Petite note ce soir sur un sujet d'actualité finalement peu ébruité, peu discuté dans ma bonne ville de Lyon. Notez que ce blog reste celui des portes du monde entier (oui, ça va, je sais, il m'en manque pas mal, mais il faut se résigner à l'incomplétude). Mais ce sujet vaut pas mal le détour et n'est pas tant que ça étranger à la philosophie de MàsP.
Le sujet c'est: l'Hôtel Dieu de Lyon. Un projet semble t-il assez avancé au titre de la reconversion de ces bâtiments (désaffectés depuis peu) vise à faire de l'ensemble un ensemble de magasins et d'hôtels de luxe.
Une pétition est ici pour défendre un projet alternatif (aux yeux des détracteurs du projet actuellement défendu la Mairie, le calendrier imposé rend cependant impossible la construction d'un projet alternatif abouti.
Et un article est ici, rendant plutôt bien compte des forces en présence.
A noter par ailleurs l'excellent blog de Solko qui tient sur la question une chronique militante. Voici le lien sur le dernier article en date, et qui pose le problème de façon plus large que la seule question de l'Hôtel Dieu.
Si je parle de ce sujet sur MàsP, c'est pour plusieurs raisons:
- D'abord l'Hôtel Dieu est un monument majeur de la ville, un élément essentiel de son patrimoine. Il est étonnant qu'un tel projet puisse germer sans consultation de la population, et bouclé bien vite au titre du rayonnement international et des coûts d'entretien ou de réhabilitation. Sinon, qu'appelle t-on patrimoine ? Le patrimoine n'a de sens que par sa nature collective et non par sa valeur financière ou ses coûts d'exploitation directs (ces derniers n'intervenant généralement que pour justifier de mauvais projets). En disant cela je verse un peu dans l'idéalisme; mais c'est à mon sens comme cela qu'il faut d'abord poser le problème. Sinon à quoi bon avoir construit ce lieu et l'avoir entretenu jusqu'ici ? (je le dis pour ceux que les arguments financiers obssèdent).
- Ensuite la ville de Lyon a déjà détruit de la même façon au fil des décennies des pans essentiels de son patrimoine; le dernier en date était le Grand Bazar. Mais il y en eut nombre tout au fil du XIX et XXème siècle: les ponts, des quartiers entiers des Pentes (Montée de la Grande Côte...) et du Vieux Lyon... Au nom du progrès, de la salubrité, de ces coûts d'entretien, etc, et sans jamais prendre en compte l'avis, l'attachement de la population à ces lieux... pas plus que la prise en compte d'une vision éclairée de la ville de demain. On rase. On récupère les sites, les symboles. Demandez aux Bruxellois ce qu'ils pensent du façadisme. A ce sujet, vous pouvez lire la jolie BD de François Schuiten et Benoît Peeters sur cette ville; vous trouverez en introduction un mémo éloquent sur la transformation de la ville au XXème siècle. Une synthèse vite lue qui vous édifiera sur ce qui mène l'urbanisme d'une ville et vous conduira à vous y intéresser de plus près. Il serait temps de mettre fin à ces logiques univoques qui privent les générations présentes et futures de certains joyaux, repoussent le tissu social loin des centres villes, nous dérobent une certaine sensibilité, une certaine personnalité qui faisait telle ou telle ville au profit de normes internationales qui veulent qu'une ville de l'importance de Lyon dispose nécessairement de tel ou tel équipement... dans lesquel personne ne se retrouvera et personne ne voyagera. (c'est quoi le voyage ?)
- Ensuite le centre de la ville autour de Bellecour où se trouve l'Hôtel Dieu manque prodigieusement de lieux aptes à créer du lien social. Il n'y existe quasiment que des magasins de chaînes commerciales. La culture n'a rien dans cette zone; il faut rejoindre les Terreaux ou la place des Jacobins. Que veut-on comme centre pour cette ville phare ? Que donne t-on à voir du fleuve si ce monument devient lui aussi un lieu commercial ?
Sans verser dans l'anti-commercial primaire, il semble insensé qu'une ville aux ambitions féroces ne puisse donner à sa population la possibilité de s'investir dans les projets qui la modèle. Lyon, car c'est bien sûr le rayonnement international qui est visé, ne sera l'égale de Barcelone ou Berlin qu'une fois accepté et renouvelé (je ne dis pas résucité: le temps passe, il est inéluctable) son passé, pris des options novatrices d'aménagement et de développement du tissu socio-culturel, accepté de "créer" ou du moins "permettre" la vie plutôt que d'en privilégier la pâle et clinquante simulation.
Et les portes dans tout ça ? Je ne vous laisse pas en reste: vous trouverez dans mon à propos quelques tthèmes déjà développés et vous serez sans difficulté le lien avec tout celà. On peut en discuter, hein !
Voilà, et donc, je n'ai pas oublié, votre dose de ce soir :
![Blue option / Hôtel Dieu xDSCF6030 [640x480].JPG](http://media.paperblog.fr/i/280/2800719/blue-option-hotel-dieu-L-1.jpeg)






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