Si le ciel vous offrait la possibilité de revenir sur terre afin de rectifier certaines impostures dont vous avez été la victime, vous n’hésiteriez pas. Et Le candidat idoine est Karl Marx qui ne dispose que de peu de temps pour clarifier son propos qui a été perverti et détourné de son sens originel.
L’adaptation de la pièce de Howard Zinn et mise en scène signée par Christian Fregnet dénonce le détournement des idées que furent celles du grand homme. Dénonçant ses faiblesses et ses contradictions, la pièce met en lumière les débats d’idées qui agitèrent sa famille pour le meilleur et pour le pire. Mais l’intérêt de l’œuvre réside dans les comparaisons qu’il établit avec notre époque.
Interprétée avec finesse par Emile Salvador, cette pièce drôle flirte avec un aspect didactique jamais ennuyeux. Marx nous invite au sein de sa famille. Il nous guide dans les arcanes de sa vie professionnelle et de sa vie privée. Déménageant de pays en pays, il s’établit à Londres avec sa famille où il crée« Das Kapital » qui contient la description des rouages du capitalisme et de la condition ouvrière qui en découle. Vivant très modestement, il ne reçoit de soutien que de ses amis intellectuels (Engels entre autres) et de l’Internationale Socialiste. Mais il constate que ses idées sont malheureusement toujours d’actualité malgré la disparition de l’URSS. Il rejette l’amalgame de ses idées et des dogmes utilisés par les instances soviétiques. Une doctrine assise sur ses théories et dont l’interprétation est complètement dévoyée. A ce titre, il n’est pas marxiste ! Et encore moins mort. Quel est l’état de notre société ? Peut-on se passer de lutte des classes ? Quelle instruction donne-t-on aux enfants ? Les bonus des traders, les mégafusions et les destructions d’emplois ne sont ils pas le lieu commun de notre époque ?
Je suis ce que je suis par la grâce de mes furoncles
L’apport déterminant fut celui de sa femme Jenny. Elle lui servit de secrétaire, n’hésitant pas à lui demander de simplifier ses écrits de façon à s’adresser en premier aux ouvriers et non aux intellectuels. Elle eut d’autant de mérite que Lenchen, la gouvernante fut sa maîtresse. Les anecdotes fusent et il se remémore ses joutes oratoires avec Bakounine, son ami anarchiste venu prêcher la révolution à Londres. Vivant dans la clandestinité, se déguisant à l’envie, il ne parcourait le monde que pour fomenter la révolution. Se heurtant maintes fois à Marx en qui il ne voyait qu’un petit bourgeois, il devisait sur l’avenir de la révolution avec force passion. Et Marx de rétorquer avec cocasserie « tu peux cracher sur mes théories, pas sur mon parquet ! ». Pour Marx, la vraie révolution est celle de La Commune en 1871, tuée dans l’œuf alors que le peuple était au pouvoir. C’était la vraie dictature du prolétariat censée représentée une transition. Unique et pur chef d’œuvre dans l’histoire mais dont le destin sera brisé par les forces « versaillaises ».
C’est avec dérision que Marx exprime sa rage d’avancer, d’aller de l’avant et de bouger par l’existence de ses furoncles sur son postérieur. On oublie parfois que le destin de grands hommes passe parfois par des petites « misères » existentielles ! De quoi réfléchir…
Karl Marx le retour (site web)
De Howard Zinn
Mise en scène de Christian Fregnet
Avec Emile Salvador
Jusqu’au 26 juin
Du mardi au samedi à 18h30, dimanche à 15h
Lucernaire
53 rue Notre dame des champs, 75006 Paris
Réservations: 01 45 44 57 34






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