Magazine Info Locale

Politique au placard ? Mauvais signe.

Publié le 22 février 2010 par Gauguin

Le cancan du Coderc est une chronique de Pascal Serre


Malgré le froid et le petit crachin du jour qui fouette le visage et en appelle au vin chaud, sur le coup de dix heures trente me voici au débouché de la place de la mairie dont les jours, en ce lieu historique, sont désormais comptés — par décision municipale controversée — et entre dans ma bonne place du Coderc un peu comme dans la chapelle Sixtine ou la grotte de Lascaux. A chacun ses références !

Diable, je me frotte les mains, saluant ici et là tel ou tel visage connu. Il faut se frayer le passage et c’est tant mieux car cela signifie qu’il y a un peu du monde. On ne s’attarde pas.

Avec Christian, le seul à s’être libéré, nous nous sommes donnés rendez-vous au « Coderc » et l’idée du vin chaud avec sa cannelle guide nos pas.

En marchant péniblement nous évoquons l’émotion causée par l’accident du bus de Ribéracois en Italie ce mercredi. Christian, grand sage devant Saint Front me glisse « La compassion ? Si sincère soit-elle elle est vaine et illusoire, parler d’espoir dans de tels moments comme s’est déplacé. Il y a de la souffrance. Ma femme, bigote s’il en est, n’aimait pas que je parle ainsi. Qu’elle me pardonne. »

Arrivé devant le « Bar du Coderc » nous hésitons entre la terrasse où les fumeurs transis restent péniblement immobiles et la petite salle où s’entasse une clientèle bigarrée mais dont les visages possèdent la carte des abonnés de notre chère Sylvia, patronne des lieux.

Au loin nous regardons Monsieur le Maire traverser « notre Coderc » pour se rendre aux remises de prix qui ont lieu sur la place Saint-Louis. Il s’affiche chaleureux et notons que c’est plus lui qui va vers les gens que ces derniers s’empressent à le saluer. Christian Dupuy, au coin de ca rôtissoire, a entendu la sirène et s’essuyant les mains à sa blouse rouge abandonne séance tenante père et poulets rôtis pour embrayer dans le sillage de son « Patron ».

Tout ceci a quelque chose de baroque, de puéril et pourtant de si délicieusement provincial. A l’angle de la rue de la Sagesse et de notre place deux touristes de types asiatiques fixent ces instants avec leur téléphone portable comme si nous étions une tribu d’indiens. Mais ils ont l’air si sympathiques, presque naïfs. On aurait envie de les embrasser et de partager notre « vin chaud ». Ici, Marco Polo ou Christophe Colomb ont les yeux bridés.

Aujourd’hui nous n’allons pas être bavards, plutôt observateurs. Christian, un peu transis sollicite deux vins chauds et avec de la cannelle « s’il vous plaît ! ». Le serveur surpris mais reconnaissant ses ouailles nous dit dans le creux de l’oreille : « je le fais pour vous mais chut ! ».

Nous reconnaissons tous deux que les privilèges ne sont pas désagréables. Serions-nous des people ?

Christian me donne les nouvelles de « l’Affaire des Boulangers » lesquels, semblent-ils ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de Firmin Gourmet. « Des règlements de compte. Il y a ceux qui ont du pain congelé et ceux qui le préparent et le cuisent. On prétend que le repreneur de notre ami Pichard n’est pas digne de la tradition et serait plutôt un commerçant, pire un industriel. Il aurait perdu des clients par cette simple rumeur. C’est vrai, le pain c’est sacré ! »

Le breuvage achevé nous sentons nos joues toutes chaudes et les pointes d’oreilles proches de l’éruption. Il est temps de faire un tour de marché cache nez et chapeau pour Christian, blouson et mains dans les poches pour moi.

Nous croisons Madame Cornet, l’épouse de Philippe, oui l’opposant de notre bon maire. C’est que son diable de mari était déjà ce matin à 7h 30 sur le marché pour casser la croûte avec Jérôme Peyrat et quelques colistiers pour les élections régionales. Il a régalé les regrattiers pas vraiment surpris de le retrouver à cette heure matinale en ces lieux. Le « Philippe » a la faconde facile et n’est jamais en mal de bourrades amicales, de petites phrases et de solutions qui le propulsent presque comme le Ministre bis qui remplace un certain Xavier Darcos qui lui a laissé les clefs de la mairie pour 2014.

Un peu plus loin nous tombons nez à nez avec Alain Bernard qui rentre de Paris où il a « couvert » pour son journal « Le Paris Cookbook Festival » organisé par Edouard Cointreau que certains ont voulu mettre en concurrence avec le Salon du Livre Gourmand de Périgueux.

Et voici qu’arrive Henri-Pierre Millescamps, expert en livres anciens : « J’y étais et la Ville de Périgueux a pris de nombreux contacts puisque l’invité d’honneur en novembre sera le Québec. » Et Alain Bernard de souligner aussi la présence du photographe Périgourdin émérite Denis Nidos dont la carrière n’a de cesse de grimper l’échelle qui mêne en haut de l’affiche.

Je me rappelle ma première rencontre avec ce grand gaillard, ancien ébéniste reconverti avec lequel ce fut à la fois un bonheur et un honneur de collaborer. Je lui achetai ses premiers reportages. Je lui fis connaître Edouard Cointreau (1) qui reconnu le talent et misa immédiatement sur lui. Selon notre expert en livres anciens, on peut pronostiquer prochainement très un beau livre…

Mais Christian revient à son dada : « Mais, honnêtement, ce Salon à Paris, ceux de Bruxelles, de Saint-Brieuc, de Vannes que va devenir celui de Périgueux… ? » Je prends la parole : « Oui, le marché du livre de cuisine est en pleine expansion et il y a de la place. Mais faut reconnaître que Périgueux tergiverse, ne prends pas la mesure de l’enjeu et que de la complémentarité on passe vite à la concurrence et à la cacophonie. A la sortie nous pourrions n’avoir que nos libraires, éditeurs, restaurateurs et les Périgourdins. Edouard Cointreau a pris les devants. Il a laissé toutes ses chances à Périgueux en offrant un espace. Mais, sans critiquer, je cherche vainement une ambition politique… »

Alain Bernard s’est enfui car il va à Ribérac pour les obsèques d’Agnès Dosilé, la professeur d’histoire et de géographie décédée dans l’accident du car en Italie. Christian a décidé de faire ses courses. Henri-Pierre Millescamps m’invite à prendre une bière.

Il est presque treize heures. La nettoyeuse est là à grands jets d’eau. Les derniers revendeurs évacuent leur véhicule. C’était un samedi 20 février comme les autres. La politique était rangée au placard. Ce n’est pas bon signe pour un Périgordin. A la semaine prochaine.
Auteur : Pascal SERRE
(1) Édouard Cointreau directeur général du Salon international du livre gourmand de 1998 à 2002. Cette année-là il a estimé qu’il devait laisser Xavier Darcos mener sa propre politique sur cette manifestation. Il a gardé d'excellents souvenirs de la manifestation périgourdine et s'est appliquée à lui donner une dimension internationale tout en limitant le parisianisme à outrance.

Pascal SERRE
Rédacteur en chef :
  • JOURNAL DU PERIGORD
  • DIRELOT
  • DORDOGNE PERFORMANCES
Membre :
  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Fondation de la France Libre (Paris)


Premier jetWilliam Lesourd est développeur de sites internet à Périgueux ! Contactez-moi à ce numéro : 06 32 15 12 17 ou par l'intermédiaire de mon formulaire de contact sur www.periblog.fr
Ajouter un commentaire Signaler un abus Imprimer cet article Partager sur Facebook Voir l'article original
Retour à La Une de

Ces articles peuvent vous intéresser :

Ajouter un commentaire

A propos de l’auteur

Gauguin
8 votes