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Instant City, Archigram, « Les villes sont-elles encore nécessaires? »

Publié le 19 mai 2010 par Stéphane Lecomte

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Peter Cook, Archigram, Instant Cityvisits Bournemouth, 23 x 34,5 cm, 1968, Coll Frac Centre

 

Au centre Pompidou, jusqu’au 9 Août 2010, a lieu une bien belle exposition intitulée Dreamlands, des parcs d’attractions aux cités du futur. Il s’agit là d’une occasion pour voir des pièces étonnantes d’artistes et aussi d’architectes. Instant City fait parti de ces projets utopiques que l’on peut voir.

 

Alors c’est quoi Instant City? Il s’agit bien d’un projet de ville instantanée, de ville éphémère par le groupe Archigram, alors composé de Peter Cook, Dennis Crompton et Ron Hexron, imaginée en 1968. Instant City est donc le projet d’une ville nomade qui viendrait se superposer à une ville bien réelle, avec des ballons dirigeables, et autres structures mobiles. Le projet est offert à voir grâce à des maquettes et dessins, jouant du collage d’éléments nouveaux sur un paysage, afin de matérialiser la faisabilité de cette ville. Le projet d’une telle ville est bien moderne tant il conçoit l’espace d’une autre manière, jouant avec le nomadisme et le mouvement de la population. Ces critères sont encore bien présents au début du 21e siècle, ce qui fait de ce projet Instant City, un projet toujours d’actualité.

 

On sent dans ce projet beaucoup d’influences populaires dans cette ville flottante et aérienne, grâce notamment aux visuels, aux couleurs. L’aérien comme projet utopique d’une ville n’est pas nouveau, et il perdure encore. Dans une toute autre forme, Yona Friedman, avant Archigram, proposait une ville spatiale. L’aérien est aussi présent dans les films de science-fiction, où l’on voit des engins volants, des montgolfières. (Ici, je pense au roman de Thomas Pynchon, Contre Jour, qui voit plusieurs personnages voyager à travers différentes destinations à bord d’un énorme dirigeable.)

 

Instant City, Archigram, « Les villes sont-elles encore nécessaires? »

 

Peter Cook, Instant City – Airship M3, 1968. Collage of photographs and newsprint, overdrawn, 40 1/8 x 28 3/8”. Courtesy of Archigram Archives.

Instant City est une ville mouvante, donc, qui viendrait se greffer à une autre le temps d’un événement et qui repartirait de la même manière. Peter Cook décrit minutieusement le déroulement des opérations (version transportée par camion):

« 1. Les composantes de la « ville » sont chargées sur des camions et des remorques à la base du départ.

2. Une série de « tentes » est suspendues à des ballons, qui sont ensuite remorqués par avion jusqu’à leur destination.

3. Avant l’arrivée de la « ville », une équipe de géomètres, électriciens, etc. a converti un bâtiment désaffecté de la communauté choisie en station de rassemblement, d’informations et de relais. Des réseaux immatériels ont été créés avec des écoles locales et avec quelques grandes villes (permanentes).

4. La « ville » arrive. Elle est assemblée selon le site et les caractéristiques de la localité. Toutes les composantes ne seront pas forcément utilisées. La « ville » peut s’infiltrer dans les bâtiments et les rues, elle peut se fragmenter.

5. Manifestations, expositions et programmes éducatifs sont fournis en partie par la communauté locale et en partie par l’agence « ville ». De plus, les éléments locaux périphériques sont intégrés: foires, festivals, marchés, sociétés. Très souvent, on assiste à un rassemblement spontané de caravanes, de stands, de présentoirs et de personnel. L’événement que constitue Instant City pourrait être la réunion de manifestations qui, autrement, surviendrait de manière éparpillée dans la région.

6. La tente aérienne, les coupe-vent gonflables et d’autres abris sont érigés. De nombreuses unités de la « ville » possèdent leur propre enceinte taillée sur mesure.

7. La « ville » reste en place pendant une durée limitée.

8. Elle repart ensuite vers la localité suivante.

9. Après qu’un certain nombre de localités aient été visités, les stations de relais locales sont reliées entre elles. Communautés n°1 « nourrit » désormais une partie du programme dont bénéficiera Communauté n° 20.

10. Finalement, par cette combinaison d’événements physiques et électroniques, « perceptuels » et programmatiques, et par la mise en place de centres locaux d’expositions, une « ville » de communication pourrait bien prendre forme – la métropole du réseau national.

11. Il est presque certain que les éléments itinérants se modifieraient au fil du temps. Il est même vraisemblable qu’ils seraient retirés de la circulation par phases, après deux ou trois ans, pour faire place au réseau ainsi institué. » (Peter Cook, 1968. Source: Véronique Willemin, Maison Mobiles, éditions alternatives, Paris, 2005)

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