Au fil de l'Isle Chaque mercredi retrouvez sur Périblog l’humeur de la semaine par Pascal Serre
La politique, chez Daniel Garrigue, ça ressemble à une histoire de famille. Une vieille histoire de famille gaulliste. Ne trouve-t-on pas un certain Franck Garrigue, « mon grand-père, suppléant du jeune Yves Guéna, futur député UNR-UDT de la première circonscription de la Dordogne en 1962 » rappelle l’actuel député de Bergerac.
Dans la famille Garrigue, le père, ancien résistant, s’intéresse à la chose politique. Daniel Garrigue n’y échappe pas. Il se souvient encore de « deux événements qui m’ont marqué : l’insurrection hongroise en 1956 et le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958. Je suis gaulliste; je ne suis pas atlantiste. L’Europe a besoin d’une défense commune qui ne passe pas par l’Otan. »
Son grand-père, le commandant Franck Garrigue, homme de devoir et de foi surnommé « le Saint Bernard des mers », mérite que l’on ravive sa mémoire.
Le commandant Franck Garrigue est né à Périgueux en 1898 dans le quartier Saint-Georges. Son père était photographe connu et réputé sur la ville. Il devint le pacha, d’un des plus beaux paquebots de notre pays : l'Île-de-France.
Ami de mes parents, lors de ma naissance, en 1957, il leur adressa de depuis l'Île-de-France un message de félicitation.
Je me remémore, tout enfant, les soirées, chez lui, rue Hautes des Commeynies, émerveillé devant une maquette sous verre du splendide navire éclairée discrètement dans un espace aménagé comme une cabine faite de bois et de cuivre. J’avais cinq ans et je crois savoir que l’on y préparait la campagne d’un certain Yves Guéna.
C’est en 1990 que le commandant Franck Garrigue se sépara de nous.
Franck Garrigue un homme de devoir et de foi
Un samedi de septembre 1953, le paquebot Île-de-France se rendait à New-York. Le commandant Franck Garrigue prend connaissance d’un appel de détresse d’un cargo libérien le Greenville. Derechef, sans ciller il détourne l'Île-de-France vers le navire en détresse. Il put ainsi sauver l’équipage autrement promis à une mort certaine.L'Île-de-France présente une carrière exceptionnelle qui sera marquée par de nombreux sauvetages dont celui particulièrement périlleux du célèbre paquebot italien Andrea Doria éperonné par le paquebot Stockholm dans la nuit du 25 au 26 juillet 1956.
À l'issue du sauvetage de 753 passagers de l'Andrea Doria, le paquebot fera une troisième remontée triomphale de l'Hudson accompagné par les remorqueurs, toute la poussière navale new-yorkaise et les avions, c'est le seul paquebot à avoir connu ce privilège. Les nombreux sauvetages réalisés par l'Île-de-France vaudront au paquebot le surnom de Saint Bernard des mers.
Le commandant Franck Garrigue, à cette époque, est associé malgré sa très grande discrétion à ces évènements.
Le paquebot France commandé le 26 juillet 1956 par la Compagnie générale transatlantique est en cours de construction depuis le 7 octobre 1957 à Saint-Nazaire et pointe du doigt l'âge du paquebot Île-de-France.
Finalement, après de nombreuses traversées de l'océan Atlantique, l'Île-de-France effectue son dernier voyage transatlantique le 1er novembre 1958. Le commandant Franck Garrigue prend une retraite bien méritée dans sa ville natale et devient directeur de la protection civile.
Peut-on dire que l’ancien pacha se fit un nouveau devoir de sauver le soldat Guéna ?
Lorsqu’en 1962 le général de Gaulle demanda à Yves Guéna de se présenter aux élections législatives en Dordogne le « Commandeur des croyants » se mit en quête d’un suppléant. Dans son ouvrage Le temps des certitudes paru en 1969 il raconte : « Il me fallut trouver un suppléant. Faute qu’un élu local osât s’afficher avec un candidat sans espoir, un homme très honorable accepta de se dévouer. Le commandant Garrigue, d’une bonne famille de Périgueux y était revenu après toute une carrière d’officier à la Compagnie générale transatlantique. Alors qu’il commandait le paquebot Ile-de-France, il s’était distingué, en septembre 1953, en se portant au secours d’un cargo panaméen, le Greenville, en perdition dans l’Atlantique Nord et, malgré la tempête, avait réussi le sauvetage. Il reçut pour cet exploit la Légion d’honneur à titre exceptionnel. J’avais besoin d’une telle caution. »Peut-on dire que l’ancien pacha se fit un nouveau devoir de sauver le soldat Guéna ? Pas si sûr, car il s’engagea sans réserve et avec l’énergie de celui qui se bat pour gagner sans oublier qu’autrement on est assuré de perdre.
Jacques Lagrange dans son ouvrage Yves Guéna, face et profils déclare : « L’estime dans laquelle est tenu le nom de Garrigue fait, déjà, que des électeurs ont retenu ce bulletin, sans connaître le député à élire. »
Yves Guéna battra son rival Yves Péron (Parti communiste français) de… 16 voix. L’Histoire ne dira pas à qui appartenaient ces voix. Pour le commandant Franck Garrigue, la mission était accomplie sans que ne soit évoqué d'autre nom que celui d'Yves Guéna.
Gérard Fayolle, dans 50 ans de batailles de politiques en Dordogne commente : « Au soir du 25 novembre 1962, le monde politique se demande si cette victoire annonce une carrière perigordine pour le nouveau venu dont on vient de mesurer l’envergure ou s’il ne s’agit encore que d’un de ces triomphes éphémères des gaullistes portés par une vague et balayés au scrutin suivant. »
On sait ce qu’il en sera. En ceci, le dernier ouvrage d’Yves Guéna paru chez Flammarion ce mois-ci illustre que sa route entretient les braises de l’esprit du 18 juin 1940 et que le goût de cendre n’est pas encore à l’ordre du jour (en réponse à la citation empruntée à Saint-John Perse en exergue de son livre).
Quand le silence est un hommage au futur
Avec Mémoires d’Outre-Gaulle récemment sorti chez Flammarion, Yves Guéna semble n’avoir pas été compris par Daniel Garrigue, l’actuel député de BergeracPhoto © droits réservésAvec Mémoires d’Outre-Gaulle récemment sorti chez Flammarion, Yves Guéna semble n’avoir pas été compris par le petit-fils de son ancien suppléant. Une simple phrase : « Garrigue a oublié ce que j'ai fait pour lui. L'ingratitude est courante en politique » a déclenché les foudres de Daniel… Garrigue. L’actuel député de Bergerac met en cause la version des faits concernant des bisbilles issues des élections législatives de 1993 par voie de presse. Quel dommage !Yves Guéna bien au dessus de ces contingences se tait. La grandeur gaullienne n’a que faire de ses ombres sans gloire et préfère « guetter la lueur de l’espérance. »
Qu’en aurait pensé l’ancien Saint-Bernard des mers ?
Auteur : Pascal SERRE
Documentation
Mémoires d’Outre-Gaulle, Yves Guéna, Flammarion, 312 pages, 22 € (avril 2010)
50 ans de batailles politiques en Dordogne, 1945-1995, Gérard Fayolle, Fanlac, 224 pages.
Le temps des certitudes, Yves Guéna, Flammarion, 358 pages.
Yves Guéna, Face et Profils, Jacques Lagrange, Pilote, 310 pages.
Archives de la Compagnie générale Transatlantique.
Crédit Photos : Compagnie générale transatlantique.William Lesourd est développeur de sites internet à Périgueux ! Contactez-le à ce numéro : 06 32 15 12 17 ou par l'intermédiaire de mon formulaire de contact sur www.periblog.fr




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