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Pourquoi je ne lirai pas le dernier Yann Moix (ni les précédents, d'ailleurs)

Publié le 02 février 2010 par Fattorius

Pourquoi je ne lirai pas le dernier Yann Moix (ni les précédents, d'ailleurs)"La vie est faite de rencontres", écrit Elisabeth Robert en exergue de son blog, que je lis hélas trop peu. Cette vérité première revêt, dès qu'on parle de lecteurs et d'écrivains, une réalité particulièrement profonde. En écrivant, l'auteur prend le risque de partir à la rencontre d'un public, nombreux ou clairsemé, mais a priori bienveillant à son égard - ça commence en librairie, voire avant. De son côté, le lecteur, surtout s'il est compulsif, aime imaginer, derrière le nom et le prénom qui figurent sur la couverture de l'ouvrage qu'il lit, une personne de chair et d'os. Qu'un contact s'établisse, une réponse  une lettre écrite ou quelques propos fugaces échangés lors d'une dédicace, et le lecteur se sent heureux: la rencontre a trouvé un développement inattendu mais parfois rêvé. Cela arrive aux blogolecteurs; cela arrive aussi aux lectrices de Costals dans la tétralogie des "Jeunes filles" d'Henry de Montherlant; cela constitue le fond du récit "La Correspondante" d'Eric Holder, publié chez Grasset. Qui n'a jamais rêvé de rencontrer son auteur préféré?

Et Yann Moix, dans tout ça? Pour moi, c'était avant tout un nom. Yann Moix est l'homme de "Podium", entre autres. Je ne me sentais pas attiré a priori par les sujets qu'il approche dans ses romans et récits: que faire d'un livre supplémentaire sur Michael Jackson? Ou sur Claude François, surtout si celui-ci n'est qu'un sosie? Sans les avoir lus, je devine que le livre que je suis en train de terminer, "HHhH" de Laurent Binet, évoque des questions moins anecdotiques, autrement plus proches de ce que l'humain a de plus profond. Mais c'est en lisant les billets de
Wrath, blogueuse impénitente, que mon attention a été attirée par l'éditorialiste littéraire du Figaro: à force d'en dire du mal, elle m'a donné envie d'aller y voir par moi-même. Je suis comme ça: il suffit que Wrath incendie un auteur pour que j'aie envie d'aller vérifier. C'est comme ça, entre autres, que j'ai découvert les éditions Héloïse d'Ormesson.

Hélas (pour Yann Moix, revenons à lui), ma PAL est déjà bien assez nourrie sans ses livres, pour le moment. Mes rencontres avec Yann Moix sont donc restées indirectes, ou fugitives - le temps d'un journal vite lu sur le Web, ou d'échos indirects par notules de blogs interposées. Résultat: je n'avais lu presque aucune ligne de lui jusqu'à ce matin, si l'on excepte quelques chroniques littéraires figaresques, bien troussées ma foi. Des textes de commande, corsetés par les impératifs du journalisme.

C'est ce matin, en effet, que j'ai lu cet auteur pour la première fois. Et que j'ai découvert que Yann Moix (dirait-on mieux "qu'Yann"?) a décidé de prendre la défense de Roman Polanski. Position qui fit débat, qu'on peut comprendre... celle que je comprends moins, c'est qu'il en profite pour traîner la Suisse dans la boue. Pardon, pas seulement la Suisse: les Suisses, tour à tour traités de putes, d'antisémites, de mous salauds, de larbins en définitive, sur le site de la revue "La Règle du jeu", en un papier particulièrement agressif intitulé "J'aime Polanski et je hais la Suisse". Yann Moix déverse ainsi sa haine de la Suisse et des Suisses, inversément proportionnelle à son amour de Roman Polanski...

Pourquoi je ne lirai pas le dernier Yann Moix (ni les précédents, d'ailleurs)Deuxième degré? Un commentateur a osé cette hypothèse. On aurait pu y croire s'il n'y avait eu qu'un seul papier. Mais l'homme persiste et signe, rédige un deuxième billet et se répète encore dans une interview accordée au journal suisse "
Le Matin", connu pour sa couleur orange et son léger penchant pour le scandale. Et le livre à venir de Yann Moix, "La Meute", devrait avoir la même teneur, en version longue - je n'ai pas envie de vérifier. Avant tout, on peut se demander si, dans cette triste histoire, Yann Moix n'arrive pas comme la grêle après les vendanges: l'heure des polémistes était celle de Frédéric Mitterrand s'écharpant avec Marine Le Pen. A présent, il conviendrait qu'on laisse aux juges l'occasion de faire leur travail dans le calme.

Après une réaction de consternation proche de l'emportement, l'affaire se tasse pour moi. A présent, à part en parler aussi calmement que possible, je n'ai donc même plus envie de conchier virtuellement Yann Moix comme l'ont fait certains commentateurs. Je n'irai pas lui rappeler, comme d'autres certains épisodes de l'histoire de son pays, passés ou actuels. Je ne relèverai même pas l'aigreur qui suinte de ses deux brûlots. A quoi est-elle due? Recherche-t-il le coup d'éclat commercial pour booster un talent qui peine à s'imposer? Faut-il qualifier cela de "pitrerie", comme le fait Didier Jacob dans "Le Nouvel Observateur"? Je renonce à répondre à ces interrogations. J'y renonce à un point tel que je me passerai des romans et des films de Yann Moix - et ne paierai pas un maravédi pour y accéder. Les éditions Grasset, je le sais depuis longtemps, ont beaucoup mieux à m'offrir qu'une polémique qui sent le vieux depuis longtemps...

Dommage, Yann Moix: avant même que votre dernier livre ne paraisse, vous avez perdu l'occasion d'une rencontre.

Les deux articles de Yann Moix ont été retirés du site de "La Règle du Jeu". Site:
http://www.laregledujeu.org. On en trouve des traces ici.
L'article du Matin, qui reflète la teneur des écrits de Yann Moix:
http://www.lematin.ch/actu/suisse/yann-moix-suisses-mous-salauds-229729
L'article de Didier Jacob, dans le Nouvel Observateur: http://didier-jacob.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/02/02/la-suisse-cette-pute-la-derniere-pitrerie-de-yann-moix.html

Photos: Henry de Montherlant; grêlons de belle taille.

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