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Genève: Courteline au Bourg-de-Four

Publié le 22 novembre 2007 par Kalvin Whiteoak

On savait que le Pouvoir judiciaire genevois est très soucieux de la santé de ses collaborateurs, il multiplie les enquêtes internes de satisfaction à ce sujet, et bien sûr organise aussi d'une main de fer une mise en place d'une gestion efficace, simple, au service du public, bref une sorte d'avant-goût du guichet unique moderne qui répondrait à tous les canons du management par objectifs appliqué avec rigueur et sens critique. En somme, tout devrait être simplifié, rationalisé, efficace et finalement moins coûteux pour le contribuable.

Voici donc un exemple vécu ce jeudi 22 novembre 2007 qui donnera au lecteur une ample vision de cette simplification et de cette efficacité qui fleurent bon le succès garanti. Imaginez un bonhomme qui a besoin d'une copie d'un jugement genevois de divorce datant de bien quelques dizaines d'années. Soit, alors la première étape consiste à passer au 2e étage du palais de Justice, au greffe du Tribunal de 1ere instance, pour y faire, en y montrant évidemment patte blanche, une demande écrite en bonne et due forme. Dite demande une fois remplie, elle sera traitée dans les délais les plus brefs possibles, en l'occurrence une dizaine de jours. Une fois la copie exhumée, le greffe téléphone à notre quidam pour l'inviter à passer au guichet y retirer sa copie contre un émolument de Fr. 30.– quand même pour une copie libre.
Et c'est à partir de là que l'efficacité redoutable surgit ! arrivé au guichet, après avoir dûment fait la queue, notre quidam se voit remettre une facture … qu'il est prié d'aller payer à la caisse. Oui mais voila, la caisse n'est pas à côté du guichet mais …. dans un autre bâtiment de la vieille-ville, bâtiment dont l'accès est sécurisé.   C'est ainsi que notre quidam doit descendre à la loge des huissiers, s'annoncer et les prier de bien vouloir l'accompagner à la caisse. Ce que l'huissier de faction fait d'ailleurs avec le sourire. Le cerbère conduit donc notre quidam dans un bâtiment différent, certes pas très éloigné du premier, ouvre la porte sécurisée au moyen d'une carte, et permet à notre quidam de monter quelques étages pour trouver cette fameuse caisse.   A ce stade et après quelques sourires, la caissière par ailleurs fort aimable explique qu'évidemment le personnel n'a pas été consulté sur l'opportunité et l'efficacité de cette mesure de rationalisation, mais qu'elle dure comme ça depuis 2003 ou 2004, et que c'est loin d'être la pire en vigueur … Une fois le paiement effectué, le quidam peut alors ressortir du bâtiment sécurisé tout seul, mais oui vous avez bien lu, sans cerbère cette fois, et se rendre à nouveau auprès du premier guichet qu'il atteindra vite si la queue n'est pas trop longue et si c'est avant midi, car après cette heure fatidique, le guichet se repose …ou du moins ne répond plus.

Ainsi après 8 étages, diverses déambulations, diverses attentes, le quidam entre enfin en possession de la fameuse copie de jugement tant désirée, non sans avoir au préalable dû remettre une des deux quittances établies par la dame de la caisse à la dame du guichet no 1.

Même menée au pas de charge, et sans compter le premier déplacement pour remplir la demande écrite, cette plaisanterie fait intervenir trois fonctionnaires (sans compter le copiste) à diverses reprises et dure nettement plus d'une demi-heure. En plus évidemment il faut payer, mais ça …. si je n'avais pas vécu moi-même ce 22 novembre 2007 ce parcours aux côtés du quidam en question, je n'y aurais pas cru. Et pourtant il est relaté ici dans sa plus stricte vérité. A noter au passage que les fonctionnaires semblent tout à fait conscients de la débilité de cette pratique et gardent le sourire.

On voulait donc décerner ici publiquement le prix de l'idée de réforme administrative la plus stupide aux hauts dignitaires qui règnent sur l'organisation du palais de justice genevois. Qu'ils soient ici remerciés de nous avoir fait éclater de rire .. et demeurer quelque peu inquiets sur l'utilisation adéquate des deniers publics et leur sens de la synthèse.

Note: illustration, bobines de lacet cuir rond … 


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