais par expérience à quel point cette question peut être instrumentalisée, tant par les " racialistes " primaires que par les antiracistes obtus. Combien d'entre nous, citadins, salariés, athées ou agnostiques et parlant un français scolaire (sans même parler des
dérives argotiques et autres !), apparaîtraient comme de purs étrangers à des aïeux ruraux, cultivateurs de père en fils, catholiques pratiquants et parlant un patois, voire une langue totalement différente de la nôtre, et ce du simple fait des vicissitudes de l'Histoire ? On ne peut toutefois nier que nous sommes chacun les dépositaires d'un patrimoine génétique légué par une généalogie particulière.
Éric Timmermans, Bruxelles

L'Occident civilisationnel et la question identitaire (3/7), par Éric Timmermans

(16) Le Meilleur des mondes, Préface - Nouvelle de l'auteur (1946), Aldous Huxley, Plon, 1962, p. 23.

(18) Napoléon Bonaparte, Gilly, 15 juin 1815, La bataille de Waterloo, J.-C. Damamme, p. 98 .

(20) La définition de (Les Gaulois du nord de la Gaule (150-20 av. J.c.), Stephan Fichtl, Éditions Errance, 1994, p. 23). C'est donc César qui, arbitrairement, va diviser la Gaule récemment conquise en Aquitaine, Gaule Celtique et Gaule Belgique. Mais, tout comme les termes " Celtes " et " Gaulois " recouvrent des peuples de langue celtique qui ne se connaissaient aucun dénominatif commun, le terme de " Belges " (ou Belgae) recouvre des peuples de langue celtique (Ménapiens, Nerviens, Ambiens, Atrébates, Eburons...), probablement mélangés à des éléments germaniques, mais qui ne constituaient pas, eux non plus, un peuple commun distinct des autres peuples celtiques. En outre, n'en déplaise aux " belgicains " (terme ironique désignant les partisans du maintien de l'actuel État belge...), le " Belgium ", le territoire qui forme le " noyau dur " de la " Gaule Belgique ", n'est même pas situé sur le territoire de la Belgique actuelle. De fait, les peuples celtiques qui en constituaient le noyau dur - Ambiens (Amiens), Atrébates (Arras) et Bellovaques (Oise) - habitaient le nord de la France actuelle : Belgium " remonte au livre V et au livre VIII des Commentaires de la Guerre des Gaules " Il apparaît donc que les différents mouvements romains ont lieu à l'intérieur du territoire du Belgium et que trois peuples, les Atrébates, les Ambiens et les Bellovaques en forment le noyau. " . Elle repose sur la différence entre le terme Belgae et le terme Belgium. César emploie ce dernier trois fois et Hirtius quatre fois [...]. Ces deux termes, sans aucun doute, correspondent à deux notions différentes [...]. Le premier, Belgae, désigne la population de la Gaule Belgique de manière générale. Le second, Belgium, correspond à un territoire bien spécifique. " (Ibid., p. 24). L'on a bien essayé d'établir une relation entre les Belgae et les Fîr Bolg, l'un des peuples mythiques envahisseurs de l'Irlande (!), mais faut-il préciser que cette hypothèse s'est révélée plus que fantaisiste ? Autant dire qu'en dehors des mythes, les Belges et la Belgique sont aussi introuvables aujourd'hui qu'hier...

(21) Parmi les aberrations qui ont présidé à la création du royaume de Belgique dans les années 1830-1831, l'on peut notamment citer l'accession au trône du nouvel État catholique, d'un roi luthérien, en la personne de Léopold Ier. Ainsi, si ledit monarque couvrit d'éloges l'Église catholique et ses ouailles, qu'il n'hésita pas à proclamer " il refusera toujours, lui, le " premier des Belges " supposé, de se convertir au catholicisme : seuls véritables Belges de cœur et d'âme ", " L'approche de la mort du roi multiplie les pressions, même les plus ignobles et in articulo mortis, qu'il eut à subir toute sa vie durant, afin qu'il abjure sa foi luthérienne et adopte la confession catholique. Sa seule réponse sera invariablement : "Nein". L'enterrement du roi est une bouffonnerie digne des mentalités étriquées de l'époque, mais Malines acceptera au tout dernier moment, et pour " éviter une gaffe politique " (sic), que la dépouille royale pénètre dans l'église de Laeken, mais sans son escorte protestante. À titre conservatoire, une tranchée avait déjà été creusée le long de l'église pour atteindre la crypte par une brèche extérieure, sans en profaner l'espace sacré... " (Bruxelles maçonnique - Faux mystères et vrais symboles, Jean van Wyn, Cortex Jean-Marc Dubray éditeur, 2007, p. 156). M. van Wyn est bien indulgent de parler du caractère bouffon de la politique belge au passé ; pour ma part, je ne vois pas quel autre qualificatif pourrait mieux lui convenir, hier comme aujourd'hui...

(25) " L'envie que tout le monde s'aime / Le soleil donne / Ce vieux désir super / Qu'on serait tous un peu frères / Le soleil donne / Le soleil donne / De l'or intelligent / Le soleil donne / La même couleur aux gens / La même couleur aux gens / Gentiment " (Le Soleil donne, Laurent Voulzy).


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