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Lectures de printemps

Par Davidme

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“David, ton blog n’est pas à jour en ce moment”, m’a dit un lecteur récemment… On ne peut pas lui donner tort. Mes excuses donc, mais j’ai eu beaucoup de choses à gérer ces dernières semaines. Le premier post d’un retour qui s’annonce tonitruant est consacré à quelques lectures récentes que j’ai envie de partager avec vous.

“Cadres Noirs” de Pierre Lemaître, Calmann-Lévy
Pierre Lemaître l’auteur du génial « Robe de Mariée » nous revient cette année avec « Cadres Noirs » et signe un roman noir passionnant sur fond de fresque sociale. L’histoire est assez simple : un cadre au chômage depuis longtemps met tout en œuvre pour retrouver un travail. Il accepte même de se prêter au jeu instaurée par une entreprise en guise d’entretien d’embauche. Divisé en deux parties le livre est passionnant. Fresque sociale du déclassement que peut vivre un chômeur de longue durée, il devient ensuite un roman plus noir avec des idées scénaristiques étonnantes qui sont la marque de fabrique de Pierre Lemaître. Au final on passe un excellent moment de lecture, tant pour ce que le livre nous dit et nous montre du monde de l’entreprise aujourd’hui que pour les circonvolutions dans lesquelles nous emmène l’auteur. Ironie de l’histoire, récemment Médiapart.fr a révélé que Philippe Santini, pdg de la régie de France Télévisions, avait été condamné pour avoir organisé une fausse prise d’otage pour mettre ses salariés à l’épreuve. Un livre en prise avec la réalité, à lire donc. A noter que ceux qui ont aimé le « Couperet » de Donald Westlake retrouverons ici une ambiance et un savoir-faire réel.

“Quai d’Orsay” de Blain & Lanzac, Dargaud
Faire de Dominique de Villepin un personnage drôle était l’un des paris très risqués de cette BD de Blain & Lanzac et il est réussi haut la main. « Quai d’Orsay », nous plonge dans le quotidien du cabinet d’un ministre des affaires étrangères poète à ses heures, vibrionnant et brouillon, librement inspiré de Dominique de Villepin. Le résultat est fantastique. C’est drôle, enlevé, intelligent et passionnant quant au quotidien de la vie de cabinet. C’était le tome 1 de la série et nous piaffons déjà d’impatience en attendant la sortie de la suite ! Le dessin est superbe et l’utilisation par les auteurs du mouvement est très astucieuse. Précipitez-vous sur cette BD que les férus de politique, de BD bien sûr, et même de Titeuf adorerons.

“22 Novembre 1963″ d’Adam Braver, Sonatine
Ce livre d’Adam Braver aux excellentes éditions Sonatine est un véritable tour de force. C’est un fresque étonnante sur ce fameux 22 novembre 1963, jour de l’assassinat de John F.Kennedy à Dallas. Adam Braver parvient à nous faire vivre cette journée particulière à travers les yeux de Jackie Kennedy, mais aussi de différents personnages plus ou moins secondaires. Mêlant habilement fiction et réalité, Braver nous plonge littéralement dans la léthargie créée par l’assassinat du mythique JFK. Il façonne un roman polyphonique grâce à sa galerie de personnages et à son sens du détail, comme par exemple le tailleur rose que portai Jackie Kennedy ce jour-là. C’est ainsi tout un pan de l’histoire des Etats-Unis qui nous est brossée. Le roman est passionnant, le fait historique donnera toujours lieu à interprétation, l’enchevêtrement des deux nous donne un projet ambitieux et envoûtant. D’ailleurs, une fois la lecture terminée, on n’a qu’une seule envie : se replonger dans toute la littérature autour de ce jour si célèbre du 20ème siècle.

L’Epouvantail” de Michaël Connelly, Seuil
Encore un Connelly… se dit l’amateur de polar un peu désabusé à la vue de ce nouvel opus connelyien ». Oui, sauf que cet « épouvantail » est le meilleur roman de Connelly depuis bien longtemps. Les deux derniers avec Mickey Haller l’avocat en personnage principal étaient tout sauf convaincants, et les dernières aventures d’Harry Bosch sentaient un peu la redite. Qu’à ce que cela ne tienne, Connelly nous ressort, cette fois-ci, son journaliste Jack Mac Evoy (Le Poète, Echo Park etc…) et retrouve son meilleur niveau. Il y a beaucoup de choses dans ce roman : la situation économique très compliquée de la presse aux Etats-Unis, une enquête policière passionnante et des personnages très bien croqués. Le résultat est efficace et Connelly démontre une fois de plus qu’il sait raconter des histoires. Le tout sans en rajouter outre mesure et sans tomber dans le syndrome fourre-tout des thrillers d’aujourd’hui. En clair, un Connelly vaut mieux que tous les Marc Lévy. Alors, pourquoi se priver ?

“Le quai de Ouistreham”, Florence Aubenas, L’Olivier
Autre genre. Florence Aubenas s’est mise pendant six mois sur les traces des précaires. Elle a vécu leur vie et s’est mise à leur place enchaînant les CDD, les contrats d’intérim, les heures de ménages, les humiliations etc… Son récit est poignant et nous montre une réalité de la dureté de notre société. J’étais au départ réticent quant à la démarche, je trouve le résultat passionnant. Ce qu’on lit est plus que dur et bouleversant dans un sens, mais l’écriture fait que cela se lit facilement et nous permet ainsi de prendre toute la mesure de la difficulté de la vie des précaires ( j’en avais eu un aperçu ici ).

“Les derniers jours de Stefan Zweig”, Laurent Seksik, Flammarion
Stefan Zweig était un très grand écrivain. Ses romans n’en finissent plus de se vendre et ils nous questionnent toujours sur la séduction, le rapport hommes-femmes, et le sens de la vie. Mais Stefan Zweig était aussi un grand intellectuel, un homme de son temps qui a côtoyé les plus grands. Dans son livre, Laurent Seksik nous retrace les derniers mois de la vie de Zweig exilé au Brésil. Il y est reclus, loin de la Vienne qu’il a aimé, désemparé par la tournure que prend le monde (nous sommes en pleine deuxième guerre mondiale). Zweig, celui qui a raconté le siècle dans le « Monde d’hier », est désespéré. Il est au Brésil avec sa femme et ils vont finalement de quitter le monde ensemble en se suicidant. Le roman – basé sur des faits réels - de Laurent Seksik est saisissant et poignant. C’est l’une des belles lectures de cette année.

Plus tard, je reviendrai pour vous parler de “Mainstream” de Frédéric Martel, de “Sarkozy, côtés vestiaires” de Karim Nedjari et Bruno Jeudy, mais aussi d’autres réjouissances de lecture.


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