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Cinq romanciers nord-américains face aux ténèbres

Publié le 02 mars 2010 par Juan Asensio

Cinq romanciers nord-américains face aux ténèbresPhotographie de Jack Delano, Lower Manhattan from the S.S. Coamo leaving New York, 1941.


Au prix d’un portrait que nous ne pouvons tracer que dans ses plus grossières lignes, l’homme que nous peignent cinq des romanciers nord-américains contemporains les plus fascinants, William Gaddis, William H. Gass, Hubert Selby Jr., Don DeLillo et Cormac McCarthy, est cerné par le mal. Plongé dans la nuit, comprenant que la partie est sans doute perdue d’avance contre un ennemi aux multiples visages, un faible éclat de lumière est pourtant visible dans le regard de cet homme éprouvant la nostalgie d’un royaume qu’il devine chimérique mais tente de reconquérir de toutes ses forces.

William Gaddis ou le déclin inéluctable du monde

C’est le mythe d’une origine débarrassée de toute souillure qui continue de hanter les romans des meilleurs romanciers nord-américains. Ce mythe a deux bornes inamovibles : l’Éden à sa source, l’apocalypse à sa fin, qui, bien davantage qu’une révélation, sera une renaissance ou peut-être même une dévastation radicale, un anéantissement brisant la vieille certitude de la destinée manifeste , constituant le châtiment inimaginable qui est la preuve, comme retournée, de l’élection. Pour le très secret William Gaddis, disparu en 1998 en ayant publié une œuvre aussi déroutante que remarquable composée de quelques livres seulement dont le monumental roman intitulé Les Reconnaissances, si on ne peut pas «laisser les choses en meilleur état qu’on les a trouvées», alors «le mieux qu’on puisse faire c’est essayer de ne pas les laisser dans un état pire». Et, si décidément ce constat désabusé exposé dans Gothique charpentier ne peut même pas endiguer l’inexorable chute du monde dans un âge de plomb plutôt que de fer, il faudra au moins que l’on s’ingénie, par l’écriture, à retrouver un peu de cette pureté enfouie plus irréelle qu’une œuvre d’art véritable.

La suite de ce texte est à lire dans La Revue des Deux Mondes du mois de mars.
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