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« Attrape-moi... mais ne viens pas trop vite ! »

Publié le 15 février 2010 par Roman Bernard
« Attrape-moi... mais ne viens pas trop vite ! »Chaque semaine, Lefigaro.fr sélectionne un album de bande dessinée qui vient de paraître. Pour la Saint-Valentin, Olivier Delcroix et Aurélia Vertaldi ont choisi Attrape-moi... mais ne viens pas trop vite !, de Marc Védrines et Vicky Vaile, publié aux éditions Drugstore.

Analysons la couverture d'abord. Comme dans Fais dodo, Colas mon p'tit frère, Maman est en haut, Papa est en bas, à cette différence près qu'il n'y a ni Papa ni Maman : Attrape-moi... mais ne viens pas trop vite ! raconte l'histoire d'un couple de trentenaires adulescents. Le premier rôle revient à Garance, la jeune femme.

Nul besoin d'être critique d'art pour voir l'étrange similitude entre cette couverture et la Création d'Adam peinte par Michel-Ange sur le plafond de la Chapelle Sixtine.

Ici, la déesse Garance donne donc vie à son « homme », son « mec », prénommé Mathieu.

Mais comme sur un autre plafond italien, celui du Duomo de Florence, le diable se cache dans les détails, ou plutôt dans les accessoires. Et ceux-ci sont éloquents.

Le champagne, crémant ou mousseux ?
On remarque d'abord que la bouteille de champagne, dirigée vers l'héroïne, est débouchée. L'apesanteur qui semble caractériser l'idylle de Garance et Mathieu explique pourquoi un panache de mousse part de la bouteille vers Garance, nue.

Inutile de dire ce qu'évoque une bouteille se trouvant non loin des jambes de l'homme.

Les deux flûtes à champagne serviront de réceptacle... À moins que ce ne soient les préservatifs s'échappant de la gueule du sac à main de Garance. Pourquoi, d'ailleurs, les préservatifs seraient-ils détenus par la femme, alors qu'ils concernent l'homme ?

Analysons à présent cette couverture moitié par moitié, en débutant par la supérieure.

On note une série d'accessoires banals : un lecteur CD, des lunettes de soleil, un grille-pain, des chewing-gums, une brosse, un iPhone, un soutien-gorge, un trousseau de clefs, un nécessaire de maquillage, un magazine, une chaussure à talon haut*...

Canard vibrant rose
Et on remarque, ensuite, la présence d'une plaquette de pilules contraceptives (au cas où les « capotes » n'auraient pas suffi, ce qui arrive hélas souvent) et surtout d'un canard vibrant, autrement dit d'un vibromasseur... On ne comprend pas : pourquoi Garance aurait-elle besoin d'un sex-toy, puisqu'elle en dispose déjà d'un vivant, en la personne de son compagnon ?

Si Garance demande à Mathieu de ne pas « venir » trop vite, c'est donc qu'il est éjaculateur précoce, pas impuissant. Alors, pourquoi ce besoin d'un jouet sexuel ?

L'explication peut venir de l'analyse de la moitié inférieure de la couverture.

On voit tout de suite, là encore, des accessoires très banals : rollers inline, iPod, CD, boxer, bouquet de fleurs probablement offert lors du rendez-vous décisif...

... et d'autres qui le sont beaucoup moins : billets de banque, comme si l'amour était marchandise qui s'achète, jetons et cartes à jouer, comme s'il ne s'agissait que d'un jeu de société, parfum Jean-Paul Gaultier, seyant bien au fort peu viril Mathieu, et surtout, surtout... portrait d'une femme d'âge mûr à la poitrine qu'on devine assez généreuse sous son chaste chandail. De qui s'agit-il : de sa mère ? de sa belle-mère ?

Jocaste ou Janine ?
Cette belle femme mature en photo est-elle une Jocaste** ou une Maman de Stifler*** ?

On comprend mieux pourquoi Garance a besoin d'un godemiché motorisé : un homme qui se parfume au Jean-Paul Gaultier, a besoin d'argent pour séduire, continue à désirer sa mère (ou sa belle-mère, ce qui revient au même) ne saurait être capable d'éjaculation autre que symbolique, à savoir celle de la bouteille de champagne achetée à ses frais.

Le décryptage permet de nous confirmer dans cette idée.

« Attrape-moi... mais ne viens pas trop vite ! »Dans la planche 3, on voit Garance attablée à une terrasse de café, et « matant les culs » des passants masculins, leur donnant des notes sur vingt, comme à l'école. Cela rappelle bien évidemment le sketche « Les Branleurs » des Inconnus, où des hommes mettent des notes aux culs des femmes. Pas l'inverse.

Pourquoi cette appétence, déjà remarquée chez des femmes de ma génération, pour les « p'tits culs » des hommes ? Voudraient-elles y fourrer leur canard vibrant rose ? On comprend pourquoi les hommes « matent les culs » des femmes, mais pourquoi l'inverse ?

« Attrape-moi... mais ne viens pas trop vite ! »La planche 15 nous donne l'explication finale : non seulement c'est la femme qui prend la pilule, possède les préservatifs dont l'homme devra revêtir sa verge s'il veut entreprendre quoi que ce soit avec elle, non seulement c'est elle qui détient les clefs de la voiture, mais c'est encore elle qui prend les choses en main lors du moment suprême : elle prend littéralement son amant en missionnaire. On imagine mal renversement plus complet des rôles naturels.

C'est donc dans un journal censé être conservateur qu'une bande dessinée misandre et féministe a été présentée comme « une BD idéale pour la Saint-Valentin ».

Avec une telle presse de droite, les curés de la gauche morale peuvent être sereins.

Roman Bernard

P.S. : on s'aperçoit que la Diversité est absente des planches présentées par les journalistes du Figaro.fr. Pauvre Diversité : elle doit se contenter du mariage, fertile et fécond. Les amours stériles et infécondes sont réservées aux Occidentaux.


* Pas si banal pour ce dernier, si l'on considère qu'il sert à rehausser la femme...
** Femme de Laïos, roi de Thèbes, et mère d'Œdipe, avec lequel elle se mariera après la victoire d'Œdipe sur son père Laïos. Ils auront quatre enfants : Étéocle, Polynice, Ismène et Antigone. Elle se suicidera en apprenant le caractère incestueux du mariage.
*** Mère de l'un des protagonistes de la trilogie American Pie (Steve Stifler), qui aura des rapports sexuels avec un camarade de classe de son fils, Paul Finch.



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