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Le spleen du supporter du PSG

Publié le 14 mars 2010 par Thibault-Dumas

Le spleen du supporter du PSG« Le PSG, tu te fais chier 90 minutes, et puis ensuite tu rêves pendant une semaine ». Les pathétiques errements sarkozystes de l'ex-Nul Dominique Farrugia n'ont pas altéré sa drôlerie. Oui, être supporter du PSG c'est s'infliger une souffrance footballistique larvée et une détestation généralisée. Car l'arrogante agressivité du club de la capitale démultiplie la motivation des formations provinciales pour battre les « parigos ». Pendant ce temps l'ennemi olympien a créé une empathie tous azimuts sur un seul exploit (la Ligue des Champions 1993) et un bouillonnement populiste continue. Mais le supporter du PSG s'en fout car il sait que pendant la piteuse décennie 1998-2008 sur le plan du jeu, le PSG a ajouté cinq lignes à son palmarès quand les sudistes ne glanaient qu'une minable Coupe Intertoto. Pauleta a il est vrai sauvé le PSG du déshonneur décanal avec son impitoyabilité dans les 18 mètres et Dhorasso a eu la bonne idée de planter son seul pion sous le maillot bleu et rouge en finale de la Coupe de France 2008 face à... l'OM.

Ce PSG que l'on supporte mais honni aux quatre coins de la France, cultive, il est vrai tous les particularismes. Il est l'unique club pro de Paname et sa région (12 millions d'habitants) la ou la plupart des grandes agglomérations d'Europe ont deux équipes voir plus dans l'élite - Athelico, Real et Getafe CF à Madrid, Roma et Lazio à Rome etc... sans parler des 5 clubs londoniens pensionnaires de Premier League -. Le Paris SG ne bénéfice donc pas de l'émulation vivifiante d'un derby... sauf quand des amateurs franciliens se perdent dans le tableau final de la Coupe de France (5-0, quelle perf contre Aubervilliers !). Et ce monopole francilien n'est pas près de changer. Le Red Star 93 a une vrai identité historico-culturelle, mais depuis l'échec de sa domiciliation au Stade de France c'est : au Nord de Paris rien de nouveau. Le Paris FC lui ne s'est jamais relevé du fiasco de l'aventure Matra Racing, il végète aujourd'hui en National et sa dernière apparition en D1 date de... 1974. Quand aux Lustinaos de Créteil ils font le yoyo entre National 1 et National 2.

De fait, « there is no alternative » en Ile-de-France sur le plan du ballon rond. Du coup le PSG s'en trouve renforcé dans son identité de club des banlieues, rayé par les parisiens intra-muros pour sa beaufitude supposée (casquette, survette and co) ou sa violence larvée. Les bleu et rouge ne sont pas l'équipe d'une classe sociale - et toute la subtilité est la – mais celui de plusieurs classes sociales antagonistes. C'est à la fois le onze de la bourgeoisie bling-bling de l'ouest parisien, des banlieues métissées et populaires mais aussi des fachos des quatre coins de l'Ile-de-France. Pour caricaturer la tribune Présidentielle est occupée par les premiers, la tribune Auteuil par les seconds et la tribune Boulogne par les troisième. Mais la tournure régulièrement violente que prend l'opposition entre les deux tribunes d'ultras (Boulogne et Auteuil) est le fait d'une minorité connue de tous : « Ils sont une centaine de la tribune Boulogne, avec un renouvellement perpétuel. Depuis trente ans, les racistes s'y retrouvent toujours, ça n'a jamais cessé. Ce racisme est à l'origine de tous les problèmes d'aujourd'hui » selon un responsable d'une association de supporters du PSG (interview sur Rue89).

Une épine dans le pied que la direction du club n'a jamais eu le courage d'affronter de face. Couplé à la médiocrité sportive du onze francilien, l'effet est désastreux. Car pendant ce temps, de machine a faire rêver le PSG est devenu un club banalement médiocre - la violence en plus donc. Les années passant, les supporters les plus anciens se mettent tous à ne parler qu'au passé, à l'image de Jean-Marc Fontana et Bruno Ungaro : « Le PSG que tu as aimé et qui t’a fait rêver s’en est allé. (…) Foutue crise de la quarantaine. Mais voilà, ton club a eu l’existence tragique des héros destinés à mourir jeunes » (article de So Foot). Les jeunes générations d'ultras se sentent de plus en plus éloignés de ce passé glorieux. L'ennui face au jeu de l'équipe se couple à l'oubli de l'histoire du club. Pourtant, même si il est quasi-puceau au regard de l'histoire du ballon rond (le Stade Saint-Germain n'est devenu le PSG FC qu'en 1970), Paris a connu des joueurs d'exception. Rocheteau, Sušić, Raï, Weah, Okocha, Ronaldinho, Pauleta... une sacrée palanqué de footballeurs créatifs, techniques et offensifs. Même le mythique maItre a penser du « football total », Johan Cruyff, a porté le maillot bleu barré de rouge a deux reprises... en sortant sous les sifflets du Parc la seconde fois (putain d'irrationalité collective quand tu nous tiens).

Pour autant, le club francilien n'a pas totalement perdu cette patte technique. Ces deux dernières saisons (2008-2009 et 2009-2010) on a eu le droit – toutes proportions gardés – a quelques séquences de football champagne. Le temps d'un déboulé tout en dribble et en puissance de Sessegon on a même cru revoir le fantôme ce diable de Jay-Jay Okocha. Non le PSG pêche surtout par un mental de joueur de tennis tricolore évoluant à Rolland Garros (Monfils et Tsonga ayant la fâcheuse tendance de faire mentir cet adage). « Absence de gniac, peu ou pas de solidarité, aucune cohésion, mental déficient  » selon Pierre Ménès (billet sur son blog), le Jean-Marie Bigard de l'analyse footbalistique. Les tares du PSG ressemblent furieusement à celles des Bleus, la profusion de stars internationales en moins. Combien de matchs dominés, gagnables, Paris a-t-il sabordé sur une lenteur lunaire de la charnière centrale, un replacement d'amateur des latéraux ou une cagade inimaginable du portier ? Le Paris SG ne fait plus peur, il est devenu la risée de  football hexagonal. Pire encore, il a peur à lui-même. Quand il est sur le fil de l'exploit, il tombe toujours du mauvais côté.

Dernier point de rupture en date : le 15 mars de l'année passée au Parc des Princes. L'atmosphère est bouillante pour ce PSG-OM cru 2009. Les 45 000 spectateurs de la Porte d'Auteuil ruggissent, l'enceinte est drapée de rouge et bleu, les fumigènes sont si nombreux que la moitié du Parc ne verra pas les 15 premières minutes du match. Si le Paris l'emporte, il prend la tête de la Ligue 1. Sur le terrain la fébrilité parisienne est palpable, le pressing n'est pas assez fort, ce qui conduit logiquement à l'ouverture du score des olympiens (Boudewijn Zendenn, 24e)... et au démontage d'un cube publicitaire d'Orange. Juste avant la mi-temps, le lutin Ludovic Guily se charge de redonner une once d'espoir au public francilien sur un duel gagné face à Mandanda (43e). Mais au retour des vestiaires la poisse se mêle à la fébrilité (un cocktail made in Paris). Camara fauche Zenden à l'entrée de la surface. Rouge, coup franc du néerlandais, arrêt du poing de Landreau, but de la cuisse (involontaire) de Koné (54e). Loïc Cana, tel un Eric Besson du cuir passé du PSG à l'OM, se chargera d'humilier un peu plus des parisiens apathique à la 58e.

L'équipe pensionnaire du Camp des Loges, ne s'est jamais vraiment remise de cette défaite. Adieu  Ligue des Champions et Europa League. Vive l'emmerdement maximum : le ventre mou du classement de Ligue 1. On a même pas le droit frisson d'une éventuelle relégation. Le PSG apparait depuis dans toute sa décrépitude. L'équipe n'a pas de projet de jeu. Le club n'a pas de projet sportif. Le coaching agressif et concurrentiel du Kombouaré ne peut faire oublier que le schéma tactique parisien n'a pas bougé d'un yota depuis Le Guen (4-4-2 classique avec deux milieux récupérateurs). Le Kanak, pour offensif et haineux de la défaite qu'il soit, n'a pas de banc. A la moindre blessure d'un joueur de l'équipe type, c'est la débandade. Sans recrutement, un gouffre s'agrandit de jour en jour entre une jeune génération immature (Makonda, Maurice, Sankharé, Sakho) et une vielle garde de pré-retraités (Coupet, Guily, Makelelé, Traoré). Les présidents se succèdent sans charisme, sans vision ou sans pouvoir. Cayzac, Tahar, Villeneuve, Leproux... Who's next ? L'actionnaire principal à hauteur de 95%, Colony Capital, s'en contre-saint-ciboirise du football. Il veut vendre le nom du Parc des Princes et le transformer en centre commercial. Alors on pourra crier : « Ici, c'était Paris ».
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