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Union européenne: SARKOZY aura son "Comité de Sages", par Yves Clarisse

Publié le 12 novembre 2007 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com

Le "groupe des sages" voulu par Nicolas Sarkozy pour réfléchir à l'avenir de l'Union européenne - et, pour le président français, à la place qu'y occupera la Turquie - prend forme malgré certaines réticences. La création de ce groupe a fait l'objet d'un accord de principe lors du Conseil européen de Lisbonne, en octobre dernier, en dépit de la méfiance des pays nordiques et du Royaume-Uni vis-à-vis de cette initiative française.

Le Premier ministre portugais José Socrates, dont le pays préside actuellement l'Union européenne, a fait état oralement d'un consensus, ce qui satisfait la France même si elle aurait voulu que cet accord fasse l'objet d'un engagement écrit. "La présidence aurait pu aller plus loin dans la constatation d'un accord à Lisbonne, mais elle a eu peur de susciter des oppositions", explique un diplomate de haut rang. "Mais le principe d'un comité de sages est désormais acquis."

Même si les partisans d'un élargissement de l'Union européenne craignent que ce groupe soit utilisé par Paris pour évoquer les frontières de l'Union européenne et en exclure la Turquie, ils sont désormais prêts à l'accepter."Il faut faire quelque chose pour aider Sarkozy", estime un responsable gouvernemental de très haut niveau.

Depuis son arrivée au pouvoir, le président français a en effet permis à l'Europe de sortir de l'impasse provoquée par le "non" français à la Constitution européenne en prônant un traité simplifié qui sera adopté par la voie parlementaire. Il a ainsi pris un risque par rapport à l'opinion française, dont une partie réclame un nouveau référendum pour approuver un texte qui reprend l'essentiel de la Constitution.

UNE DOUZAINE DE PERSONNALITÉS

Sarkozy, qui avait annoncé lors de la campagne électorale qu'il arrêterait les négociations d'adhésion avec la Turquie - qui n'a selon lui "pas sa place en Europe" -, a également renié en partie cet engagement puisque les négociations se poursuivent sur les chapitres qui ne mènent pas directement à l'adhésion.Le gouvernement français est d'ailleurs prêt à amender la Constitution française pour supprimer l'obligation, introduite par Jacques Chirac pour désamorcer la question turque, d'organiser un référendum sur les adhésions des nouveaux pays, comme la Macédoine ou la Serbie, procédure à haut risque.

Mais il exige en contrepartie la création d'un groupe des sages lors du Conseil européen des 13 et 14 décembre pour pouvoir démontrer à son électorat qu'il n'a pas pour autant accepté l'intégration de la Turquie dans l'Union."Il faut l'aider à amorcer le tournant", dit un responsable.

L'idée est de nommer un groupe d'une douzaine de personnalités qui n'appartiennent pas au monde politique et qui dessineraient le visage de l'UE à l'horizon 2020-2030. Pas question, assure-t-on de source gouvernementale française, de faire appel à des hommes comme l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing ou l'ex-président de la Commission européenne, Jacques Delors, parfois évoqués. Du reste, Paris se dit prêt à accepter qu'aucun Français ne figure dans le groupe si c'est le prix à payer pour éviter que chaque Etat membre ne réclame un représentant, personne ne voulant d'une conférence intergouvernementale.

PAS DE QUESTION TURQUE DANS LE MANDAT

Les "sages" seraient des hommes d'affaires, des syndicalistes, des personnalités du monde académique ou associatif ou encore des intellectuels incontestés.Un responsable gouvernemental cite par exemple l'ancienne présidente lettone Vaira Vike-Freiberga qui, malgré son profil d'ancienne politique, pourra représenter les "nouveaux" pays membres, ou l'ancien président du fabricant finlandais de téléphones mobiles Nokia, Jorna Ollila, comme membres probables.

Le véritable problème sera de s'accorder sur un mandat. "Il faut défranciser le débat afin que cela devienne un exercice collectif", souligne un diplomate. "Ce ne sera pas un groupe de géographes auxquels on demandera de dessiner la carte de l'Europe à l'horizon 2020-2030." "Il n'y aura dans le mandat aucune référence directe à la réponse à apporter à la candidature turque", dit un diplomate, selon lequel il n'est pas non plus question d'entrer dans un nouveau débat institutionnel potentiellement explosif.

Le mandat, qui tiendra en quelques pages, sera donc suffisamment vague pour éviter des tensions: il parlera de l'identité européenne et de la place de l'Union dans le monde. Les "sages" disposeront de deux ans pour rendre leur rapport afin de ne pas perturber le calendrier de ratification du nouveau traité, qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2009, ni interférer avec la présidence française de l'UE, au second semestre de 2008, explique-t-on de source diplomatique.

Yves CLARISSE  (Reuters) 


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