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Le bruit des os qui craquent

Publié le 14 mars 2010 par Théâtrorama

Le bruit des os qui craquent

 

Suzanne Lebeau nous livre un ouvrage puissant sur le calvaire enduré par ces enfants enlevés par des rebelles en République Démocratique du Congo. Des enfants déracinés, drogués, violés, battus qui ont perdu tous repères. L’auteur nous conte l’histoire d’Eilikia et de Joseph, deux enfants parmi tant d’autres, quelque part dans ce monde nauséabond.

Le martyre des enfants soldats
Cet ouvrage est bâti à partir du témoignage d’une infirmière qui a récupéré les deux enfants. Appelée à comparaitre lors d’une commission, elle tente d’expliquer la souffrance vécue par ces enfants. L’histoire est construite sur les retours en arrière qui nous permettent de suivre la vie de ces deux enfants. Ce témoignage est rapporté grâce au cahier consigné par Eilikia. Elle n’a que treize ans lorsqu’elle décide de fuir avec Joseph, son cadet de 4 ans. Ce jeune garçon lui donne la raison de vivre et la force de survivre et de s’évader de ce camp de rebelles. Munie de sa kalachnikov, elle entraine Joseph dans une course folle et désespérée. Morts de faim, de soif et de fatigue, ils luttent pour ne pas être retrouvés, pour échapper à cet enfer qui consume leurs âmes.

Tuer pour ne pas être tué. Ne connaître que la violence que l’on donne et que l’on reçoit. Vivre avec les viols, les pillages et les tueries. Un quotidien cauchemardesque. Ne pas être repris par les rebelles et échapper à la mort demeure l’obsession d’Eilikia. Elle traine de force son compagnon, comme mue par un instinct de survie. Ils réussiront dans leur entreprise et Eilikia connaîtra les affres d’une victoire à la Pyrrhus.

Une pièce montée comme un film
Au-delà du dégout, de l’indicible qui nous est restitué avec beaucoup de réalisme, Suzanne Lebeau utilise un style qui s’apparente à celui du cinéma. Chaque personnage parle et exprime ses ressentis tant au regard de la situation qu’ils vivent que des sentiments qui les traversent. Ce qui ajoute de la force à l’œuvre en donnant une dynamique d’action. Ce procédé aboutit à imaginer un film se déroulant sous nos yeux.

L’auteure s’est déplacée en République Démocratique du Congo afin de rencontrer des enfants qui ont vécu cette terrible épreuve et qui ont réussi à fuir l’innommable. Son témoignage à travers cette pièce est sa profession de foi. Comment sauver tous ces enfants que l’on a arrachés à leur enfance ? Comment éloigner cette peur qui les empêche de vivre à nouveau ? Comment aider Eilikia à avoir confiance et ne plus porter son arme sur elle ? Comment les rééduquer simplement ? L’auteure souligne la généralité de ces problématiques pour les 500.000 enfants soldats que l’on estime dans plus de quarante pays au monde. Le titre évocateur de cette pièce nous plonge dans une culpabilité collective de laisser des enfants innocents devenir des machines à tuer.

« S’il est impossible de comprendre, il est impératif de savoir. » (Primo Levi)

Editions théâtrales jeunesse
Plus d’infos: site web

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