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Ernest T., entretien avec Jean-Yves Jouannais, extrait

Publié le 10 mai 2010 par Stéphane Lecomte

Ernest T., entretien avec Jean-Yves Jouannais, extrait

Ernest T. l'amateur

Ernest T. est l’artiste invité du 55e salon de Montrouge. À cette occasion, nous pouvons lire dans le catalogue, en plus du très beau texte de Natacha Pugnet, un entretien avec Jean-Yves Jouannais.

Aux questions « Êtes vous quelqu’un d’en colère? Est-ce que la colère vous concerne? » Voici ce que l’artiste répond:

« Non, pas du tout. Les choses m’amusent. le système tel que je le dépeins, tel que je le critique aussi, me distrait plutôt. Il y a bien sûr des comportements qui m’irritent, des comportements de certains artistes. Et ce n’est pas qu’une question de génération. Mais, ils ont en commun de se poser en maîtres, de s’y croire. Ils sont pesants, ils ont un discours tout fait. Ils assènent des formules de publicitaires, le concept, le questionnement… Ils ne s’entendent jamais parler!

Et puis il y a la médiatisation à outrance. Ces jours-ci, les expositions Boltanski au Grand Palais et au MAC/VAL, l’avalanche d’interviews dans la presse le feraient passer pour un stakhanoviste. Ou alors il s’agit d’un entretien-type X fois dupliqué! Et pas un bémol, pas un article pour critiquer.

Au final, tout n’est qu’un jeu médiatique. Buren se targuait, il y a déjà plusieurs années, d’avoir fait plus d’expositions que Sol LeWitt. L’art, c’est comme la vie actuelle, on ne parle pas de la pertinence des oeuvres, mais de ce qu’elles coûtent en production et des sommes qu’elles atteignent en ventes publiques. »

Enfin, j’aime beaucoup la conclusion de Natacha Pugnet:

« Si les jeunes artistes devaient chercher au salon de Montrouge quelque forme de confort, Ernest T. ne les y aidera certainement pas. En revanche, pour ceux qui sauront comme lui ne pas se prendre trop au sérieux et ne pas se laisser aisément catégoriser, peut-être sa démarche sera-t-elle de quelque utilité. Non pas comme modèle bien sûr, mais comme objet de spéculation, intellectuelle, cette fois. Car ses « articles de démonstrations » sont tout sauf de la camelote que l’expression semble désigner. Si la démonstration est faite, c’est celle d’une position résolution critique, qui permet en tour au regardeur de faire l’épreuve de son jugement et de sa liberté. »

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