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LOPPSI : "La sécurité est un fond de commerce pour la droite"

Publié le 17 février 2010 par Popote67

Que révèle la loi Loppsi sur la vision de la sécurité dans notre société ?

- C’est une nouvelle loi "fourre-tout". Elle mélange à la fois des questions techniques de police judiciaire (avec un filtrage des sites pédopornographiques loin d'être efficace), avec une vidéosurveillance imposée aux maires (alors qu'on les croyait responsables de la politique locale de sécurité), mais aussi des pouvoirs de police municipale étendus (sans discussion de fond sur la doctrine d’emploi de la police municipale), un couvre-feu pour les mineurs de 13 ans (ce qui est de la poudre aux yeux), le durcissement des peines pour les agresseurs de personnes âgées (mesure de circonstance qui ne protègera pas plus les personnes âgées)... Bref, une "auberge espagnole" qui n’a pas d’autre cohérence que celle du message que l’on entend délivrer à l’opinion publique à un mois des élections régionales.

A travers cette loi, le gouvernement ne trahit-il pas sa peur de l'autre (peur des "jeunes" avec les couvre-feu, peur d'Internet avec le filtrage, etc.) ?

- Tous les six mois, le gouvernement prétend résoudre les problèmes sociaux en modifiant le code pénal ou le code de procédure pénale. Plus que la peur, je pense qu’il s’agit avant tout d'une stratégie électorale. D’autant plus que l’autre grande stratégie électorale -le prétendu "grand débat" sur l’identité nationale- a échoué. Il faut comprendre une fois pour toute que la sécurité est un fond de commerce pour les discours politiques de droite (ceux de gauche ayant les leurs aussi naturellement). C’est un marqueur politique, idéologique, presque identitaire et c’est important pour l’électorat le plus âgé et le plus droitisé.
Tout ceci ne concerne pas l'"insécurité" ?
- Non bien sûr. Les problèmes existent par ailleurs, c’est évident. Et avec la crise économique, certains ne se sont pas arrangés. Mais encore une fois je ne pense pas que ce soit ce qui intéresse le plus le gouvernement. Prenez la délinquance des jeunes que l'on souhaite régler avec un incompréhensible couvre-feu pour les mineurs de 13 ans. Nous sommes en France, pas en Bolivie. Nous avons des banlieues très dégradées, mais pas des bidonvilles. Il n’y a pas de gang d’enfants de 13 ans dans les rues de nos villes. C’est n’importe quoi ! On est complètement à côté de la plaque. En revanche, il y a de vrais problèmes de discipline et de violence dans certains établissements scolaires. Et ces établissements ont besoin de surveillants. Seulement les surveillants ça coûte cher, tandis que décréter un couvre-feu, ça ne coûte rien. Et c’est toute la question. L’Etat tient actuellement un double discours permanent sur la sécurité. D’un côté, il a besoin électoralement de dire "la sécurité c’est moi". De l’autre il se désengage de plus en plus. Donc, on privilégie les mesures symboliques qui ne coûtent rien.

Interview de Laurent Mucchielli par Boris Manenti
(Le mardi 16 février 2010)


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