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ELLE - La guêpière ou l'inévitable guêpier

Publié le 18 mars 2010 par Gicerilla
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J'ouvre un œil encore englué de sommeil.

La tête lourde, les paupières entrouvertes, je tente de me resituer. Bruxelles, Paris, Londres, bon dieu, mais où suis-je ? Remontant en apnée, mes pensées se font plus précises à la surface. Ah, oui, Genève, je suis rentrée. Et comme dans un dessin animé, une première fois attirés puis détournés, mes yeux affolés sur l'écran fluorescent reviennent : 7h30 selon les diodes du réveil ! En un battement de cils, toutes les synapses se connectent, circuit rétabli, 220 V pour le moins et les pensées se précipitent. Zut, dans deux heures il sera là.

Saut du lit ?! Non, jambes emmêlées dans les draps, les dents en avant qui dévorent la moquette, le juron étouffé par les poils laineux sur la langue. Gigotage énervé, reptation de lombric, je m'extrais enfin des draps pour foncer tête baissée dans la salle de bain. Le radar est en panne, je prends le chambranle dans l'épaule gauche, gauche je suis ce matin ! Un autre juron vient mourir dans ma gorge. Vite. Il sera là bientôt.

Silk-epil, brosse à dents, pierre ponce, masque aux AHA, shampooing aux céramides, pas moins, et enfin rasoir pour la bonne dose, on ne sait jamais ça peut servir. J'attaque à sec. Ça réveille, ça fait mal. La bête à tête rotative glisse sur mes mollets dévorant au passage le moindre duvet. Je passe la main. C'est lisse. Je remonte inexorablement le long de la cuisse. J'attaque l'aine. La bête est vorace, mordant aussi la chair, elle arrache tout ce qui passe sous ses pinces y compris un cri inhumain de mes cordes vocales "Aaaaah !" Ou bien aurais-je dis "fuck ?" Oui, c'est possible, je ne suis pas polyglotte pour rien. De douleur, j'arrache le câble qui alimente la bête et la rend KO. Elle rentre la queue entre les jambes dans sa trousse, répudiée. "J'me finirai au rasoir !" me dis-je in petto en sautant dans la douche.

8H00. Vite. Je suis Shiva ou Vishnou ou les deux réunis, je ne sais plus. Peu importe, j'ai deux paires de mains mais mon cerveau reste unique, piètre chef d'orchestre de ses acolytes. Je me brosse les dents au rasoir, je m'épile aux AHA et ponce mes callosités au dentifrice. "Merde !" Cambronne dans la salle de bain vient en renfort de mon agacement. Le rasoir a glissé, le salaud. Mon sexe scarifié dégoutte le sang. Le flot vers la bonde est rouge écarlate et la colère me prend "manquait plus que ça !" Je plaque la main tentant d'endiguer l'hémorragie, "vite, un garrot" pensé-je à moitié évanouie. "Un garrot là ? Tu n'y penses pas, comprime, te dis-je, comprime !" Temps de coagulation trois minutes. Trois minutes de perdues. Le flot se tait enfin et je n'ose contempler l'effet de l'incision. Vite, rattraper le temps. Un peu d'onguent, la pénombre dans l'alcôve et ni-vu-ni-connu-j't'embrouille, me répété-je comme un mantra pour oublier les potentiels dégâts.

8H30, déjà ? D'un geste brusque mais sûr, j'extrais du placard sans anesthésie locale tous les baumes, lotions et autre crèmes pour faire de ma peau la soie qu'il attend. Je badigeonne et je masse à tour de bras. Argh ! Je viens de croiser mon visage dans le miroir. Est-ce la buée qui déforme mon image ou est-ce moi comme un remake de Brazil ? Les cheveux en bataille sous la charlotte en plastique transparent me donne des faux-airs d'Ida Lowry en moins élastique, alors que la crème antiride à pénétration rapide pour une efficacité longue durée (sic) laisse sur mes traits un masque blanc, triste figure de théâtre. "Courage, ma fille, courage, il arrive". Crème teintée, attrape-couillon, poudre de soleil, trait de crayon, mascara et fards, le tout distribué au hasard.

9H00. D'un bond je suis dans le dressing, du verbe dresser premier groupe. Mes doigts fébriles s'emparent du traquenard de dentelle noire signé Agent Provocateur. Je jubile devant la beauté de l'artifice qui rapidement fera de moi la plus irrésistible tentatrice. Je me prêche le calme un instant car sans lui impossible de réussir le savant agrafage qui l'attachera mieux que fers d'esclavage. 9H10, mon buste est enfin encagé et d'une main habile je fais monter les bas jusqu'à la hauteur vertigineuse des jarretelles. Je me regarde. Ah, vanité des vanités, je me souris, aux anges dans le miroir, et Carmen vient doucement me murmurer "... prends garde à toi !" Ça y est, je suis prête. Je consulte mon téléphone portable. Tiens, un SMS.

"8H42. Mauvais temps. Piste enneigée. Vol annulé !"

Dommage non ?

guêpière2.jpg Petite contribution à chaud de Monsieur Imago ! Epilation.jpg
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