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Article : L'ère Edo en chiffres

Par Julien Peltier

L’ère Edo en chiffres
Une paix bien réglée

Avec l’avènement de la dynastie Tokugawa au tout début du XVII° siècle s’ouvre une période de paix civile, fondée sur de nouvelles bases sociales. Cloisonnement de la société, essor démographique initial et tableaux des dépenses des daimyô, retour en chiffres sur un système infaillible qui aura prévalu jusqu’à la restauration Meiji en 1868.


Dans un premier temps, quelques notions démographiques, telle l’évolution de la population japonaise au cours de l’ère Edo :
16ème s. : 15 000 000
vers 1720 : 31 000 000
vers 1840 : 32 000 000
fin 19ème s. : 35 000 000
(aujourd'hui : 126 000 000)
Durant cette période d'Edo, la population était plus ou moins répartie de la façon suivante :
0,01 % = kuge (nobles impériaux)
0,70 % = clergé shintô
0,20 % = clergé Bouddhique
7 % = buke (bushi)
85 % = paysans
5 % = artisans et marchands
2,09 % = eta/hinin (hors caste)
NB : Ces informations sont naturellement à préciser. Ainsi, n'allons pas croire qu'en 1720, par exemple, le pays comptait 2 170 000 samurai armés et prêts à se battre. Ici, le terme « buke » désigne bien une classe sociale dans laquelle il faut compter les femmes, enfants et vieillards (Mais on peut supposer qu'environ un quart de la population sont des hommes adultes).
Note au sujet des rônin 浪人 (qui appartiennent également à cette classe) : on estime la population totale de samurai sans maître à 400 000 individus, juste avant leur révolte en 1652.
Répartition des domaines
L'importance d'un domaine était exprimée en koku 石 (180 litres de riz) : la production de riz annuelle du fief. Par exemple : la famille de daimyô la plus puissante était les Maeda, qui possédait le fief de Kanazawa, d’une valeur estimée à plus de 1 020 000 koku !
Comme la surface de terres défrichées et donc cultivables a augmenté au cours du temps, la somme totale de koku du pays a évolué :
1592 : 18 459 990 koku
1703 : 25 768 890 koku
1832 : 30 402 500 koku
1871 : 31 620 000 koku
Ces terres étaient réparties de la façon suivante :
75,00 % = domaines des daimyô
13,33 % = domaines du shôgun
10,00 % = domaines des hatamoto et gokenin
1,33 % = domaines des temples bouddhiques et sanctuaires shintô
0,23 % = domaines des kuge
0,10 % = domaines de l'empereur
Les daimyô sont des seigneurs qui possèdent un fief de 10 000 koku ou plus. Les seigneurs à la tête d’un fief inférieur à 10 000 koku sont les hatamoto 旗本 et les gokenin 御家人. La différence entre ces deux catégories réside dans le fait que les hatamoto jouissent d'un droit d'audience auprès du shôgun... et non les gokenin.
Les daimyô étaient habituellement divisées en trois groupes sans rapport avec l'importance de leur domaine :
- les shinpan daimyô 親藩大名, qui appartiennent à la même famille que le shôgun.
- les fudai daimyô 譜代大名, qui sont les vassaux et alliés des Tokugawa depuis la bataille de Sekigahara, ou précédemment.
- les tozama daimyô 外様大名, qui étaient opposés aux Tokugawa, mais dont la puissance leur a permis de ne pas se faire confisquer l’intégralité de leur domaine. Parmi eux, les Môri, disposaient d’un fief de 1 210 000 koku avant Sekigahara et qui, parce qu'ils n'avaient pas choisi le bon camp, ont vu leur domaine réduit à 370 000 koku sous le règne des Tokugawa. Les tozama daimyô avaient souvent les fiefs les plus éloignés de la capitale shôgunale.


Durant la période d'Edo, on comptait plus de 250 daimyô. Leurs fiefs étaient répartis ainsi :
------------------------------------------------shinpan---fudai---tozama
GRANDS--------(fiefs de + de 500 000 koku) = ------2--------0--------5
FIEFS---------(fiefs de + de 200 000 koku) = ------4--------2--------9
----------------------------------------------------------------------
FIEFS---------(fiefs de + de 100 000 koku) = ------8--------16-------8
MOYENS--------(fiefs de + de 50 000 koku) = -------1--------33------12
----------------------------------------------------------------------
PETITS FIEFS--(fiefs de + de 10 000 koku) = -------8--------94------64
Total : 266 daimyô
En 1722, on dénombrait également 5 205 hatamoto et 17 399 gokenin.
Population des chônin à Edo, Kyôto et Ôsaka
Les chônin 町人 (citadins), sont les classes de heimin 平民 (roturiers) qui ont le droit de vivre en ville : les artisans (shokunin 職人) et les marchands (shônin 商人). Les paysans (nômin 農民), quant à eux, étaient priés de rester vivre dans leurs villages.
--------------EDO----------KYÔTO--------ÔSAKA
1634 -------148 714-------410 098------279 610
1669 ---------------------362 322
1695 -----env.350 000
1715 ---------------------350 986
1721 -------501 394-------341 494------382 471
1729 ---------------------374 449
1786 -------457 083
1816 -------501 161--------------------373 045
1834 -------522 754--------------------359 290
1840 -------551 365
1858 ----------------------------------314 370
Le recensement de 1721 indiquait 323 285 hommes et 178 109 femmes !
Dans le cas d'Edo, la population des buke était plutôt importante, surtout depuis 1635, lorsque le bakufu décréta le sankin kôtai 参勤交代 (service alterné). Ainsi, tous les daimyô sans exception devaient posséder et entretenir une somptueuse demeure à Edo, ce qui leur évitait de dépenser leur argent à rebâtir leur château, ou à armer leurs hommes… Dans ces demeures logeaient en permanence leur femme et leurs enfants. De cette façon, le shôgun avait toujours un moyen de faire pression sur un daimyô récalcitrant.
De plus, les seigneurs étaient contraints de séjourner à Edo une année sur deux, laissant la gestion de leur fief à leur karô 家老. Les daimyô avaient habituellement deux karô : un kuni-garô 国家老 (intendant de province) qui s'occupait du fief, et un edo-garô 江戸家老 (intendant d'Edo) qui s'occupe de leur résidence édoïte.

Dès la moitié du 17ème siècle, il y avait autant de buke que de chônin (environ 150 000); environ 350 000 en 1695, et 530 000 en 1721. Ce qui faisait qu'Edo comptait un peu plus d'un million d'habitants en tout ! La population de buke s'est stabilisée entre 550 et 650 000 membres. On y comptait aussi, parmi la population totale de la ville, environ 50 000 représentants des clergés shintô et bouddhiques.
La population des buke, sur 530 000 membres, se répartissait en moyenne de la façon suivante :
23 000 (4,3%) hatamoto et gokenin
115 000 (21,7%) membres des familles des hatamoto et gokenin
100 000 (18,9%) serviteurs des hatamoto et gokenin
120 000 (22,7%) membres des familles des daimyô en résidence à Edo
30 000 (5,6%) hommes mariés qui vivent en résidences de daimyô
30 000 (5,6%) hommes celibataires en résidence de daimyô
100 000 (18,9%) ashigaru et serviteurs
12 000 (2,3%) autres
Lorsqu'un daimyô se rendait à Edo tous les deux ans, ou revenait à son fief, son escorte devait être proportionnelle à sa puissance. Là encore, le bakufu avait imposé des quotas pour que les daimyô dépensent leur argent à loger toute leur escorte dans les auberges des villages étapes du trajet. Et naturellement, ceux qui payaient le plus, du fait de leur éloignement de la capitale, étaient les tozama-daimyô, un système infaillible !
fief du daimyô : ------10 000 koku-----50 000 koku-----100 000 koku-----200 000 koku et plus
samurai à cheval:-------de 3 à 4-------------7-------------------10------------------de 15 à 20
ashigaru:-------------------20----------------60------------------80-----------------de 120 à 130
serviteurs et porteurs :----30---------------100------------de 140 à 150----------de 250 à 300
Certains daimyô n'avaient pas assez de moyens pour entretenir autant d'hommes à demeure. Ils faisaient alors appel à des watari-kachi 渡徒, des rônin prêts à travailler comme "intérimaires de l'escorte". Ces rônin sont considérés comme les plus bas, car ils se vendent à un seigneur le temps d'un voyage, avant d'en trouver un autre tout aussi pauvre.
Akaguma
Références bibliographiques
> 新しい社会 - 歴史 (atarashii shakai-rekishi), un manuel d'histoire niveau collège
> 詳説日本史 (shôsetsu Nihonshi), un manuel d'histoire niveau lycée
> 図解日本史 - 地図 - 図録 (zukai Nihonshi-chizu-zuroku), un livret illustré de cartes et de tableaux, destiné aux professeurs d’histoire
> 図説大江戸 - 知れば知るほど (zusetsu Ôedo-shireba shiru hodo), un petit ouvrage abordable, dans le style de nos "Que sais-je", sur la vie quotidienne à Edo
> Tokugawa Japan, the Social and Economic Antecedents of Modern Japan par NAKANE Chie et ÔISHI Shinzaburô.



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