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La vie des jeunes n’a plus de secret pour Riad Sattouf

Publié le 24 mai 2010 par Stéphane Lecomte

La vie des jeunes n’a plus de secret pour Riad Sattouf

À la lecture de « la vie secrète des jeunes », on se demande si tout est véridique ou si c’est le fruit de l’imagination de l’auteur. Mais, tout de même, on y croit. On y croit, quand on est parisien et que l’on fréquente le métro, on y croit. On se dit qu’il n’y a pas trop d’inventions dans ces dialogues entre les jeunes tant on les a déjà entendu, tant certaines scènes nous semblent familières. Qui n’a jamais entendu des gens hurler non loin d’eux, qui n’a jamais écouté une conversation téléphonique, qui ne s’est jamais posé à une terrasse d’un café pour étudier les passants. Et même si l’on n’entend pas tout, on se dit que l’on a eu des conversations similaires à celles de ces jeunes qui parlent de filles.

Comme un observateur averti, comme un scientifique qui observe la vie des animaux, Riad Sattouf avoue même avoir longtemps lu avec grand intérêt « la vie secrète des bêtes », où les comportements des animaux étaient découverts. Riad Sattouf devient le spécialiste de la vie des jeunes.

Les jeunes donc, sont le sujet central de ces deux livres, un troisième tome est prévisible, Riad Sattouf persiste dans Charlie Hebdo. Les jeunes étaient aussi les personnages principaux de ce film, « les beaux gosses », gros succès populaire. Un film d’ailleurs non loin de cette vie secrète dessinée. Un film qui mettait en avant cette partie de la vie par laquelle on passe tous, une partie dont nous ne sommes pas tous fiers en grandissant. Avec ce film, Riad Sattouf allait au plus près des faits et gestes des jeunes, le parler était exact, les mimiques toutes autant, bref une réussite.

En dessin, ça donne tout autre chose, même si l’on reste avec des jeunes. Bien sur, il y a aussi des moins jeunes, des plus vieux, mais la cible est bien la jeunesse. Car la jeunesse est drôle, elle est parfois vulgaire, elle est souvent j’en foutiste, elle est franche, et sans concession, elle est naïve, et elle peut être violente. La jeunesse est donc inspectée avec minutie par l’auteur.

On se dit, aussi, qu’il en entend des choses, qu’il en voit aussi de belles dans une journée. Une journée dans la peau de Riad Sattouf doit être folle tant il doit noter tout ce qu’il voit et entend, on l’imagine rentrer chez lui, harassé, et s’exécuter devant la table à dessin. On se dit aussi que le dessinateur a engagé des amis pour lui conter leurs trouvailles, afin de grossir la vie secrète.

Riad Sattouf, avec cette vie secrète des jeunes, n’émet aucun jugement sur ces protagonistes, il les dessine justement, il rend compte des scènes dont il est le témoin privilégié dans un dessin risible et efficace.

Même si parfois on se dit que c’est impossible, on pense notamment à cette agression à la scie égoïne dans le métro, on pense à cette vieille qui lèche le comptoir d’un fast-food, on n’est guère surpris par l’ensemble des scènes. Il y a de tout, de la relation parents enfants, à la relation entre filles et garçons, où l’on parle de sexe crument, où les filles sont rarement respectés, où les gars sont obsédés. Toutes ces anecdotes, ces faits écoutés, volés, dans la rue, dans le métro, dans le train, constitue une sorte de témoignage sur la jeunesse au début du 21e siècle. La force de cette vie secrète des jeunes tient dans l’efficacité graphique et dans les scénarios réels de cette vie qui n’a plus de secret pour Riad Sattouf.

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