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Obama ? No, I can NOT

Publié le 30 juillet 2009 par Assouf
Manifestement, ce que j'ai dit, à la dérobée à chaque fois, sur Obama en étonne plus d'un. Alors je vais essayer de regrouper ce que je pense sur le sujet, afin que ce soit peut-être mieux compris. Je voulais le faire, au moment de son élection. Mais je me suis aperçu que j'avais été doublé par Marc-Edouard Nabe qui y avait consacré son dernier "Tract", intitulé Enfin Nègre ! Or, ce qui est écrit dans ce tract, je le pense aussi, bien que parfois ce soit difficile à admettre. Par exemple, puisque cette remarque m'a été faite, sur Abd al Malik : je l'aime bien, et sa musique avec, et en particulier son exigence littéraire et artistique alors qu'il est plus souvent convenu dans le rap d'afficher des grosses voitures et des filles dessus, dedans, à côté, peu importe ; mais Nabe a malheureusement raison sur son rôle de berger aux ordres d'une méprisable "intégration républicaine" (tu parles). Bref, je crois avoir donné le lien du tract, et ça m'évitait d'en parler.
Finalement, que puis-je reprocher à Obama ? Pas grand chose. Politiquement, ce n'est pas mon trip. Moi je suis anti-capitaliste, alors Obama, Clinton, McCain, Bush... quelle différence ? A la limite, vous pouvez tenter de les ranger en deux catégories, les marchands de sparadrap ® d'un côté et les marchands de mercurochrome ® de l'autre... mais ça fera une belle jambe de bois aux éclopés, de plus en plus nombreux, de ce système. En gros : aucun intérêt. De toute façon, le pouvoir échappe aux politiques, et c'est la raison de cet extrême-centrisme, c'est ce qui rend les gugusses interchangeables. Sarkozy peut bien faire son gouvernement photogénique, il sait très bien que les ministres ne feront rien. Dati n'a pas été choisie pour sa compétence, mais plutôt pour son incompétence, et le fait que... Ceux prétendument de gauche qui rejoignent Sarkozy n'ont rien à trahir. Il n'y a plus d'industrie nationale, alors que voulez-vous que les politiques fassent contre Big Moustache ? Les actionnaires décident et puis c'est tout. Ah, nos amis font le G20, et ils vont s'attaquer aux paradis fiscaux. On va voir ce qu'on va voir. Le premier paradis fiscal est Londres. Faut être sérieux deux minutes. L'eurogroupe est dirigé par le premier ministre luxembourgeois. Ahaha. Bref, économiquement, il n'y a rien à attendre de quelque politique que ce soit. Obama ou un autre, c'est pareil. Mais si vous voulez, ça explique que je n'ai aucune admiration pour Obama, et que je n'attends strictement rien de lui.
Au niveau de la politique extérieure maintenant. Je ne vois aucune inclinaison positive. Le départ d'Irak était déjà prévu et j'attends de voir. L'Afghanistan, allons-y gaiement. S'il venait à laisser l'Iran tranquille, ce serait parce que le zouave Brzezinski veut toujours placer ses pions autour de la Russie et donc qu'il vaut mieux avoir l'Iran comme allié. Donc le Pakistan en ferait les frais. Dans les faits, tout se poursuit tout à fait logiquement. Et c'est normal, c'est la realpolitik. Je ne vois pas pourquoi les USA ne défendraient pas leurs intérêts. Il ne faut pas compter sur moi pour cautionner ça, en revanche. Qu'Obama montre un visage moins agressif que Bush est une chose. Que sa politique soit vraiment différente en est une autre à laquelle je ne crois pas une seconde. Il m'est demandé si je préfère quand même Obama à Bush. C'est le genre de question qui ne se pose pas. Ne serait-ce que pour la prestance intellectuelle, enfin il y a un monde entre les deux. Mais quand bien même Obama serait super gentil et super intelligent et Bush très très méchant et stupide, ce n'est pas là l'essentiel. Nombreux sont ceux qui prétendent par exemple que DSK aurait été très bon président mais que Ségo est une catastrophe. Mais ces deux-là auraient conduit exactement la même politique : leur niveau de culture, leur intelligence supposée n'est pour rien dans l'histoire. Donc, si je résume : je n'ai rien contre Obama spécifiquement, il est comme n'importe quel homme politique (plus brillant que les autres, mais enfin) et n'a aucune chance de répondre à une attente qu'on serait en droit de lui opposer.
Il ne susciterait donc que de l'indifférence chez moi, s'il n'était pas l'objet d'un invraisemblable engouement international. Et là je renvoie plus spécialement à Nabe. C'était une véritable communion générale ici en France parce qu'Obama était élu. Ce n'était certes pas pour son programme économique génial ou pour sa politique extérieure formidable. C'était bel et bien parce qu'on voyait un noir à la Maison Blanche. Le rêve de MLK était réalisé. Et c'était ça, le rêve américain. Et que ce n'était possible qu'aux USA (tu parles... et Morales pour ne prendre qu'un exemple ?). Or, si Obama est "noir", il n'est pas "nègre". Il n'est pas ce qu'on croit voir en lui. Ce n'est pas du tout la réalisation du rêve de MLK, c'est même le contraire. On est content parce qu'un noir est Président. C'est-à-dire qu'on juge le type à sa couleur de peau. C'est du racisme, tout simplement. Et ce racisme est déguisé sous l'antiracisme le plus sincère. C'est par la plus belle admiration de MLK qu'on saute de joie aujourd'hui. Et le fait est qu'il n'a pas mené une campagne de nègre, et pour cause. S'il l'avait fait, jamais il n'aurait été élu.
Il y a aussi que l'Europe voulait voir une Amérique sous un meilleur visage. Bush était vraiment très très méchant. Obama remplit donc la fonction de redorer un blason. Juste par sa couleur de peau. Car dans les faits, rien ne changera. Ce qui aurait donc suscité les hauts cris si Bush l'avait conduit, ça passera comme une lettre à la poste puisque c'est le gentil Obama qui le fera. Autant dire que c'est à mes yeux encore plus inquiétant. Moi, ce n'est pas Bush qui m'écoeurait, mais l'occupation de l'Afghanistan. Sous Obama elle reste la même. Du moins trouvait-on des opposants du temps de Bush. Maintenant, tout va bien, la pacification est certainement en cours. En tout cas, l'opium doit arriver au Kosovo, pas de problème. Bref.
Voilà, je vais en rester là. Je ne sais pas du tout si ce petit billet rend plus claire ma position. Elle résulte du décalage entre mon opposition politique et l'engouement ambiant lequel ne me dit vraiment rien qui vaille.
PS : j'ajoute au sujet de ma phrase jugée provocante dans ma revue du concert d'Ahmad Jamal [D'ailleurs, il n'a pas été invité par Obama, comme aucun des grands jazzmen vivants, lors de l'investiture de ce dernier, ce qui à la fois déshonore Obama et honore Jamal.] Ce n'est pas de la provocation. Je pense vraiment que c'est honteux pour un artiste de célébrer un pouvoir quelqu'il soit, ça c'est mon côté anar, et je suis donc heureux que Jamal n'ait pas eu à se compromettre de la sorte. En revanche, cette absence n'est pas une source d'honneur pour Obama.

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