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« Extérieur, nuit » - la fin des illusions

Par Amaury Watremez @AmauryWat

Le film ressort cette semaine.

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C'est un film-culte au sens premier du terme pour quelques uns de ceux qui étaient adolescents dans les années 80 (qui a peu de succès à la sortie, redécouvert par des amateurs éclairés pour plus tard être reconnu à sa juste valeur), c'est aussi le film d'une génération, il paraît maintenant tellement désuet. C'est pourtant un très beau souvenir pour moi ce long-métrage qui renoue avec toute la tradition du réalisme poétique et urbain, car il y a de la poésie dans les paysages des villes, dans le béton, dans les immeubles, même si elle est parfois triste et désespérée. Je la préfère à celle des naïfs qui ont de la nature la même idée qu'un créatif publicitaire pour jambon sous vide : les petits z-oiseaux et la joie dans les z-yeux des enfants.

Ce film est rare, c'est un film de la désillusion, dont celle des utopies de l'après 68, de la difficulté d'aimer dans un monde de non-lieux, de profit-roi, et la nuit parisienne y est encore mieux filmée que dans « Tchao Pantin » que pourtant j'aime beaucoup aussi, et bien loin des « Nuits Fauves » que je déteste. J'ai d'abord découvert le film à travers des photos en noir et blanc dans le défunt et excellent magazine « Murs-murs ». Elles parlaient de la nuit, des âmes en peine, de la solitude hyper-urbaine, des oiseaux de nuit, de la perte des rêves et des utopies. Cora, Christine Boisson, conduit un taxi de nuit, elle prend des clients au hasard de ses errances, elle les écoute. Elle n'a aucune attaches, pas d'amant, elle s'imagine libre, elle n'est que perdue. Elle rencontre Bony, André Dussolier, qui est écrivain, qui vit avec Léo, Gérard Lanvin, un musicien de Jazz sans le sou. Les deux tombent tout de suite amoureux d'elle. Léo finit par devenir son amant, et peu de temps après, elle cède également aux avances de Bony. Cora est à la fois violente et douce, surprenante et banale, sensuelle et brutale. Elle prétend que tout l'indiffère. Bony n'écrit pas pour devenir célèbre, Léo ne joue pas de la musique pour entrer dans les inventaires des charts. Ils essaient de se réaliser gràce à leur créativité mais le monde réel et le quotidien ne cessent de se rappeler à eux. Un soir, Cora tente de rançonner un client, elle trouve ensuite refuge chez Bony et Léo, elle disparaît au petit matin en emportant l'argent que le premier venait de recevoir pour son premier roman.

Le film est sorti peu de temps avant le 10 mai 1981.

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Je me souviens du soir de l'élection, du front de Mitterrand qui peu à peu se dessinait dans un brouillard de fièvre (j'avais la grippe), du lendemain en cours, des professeurs qui nous avaient réunis dans la cour, le visage exalté, le sourire éperdu des mystiques qui pensaient avoir atteint les rives de l'Eden enfin. On nous disait que tout était possible, qu'il fallait rêver et vivre ses rêves, sans contraintes, aimer sans barrières (surtout pas), travailler sans évaluation. Nous n'avions pas compris que tout cela était du vent. Les inégalités demeuraient, la compétition scolaire aussi. Elle allait s'accentuer beaucoup plus tout comme les injustices. Et puis les baby-boomers qui commençaient à se soucier de leur retraite prochaine s'aperçurent que les utopies ne rapportaient pas beaucoup d'argent. C'était la fin de la récréation, on demanda à ceux à qui on avait tout promis de se remettre sérieusement au travail, mais il était trop tard et leur génération était déjà perdue.

« Extérieur, Nuit » est le film de cette génération perdue et Christine Boisson était belle, il montre aussi que la récréation était largement finie depuis longtemps le 10 mai 1981. Elle n'eût même peut-être jamais lieu.


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