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Quels sens donnons-nous au travail ?

Publié le 21 novembre 2007 par Christophe Foraison
C'est aujourd'hui mon 300ème billet. Quel travail !
Hé bien justement, le sujet du jour sera consacré au travail.
Quels sens pouvons-nous donner à cette activité ?

Je vous ai concocté une sélection de divers documents pour tenter d'apporter des éléments de réponse.


Doc.1 : Travailler est issu (1080) d’un latin populaire « tripaliare », littéralement « tourmenter, torturer avec le trepalium, du bas latin trepalium, nom d’un instrument de torture. En ancien français et toujours dans l’usage classique, travailler signifie « faire souffrir » physiquement ou moralement et se travailler « se tourmenter » (XIIIe siècle).

Dictionnaire historique de la langue française, 1992

 

adam_eve_travail.jpg
Doc.2 : Dieu dit à la femme : Je ferai qu’enceinte, tu sois dans de grandes souffrances, c’est péniblement que tu enfanteras des fils.

Il dit à Adam : « parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourrira tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris.

Genèse III, 17-19, traduction œcuménique de la Bible, éditions du Cerf, 1988

 Doc.3 : le laboureur et ses enfants  
Jean de la Fontaine 1621-1695

Travaillez, prenez de la peine

C’est le fond qui manque le moins. Un riche laboureur, sentant la mort prochaine, Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins. Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage  Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans. Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout. Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’oût. Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place  Où la main ne passe et repasse. Le père mort, les fils vous retournent le champ Deçà, delà, partout ; si bien qu’au bout de l’an  Il en rapporta davantage. D’argent, point de caché. Mais le père fut sage  De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.

hl_prize_laborersons2.jpg

   

Doc.4 : une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes ont sacro-sanctifié le travail

Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, 1880



A / Quels sont les différents sens donnés à cette activité ?

B / Retrouvez des justifications

Par exemple, on peut dire, à partir du document 1: 
Le travail: une "souffrance"
=> c'est l'idée d'une action pénible, laborieuse. On ne prend pas de plaisir, c'est ingrat.
Le travail peut concerner des métiers pénibles physiquement (travail à la chaine) ou moralement (stress au travail lié aux clients, aux supérieurs hiérarchiques).

A vous de continuer


Passons maintenant à d'autres types de sources.

Les peintres ont eux aussi, avec leur art, représenté le travail.
J'ai choisi deux tableaux révélateurs. Ils traitent du même sujet, mais la vision n'est pas identique.

C / Saurez-vous reconnaître et identifier leur représentation du travail ?
Soyez de fins obervateurs...

daumier-la-blanchisseuse-1863.jpg
l--on-delachaux-ling--re-1905.jpg


   tableau d'Honoré Daumier

   La blanchisseuse

   1863

 




Tableau de Léon Delachau La lingère 1903
Vous voulez une aide ?
Alors passez le curseur juste en-dessous pour faire apparaître des indices ^^

observez attentivement la position des deux personnages, elle est très révélatrice.
de même, chez les peintres, la lumière joue un rôle central
essayez éventuellement de relier ces tableaux aux différentes conceptions évoquées au début.


La chanson populaire a traité abondamment de ce thème.

Je suis biaiseuse chez Paquin
Pour mon métier j'ai le béguin
Les veillées c'est tout mon bonheur
J'suis pas pour la journée d'huit heures
Et le travail de nuit me fait pas peur
Avec ardeur avec entrain
Je biaise du soir au matin
Quand mes parents m'voient pas rentrer
Y disent y'a pas à s'inquiéter
Elle est encore en train d'biaiser
Dans les grandes maisons d'couture
Y'en a qui sont trottins
Y'a des vendeuses et par nature
Y'en a qui sont mannequins
Y'en a qui font des corsages
D'autres qui font des surjets
Moi Mesdames Messieurs mon ouvrage
C'est d'faire des robes en biais
Pour bien biaiser une robe ma fois
Y'en a pas deux, pas deux comme moi
Je vais m'établir bien vite
Me marier quel bonheur
Avec un garçon plein d'mérite
Qu'y est ouvrier plisseur
Pour nous installer à l'aise
Comme n'avons pas l'sou
Je biais'rai d'abord sur un' chaise
Et lui pliss'ra tout d'bout
L'essentiel c'est qu'y ait pas d'retard
Qu'on dise pas que j'biaise en canard
Je suis biaiseuse chez Paquin
Pour mon métier j'ai le béguin
C'est ça qui s'ra gentil ma foi
On f'ra tout l'ouvrage chez soi
En s'entraidant comme chacun le doit
Avec ardeur avec entrain
On se partagera le turbin
Afin de n'pas nous esquinter
Lorsque j'aurai fini d'biaiser
C'est lui qui s'mett'ra à plisser.
Paul Marinier 1900

D / Cette chanson révèle une représentation positive du travail.
   Pourquoi (recherchez les éléments de réponse dans les paroles) ?



Faisons un saut dans le temps et passons aux années de prospérité économique, celles qu'on appelle les "Trentes Glorieuses" (1945 - 1975).

Alors là, vous avez le son et l'image... (et cela vous changera des clips MTV^^)






Gainsbourg le poinçonneur des Lilas


« J'suis l'poinçonneur des Lilas
Le gars qu'on croise et qu'on n' regarde pas 
Y a pas d'soleil sous la terre 
Drôle de croisière 
Pour tuer l'ennui j'ai dans ma veste 
Les extraits du Reader Digest
Et dans c'bouquin y a écrit
Que des gars s'la coulent douce à Miami 
Pendant c'temps que je fais l'zouave
Au fond d'la cave 
Paraît qu'y a pas d'sot métier 
Moi j'fais des trous dans des billets
J'fais des trous, des p'tits trous, encor des p'tits trous 
Des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous
Des trous d'seconde classe 
Des trous d'première classe (…)
Y a d'quoi d'venir dingue 
De quoi prendre un flingue 
S'faire un trou, un p'tit trou, un dernier p'tit trou
Un p'tit trou, un p'tit trou, un dernier p'tit trou 
Et on m'mettra dans un grand trou 
Où j'n'entendrai plus parler d'trou plus jamais d'trou
De petits trous de petits trous de petits trous » 

Serge Gainsbourg, Le poinconneur des Lilas 1958

Juste un peu plus tard, on retrouve un méga-tube de l'époque (c'est l'équivalent de Fatal Bazooka, non ?). Regardez-moi cela ...


Henri Salvador - le travail c'est la santé (1965)
Ces gens qui courent au grand galop
En auto, métro ou vélo
Vont-ils voir un film rigolo
Mais non, ils vont à leur boulot
{Refrain:)
Le travail c'est la santé
Rien faire c'est la conserver
Les prisonniers du boulot
N' font pas de vieux os.
Ils bossent onze mois pour les vacances
Et sont crevés quand elles commencent
Un mois plus tard, ils sont costauds
Mais faut reprendre le boulot
Dir' qu'il y a des gens en pagaille
Qui cour' nt sans cesse après le travail
Moi le travail me court après
Il n'est pas près de m'rattraper.
Maint' nant dans le plus p'tit village
Les gens travaillent comme des sauvages
Pour se payer tout le confort
Quand ils l'ont, eh bien, ils sont morts.
Homm's d'affaires et meneurs de foule
Travaillent à en perdre la boule
Et meur' nt d'un' maladie de cœur
C'est très rare chez les pétanqueurs.
E / Quel sont les points communs entre ces deux chansons ?


Après la croissance, c'est la crise et les "Trente Piteuses" (1975 - 2005 ?)
 
Bernard Lavilliers - Les Mains D'Or

Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes - portails verrouillés
Wagons immobiles - tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé
On dirait - la nuit - de vieux châteaux forts
Bouffés par les ronces - le gel et la mort
Un grand vent glacial fait grincer les dents
Monstre de métal qui va dérivant
J'voudrais travailler encore - travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore - travailler encore
Acier rouge et mains d'or
J'ai passé ma vie là - dans ce laminoir
Mes poumons - mon sang et mes colères noires
Horizons barrés là - les soleils très rares
Comme une tranchée rouge saignée rouge saignée sur l'espoir
On dirait - le soir - des navires de guerre
Battus par les vagues - rongés par la mer
Tombés sur le flan - giflés des marées
Vaincus par l'argent - les monstres d'acier
J'voudrais travailler encore - travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore - travailler encore
Acier rouge et mains d'or
J'peux plus exister là
J'peux plus habiter là
Je sers plus à rien - moi
Y a plus rien à faire
Quand je fais plus rien - moi
Je coûte moins cher - moi
Que quand je travaillais - moi
D'après les experts
J'me tuais à produire
Pour gagner des clous
C'est moi qui délire
Ou qui devient fou
J'peux plus exister là
J'peux plus habiter là
Je sers plus à rien - moi
Y a plus rien à faire
Je voudrais travailler encore - travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore - travailler encore
Acier rouge et mains d'or...


F / Cette chanson comporte différentes visions du travail. Lesquelles ?



Je voudrais terminer par une approche plus économique du sens du travail.
Deux documents différents serviront de base (Ah non, y a plus de chansons...^^)

"(...) Il faut comparer l'homme aux animaux, et même aux plus évolués dans la hiérarchie biologique: un mammifère, cheval, chien ou chat, peut se satisfaire des seuls besoins naturels: un chat qui a faim ne met rien au-dessus d'une souris, un chien rien au-dessus d'un lièvre, un cheval, rien au-dessus de l'herbe. Et dès qu'ils sont rassasiés de nourriture, aucun d'eux ne cherchera à se procurer un vêtement, une montre, une pipe ou un poste de radio. L'homme seul a des besoins non naturels. Et ces besoins sont immenses (...) Nous travaillons pour transformer la nature naturelle qui satisfait mal ou pas du tout les besoins humains, en éléments artificiels qui satisfassent ces besoins: nous travaillons pour transformer l'herbe folle en blé puis en pain, les merises en cerises et les cailloux en acier puis en automobiles."

Jean Fourastié, Pourquoi nous travaillons Que sais-je PUF 1959

G / Quel sens est donné au travail dans ce texte ?

On termine avec une représentation assez répandue aujourd'hui dans le monde du travail.
C'est un diaporama qui a connu pas mal de succès ces derniers mois sur le web (cliquez pour faire défiler les diapositives)

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H / Quelle est alors la représentation qui est donnée du travail ?


Par contagion:

SOS...SES...Je Blogue avait déjà abordé ce thème sous d'autres aspects:

- Allez...au boulot

- Alors ? Vous bossez ou quoi ?


Quoi ? Encore des jingles ?




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