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À 26 ans, Bruno Julliard tient sa première embauche

Publié le 06 décembre 2007 par Roman Bernard
On savait depuis le 30 novembre dernier que Bruno Julliard quittait la prĂŠsidence de l'UNEF pour « raisons personnelles ». On aurait pu imaginer qu'il s'agissait d'études -à 26 ans, il faudrait songer à les terminer-, d'un emploi -la « précarité » n'est-elle pas la première préoccupation de ce fougueux syndicaliste ?-, on apprend aujourd'hui que, finalement, ces raisons personnelles sont surtout politiques : Bruno Julliard fait partie des « personnalités » draftées par Bertrand Delanoë pour remporter l'imperdable bataille des municipales. Difficile de ne pas voir un lien entre son désengagement syndical et sa promotion politique. En deux ans et demi à la tête du principal syndicat étudiant, Julliard aura été dans tous les « bons coups » : blocage des facs pour obtenir le retrait de la mesurette CPE, qui tentait maladroitement de trouver une solution à l'inemployabilité des jeunes, puis chantage à la grève sur Valérie Pécresse, obligeant la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche à annoncer dès son entrée en fonctions que la loi sur l'autonomie des universités ne donnerait lieu à aucune sélection ni aucune augmentation des frais de scolarité.

C'est-à-dire, obligeant par la menace un gouvernement légitime -alors que, comme les syndicats de salariés, l'UNEF n'a aucune légitimité parmi les étudiants- à édulcorer la loi puisque la sélection sur concours est le seul moyen de sauver l'Université française, en assurant une formation de qualité et un emploi à ceux qui les réussiraient. Si, au moins, Monsieur Julliard partageait l'infortune de ses camarades étudiants, qui doivent leur difficile insertion dans le marché du travail -souvent au prix d'un déclassement- à ce refus proprement absurde de réserver l'accès de l'Université aux vrais talents, on pourrait lui accorder le bénéfice de la cohérence. Mais à force d'avoir instrumentalisé la désespérance légitime -mais peu clairvoyante sur ses raisons véritables- des étudiants, Bruno Julliard, jamais avare d'oeillades complices en direction de la rue de Solférino, a fini par arriver à ses fins. Il risque fort d'être élu conseiller municipal de Paris, une ascension fulgurante pour cet ancien militant local du très pavlovien MJS.

Inutile de jouer les indignés devant l'évident cynisme de ce Bruno Julliard. Lui qui n'est pas responsable de la massification de l'Université « populaire », n'avait pas d'autre moyen pour exister dans ces campus surpeuplés que de s'engager dans le syndicalisme : grâce à un subtil mélange de subversion adolescente et de langue de bois, les plus prédisposés à la tribune syndicale trouvent ainsi une façon de donner un sens à des études décousues et sans autre réelle finalité que celle de réussir les « partiels ». Sans avoir vraiment brillé dans leurs parcours universitaires, ces conjurés du « Mai 68 permanent » accèdent ainsi à l'antichambre du Parti socialiste.

Qui pourraît leur reprocher de vouloir faire de la politique, noble profession dont le primat sur toutes les autres confère à ses acteurs un rôle enviable, et envié ? Bruno Julliard est donc de ceux-là. Son double forfait accompli -refus du CPE et de la sélection-, il laisse un monde étudiant dans l'impasse. Peu lui importe, apparemment, que l'opposition forcenée des syndicats étudiants à la réforme globale de l'Université empêche les étudiants qu'il prétendait défendre de s'en sortir. Lui, du moins, aura trouvé un rôle à sa mesure. Pour ce monde étudiant, c'est toujours le syndrome de Stockholm. Alors que son seul salut réside dans l'instauration de la sélection à l'entrée, il continue à cautionner par sa passivité le blocage de dizaines de facs, et attribue majoritairement son échec collectif aux timides velléités de réformes opérées depuis des années. Peut-être que le fait de voir son héraut s'en sortir très bien après avoir crié à la paupérisation des étudiants le rendra plus lucide sur la sincérité réelle de ses représentants.

Roman B.

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