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"HHhH" Laurent Binet

Par Manus

Laurent Binet , jeune auteur de 37 ans, reçoit pour son roman "HHhH" éd.Grasset,  le prix Goncourt du premier roman.

"HHhH" , le titre énigmatique signifie en réalité : Himmlers Hirn heifbt Heydrich - Le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich.

Nous y sommes.  Prague 1942.  Heydrich.   Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planificateur de la solution finale, est chassé par deux hommes, deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres, qui seront chargés de l'assassiner.

Heydrich, c'est aussi "le bourreau de Prague", "la bête blonde", "l'homme le plus dangereux du IIIè Reich".

Pour un premier roman, Laurent Binet est époustouflant; non seulement il entraîne le lecteur au travers de ses doutes et de sa recherche, mais il lui offre une écriture, un style et une construction de roman unique.  

Ce difficile exercice d'écrire l'histoire d'un personnage ayant réellement existé, il le réussit avec brio.  Binet refuse la fiction facile que l'écrivain de romans historiques aurait tendance à coucher sur papier; pour pallier à cette difficulté, il annonce dès le départ que tout ce qu'il écrit, est vrai, la stricte vérité historique, et étant donné qu'il ne veut créer d'histoire imaginaire autour de ces faits authentiques, il prend le lecteur par la main, dès le commencement de ses premières découvertes, dès le début de son obsession.  

Ainsi, nous le suivons pas à pas, découvrant avec lui des sites, des vestiges historiques, et nous l'écoutons nous raconter au fur et à mesure ce qu'il nous présente. Parfois même, il digresse sur sa vie privée - Natacha, sa petite amie le traite de "petite merde", trop occupé qu'il est de suivre les traces de Reinhard.

Son écriture naturelle, le ton léger qu'il emprunte, ses digressions également - il se permet des parenthèses de plusieurs pages pour nous parler d'une autre découverte historique, d'un autre événement qui pour lui a son importance - nous fait croire que nous assistons à une discussion au coin du feu, écoutant religieusement notre arrière grand-père raconter ses épopées et souvenirs de guerre.

Laurent Binet, a avant tout approfondi ses recherches de manière méticuleuse, mais il a surtout une autre qualité : c'est un raconteur d'histoire.

Reinhard Heydrich devient son obsession.  Il traque ce personnage, veut le comprendre, cherche à en savoir toujours plus sur lui.  Peut-être parce que cet homme, à l'époque, avait quasiment le même âge que lui, peut-être aussi parce Binet était fasciné par une personnalité décidée, à l'intelligence remarquable, doté d'un esprit fin, cultivé, issu d'un milieu de bourgeois intellectuel.  D'ailleurs, il jouait merveilleusement bien au violon, Heydrich.

Ce même Heydrich Reinhard, qui organisa avec une efficacité effroyable la solution finale. 

Je terminerai par cet extrait du roman (p79) :

"Cette nuit, j'ai rêvé que je rédigeais le chapitre de l'attentat, et cela commençait ainsi : "Une Mercedes noire filait sur la route comme un serpent."  C'est alors que j'ai compris qu'il fallait commencer à écrire tout le reste, puisque tout le reste devait converger vers cet épisode décisif.  En remontant à l'infini la chaîne des causalités, cela me permettrait de retarder le moment d'affronter le soleil en face, le morceau de bravoure du roman, la scène à faire."

Panthère.


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