Vexation Island
Rodney Graham
1997
Exposition du Quartier, Quimper
Lundi
La grande pharmacienne de France, vaguement coupable d’avoir fait dérembourser une nouvelle liste de médicaments, propose désormais de les mettre en ligne. Non seulement les pauvres paieront tout plein pot, mais ils perdront avec le pharmacien qui leur prodiguait conseils le seul médecin qu’ils pouvaient encore s’offrir.
Mardi
Ai préparé un atelier sur l’évaluation. Relu pour l’occasion , Qu’est-ce que le mérite ? Bon bouquin d’Yves Michaud. « Le paradoxe qui n’en est pas un d’une méritocratie généralisée est donc que sous des dehors de parfaite adaptation, de « bon ordre »,elle implique en réalité une évaluation permanente et des réaffectations permanentes aussi. Le « chacun à sa place » ne vaut que temporairement. »
Et c’est bien là que le bât blesse, outre la prétention à une évaluation scientifique, quels critères, quelle scientificité de l’approche, outre qu’on confond évaluation des faits et jugement de la personne, la question « presque » technique est l’impossibilité matérielle de tenir compte des résultats de l’évaluation, parce que la notion de « bonne place » n’est pas un paramètre souple en entreprise. Ou alors elle se définit toute seule, dans le struggle for life, dans la compétition échevelée des ambitieux. Et là, le seul critère retenu, c’est le manque de morale du salarié, son caractère guerrier. Fait-on une bonne équipe avec des guerriers qui s’écharpent à longueur de temps ? Pourquoi le droit du travail nous enferme-t-il dans une telle obligation ?
L’inspection du travail, qui a épinglé cette semaine France Télécom en les poursuivant pénalement sur leur programme Next, ne devrait-elle pas déjà se demander en quoi le droit du travail pousse au crime ?
Mercredi
Lu La pluie, avant qu’elle tombe, de Jonathan Coe, qui traînait depuis un an sur ma table de chevet. Belle construction, belle tentative de compréhension de l’incompréhensible, la transgression faite aux mères rejaillira jusqu’à la centième génération. Une histoire de mauvaises mères. Comme il y en a tant.
Jeudi
Ai voulu jouer de ma guitare sèche. La corde « la » est partie en torche. Encore un coup de la chatte. Y en a marre.
Me suis souvenue de la belle exposition du Quartier, à Quimper, Wake up please, en écoutant Boris Cyrulnik parler des perroquets, à propos de ces gens qui parlent le discours de l'institution, qui disent ce qu'il faut dire. Une autre histoire de perroquets.
Vendredi
On entend dans le même JT des considérations de géopolitique, une femme qui hurle qu’on ne lui remboursera jamais sa maison de Charente, parce que l’Etat n’a plus d’argent…. Et une victime américaine qui raconte en dix secondes, comment un prêtre pédophile glissait le soir sa main dans les pyjamas des petits, sous prétexte de vérifier s’ils portaient un slip. La langue médiatique est pourrie, elle met notre esprit dans l’obligation de gérer tout à trac des énoncés de niveau très différent, émotionnellement et intellectuellement. N’y a-t-il pas un temps pour tout ? Les énoncés de l’intime ne nécessitent-ils pas une préparation ? Quelle impression un enfant qui écoute le JT peut-il se faire de notre monde ? Ce mic-mac du monde. Il faut supprimer la télévision.
Samedi
Le grand vizir de l’Assemblée, alias M. Copé, s’enferre de plus en plus dans sa croisade pour la totale éradication de la burqa. A quand, l’interdiction des minarets par l’UMP ? Bien aimé l'attitude de Gildas et de Camilla Giordana, hier soir dans On n'est pas couché. J'ai zappé ensuite, parce que Bigard très peu pour moi.
Grand beau temps sur Paris, balade et pique-nique au parc. Sentiment de renaître.





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