SELECTION RELATIO SUR LE SITE DES "NOUVELLES D'ALLEMAGNE". Les fonctionnaires en grève ? Si le phénomène est relativement familier en France, il prend des allures incongrues dès qu'on franchit le Rhin. Et pour cause : en Allemagne, les fonctionnaires n'ont pas le droit de grève. C'est l'une des nombreuses différences qui opposent les cultures sociales des deux pays.
Pour Brigitte Lestrade, professeur de civilisation allemande à l'Université de Cergy-Pontoise et auteur d'un article sur les conflits sociaux en France et en Allemagne ("Documents", 4/2007), "parler des grèves en France et en Allemagne", c'est "vouloir comparer des réalités qui ne sont guère comparables". "En France, ce sont les fonctionnaires qui luttent le plus fréquemment pour une amélioration de leurs conditions de travail alors qu’ils bénéficient de la protection de l’emploi. En Allemagne, ce sont les salariés du secteur privé industriel ainsi que les travailleurs contractuels du service public qui sont les plus combatifs".
"La conflictualité sociale, tant dans son approche que dans sa pratique, est vécue de façon très différente dans les deux pays", résume la spécialiste. Le phénomène s'explique par des différences plus visibles,en matière de représentativité syndicale ou d'unité du paysage syndical, par exemple. "En Allemagne, l'unité (syndicale, c'est-à -dire un syndicat par branche) donne une force de frappe incomparable au cas où le syndicat appellerait à la grève, puisque toute l'activité de l'entreprise s'arrête complètement". En France, par contre, le patronat doit composer avec un paysage éclaté en plusieurs syndicats.
"A cela s'ajoute le fait qu'en France, le droit de grève est un droit individuel, alors qu'en Allemagne, c'est un droit collectif", ajoute Mme Lestrade. Son initiative est exclusivement réservée aux syndicats qui la considèrent comme un dernier recours, lorsque toutes les solutions négociées ont échoué. La grève est d'ailleurs beaucoup plus fortement réglementée en Allemagne qu'en France. Elle n'est autorisée que pendant la période de négociation d'une nouvelle convention collective de branche. En outre, elle ne peut entrer en vigueur que si au moins 75% des salariés syndiqués votent - à bulletins secrets - en faveur de la grève. Et elle se termine dès que 25% des salariés concernés votent en faveur de la reprise du travail.
Ces différences de culture suffisent-elles à expliquer, par exemple, le fait que la réforme de la fonction publique ait été plus silencieuse en Allemagne qu'en France ? Sans doute en partie. En tout cas, en Allemagne, "c'est fait", explique le politologue allemand Wolfgang Neumann, responsable des projets de recherche dans le domaine des politiques économiques et sociales à l'Institut Franco-Allemand (DFI) de Ludwigsburg.
Le secteur public a été profondément remanié dans la foulée de l'Unification. Le grand tournant dans la conception du service public s'est produit dans les années 1990. On a alors beaucoup privatisé, notamment au niveau local. Aujourd'hui, le poids de la fonction publique dans la population active est environ deux fois plus élevé en France qu'en Allemagne. Même l'allongement de la durée du travail dans la fonction publique s'est passé en Allemagne de façon "presque souterraine", note M. Neumann.
AL
Plus d'informations (en français) :
www.france-allemagne.fr/Introduction.html
- Présentation des syndicats français
- Présentation des syndicats allemands
- "Conflits sociaux en France et en Allemagne" (Brigitte Lestrade - Documents 4/07)
- "Les syndicats face à l’érosion" (Patrick Le Bihan - Documents 4/07)



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