J'ai eu le plaisir d'interviewer Mathias Duhamel. Cet artiste a développé son art en réalisant des œuvres pour le compte d'entreprises, en s'inspirant de la personnalité des entreprises, et également, en mettant en scène la réalisation de ses tableaux dans des performances artistiques nommées Concerts de Peinture®.
Son approche marketing est originale car il a réussi à s'imposer comme "corporate painter". Qu'est-ce ??? Lisez donc ce qui suit et vous découvrirez un artiste qui a méthodiquement développer son activité en utilisant intelligemment les moyens de communication modernes.
1- Mathias, pouvez-vous présenter votre activité d'artistes et faire une biographie en quelques lignes ? C'est quoi un "corporate painter" ?
J'ai été formé à l'Ecole des Beaux-Arts d'Amiens puis à l'Institut Supérieur des Arts Appliqués de Paris. J'ai d'abord exercé mon coup de crayon dans l'univers de l'architecture, puis de la presse et de la communication publicitaire pendant plus de 20 ans en tant que directeur artistique. J'ai pris mon indépendance en 1988 et j'ai ensuite conseillé des entreprises sur l'évolution de leur image. En 2001, j'ai décidé de me consacrer entièrement à la peinture et j'ai commencé par créer des tableaux inspirés par la personnalité des entreprises. J'ai eu la chance de convaincre assez rapidement des grandes sociétés telles que Coca-Cola, Ernst & Young, ThyssenKrupp, Eiffage, etc. Je suis allé faire un tour aux USA et mon approche artistique du monde économique était nouvelle pour eux. C'est pour ça qu'il y a eu des reportage sur CNN, NBC et dans différents journaux. Ce sont les américains qui m'ont surnommé "Corporate Painter" ce qui pourrait se traduire en français par : "artiste qui contribue à cerner la part d'image institutionnelle des entreprises" mais c'est un peu plus long à écrire. En réalité, mon travail consiste à essayer de comprendre ce qu'une entreprise est de plus que son produit ou son discours marketing, à traduire la part d'attachement qu'il y a entre une entité économique et son personnel, ses clients ou ses fournisseurs. Je travaille sur l'immatériel et le non-dit qui ont de l'influence sur le quotidien d'une entreprise. Ça va beaucoup plus loin que le simple aspect décoratif. Ça peut parfois déclencher des remises en question dans l'entreprise, contribuer au bien-être du personnel, ou développer de la créativité au sein d'un groupe. Mais ma position artistique reste indépendante. Il ne s'agit pas d'une "prestation de service" mais d'un regard différent porté sur un sujet : l'entreprise.
2- Comment utilisez-vous l'internet pour la promotion et la vente de vos créations ?
Mon site (http://www.mathiasduhamel.com/) est une simple vitrine. La mise à jour du contenu est permanente car je produis beaucoup et je participe à des événements ou des conférences très souvent. Parfois, cela déclenche une vente de tableau mais c'est anecdotique. Ça permet surtout d'expliquer à tout le monde ma démarche et, paradoxalement, ça me permet aussi parfois de mieux la comprendre ! C'est un espace d'informations à la fois intimiste et public, plus personnalisable que Twitter ou Facebook qui ont des fonctions de réseaux très différentes.
3- Etes-vous satisfait des retours de votre présence sur l'internet ? En terme de vente ? En terme d'interaction avec vos clients ?
Mon site est un outil d'explications préalables plus que de prospection active. Donc, son existence permet d'engager des dialogues plus facilement. En général, les gens ont vu ce que je faisais sur le site avant de m'appeler. Aussi, au téléphone, on entre tout de suite dans la phase la plus utile d'une conversation.
4- Votre site est en anglais et vous semblez viser un public international. Y parvenez-vous facilement ? Quels sont les freins ou difficultés rencontrées ?
C'est effectivement un site vitrine destiné à l'international. Il a été pensé en anglais dès le début avec quelques passages traduits en français. De Dubaï à Atlanta, de Londres à Tokyo, l'anglais est une langue commune assez pratique. Elle désenclave ma démarche et l'ouvre sur des horizons que je n'imaginais pas. Elle m'oblige à réfléchir plus largement que si je m'exprimais uniquement en français, ce qui me limiterait à un public de francophones ou à une mentalité franco-française. Les contacts spontanés de l'étranger sont assez fréquents.
5- Vous avez une mailing list. Comment l'avez-vous construite et sollicitez-vous souvent vos contacts par des envois d'emails ? Quels en sont les retours ?
J'ai construit la mailing-list au fil du temps, depuis 1997. Contact par contact. Je n'achète jamais de fichiers de cibles en masse. Je préfère enregistrer uniquement les adresses des gens qui acceptent de me laisser leur carte. Pas question de jouer les spamers. Je suis presque content quand quelqu'un se manifeste pour se désincrire. Ça qualifie le fichier ! La mailing-list c'est bien et pas bien. On touche des gens mais on en saoule 80% aussi sans le savoir. Si les retours sont intéressants pour les expos (je sais tout de suite si il y aura du monde), c'est difficile à analyser pour le reste sur le plan qualitatif. Je suis plutôt sur la voie d'un abonnement volontaire des personnes. C'est une relation plus claire, plus respectueuse et plus efficace aussi. Dans mon formulaire d'inscription, je propose e recevoir de l'info selon la fréquence souhaitée par chacun : soit à chaque fois qu'il se passe quelque chose, soit une fois par mois maximum, ou une fois par trimestre ou même une fois par an.
6- Je vois que vous utilisez la vidéo pour filmer votre travail ou des performances réalisées devant un public. Comment appréhendez-vous ce média ? A quelles fins ?
Je fais beaucoup de créations en Live. Mes Concerts de Peinture® sont à la fois de la performance, de la gestuelle et de la musique. Ils ne se comprennent que par la vidéo pour ceux qui n'y ont pas assisté. La vidéo me permet aussi d'analyser ensuite ce que je ne vois pas quand je peins : l'ambiance de la salle, la qualité scénique globale, l'osmose avec les musiciens, les gestes inutiles ou involontaires.
7- En quoi votre approche marketing et commercialisée est / vous semble / voudrait être innovante ?
Je ne sais pas bien répondre à ça. J'ai assemblé des savoir-faire et peut-être fait les choses un peu différemment des autres mais je n'ai pas le sentiment d'avoir innové au sens marketing du terme. Je dirais que je suis simplement davantage en phase avec mes convictions personnelles.
8- Avez-vous déjà songer à vendre des reproductions de vos tableaux ? Comment percevez-vous ce type de produits ?
Aux USA, c'est très courant. Il y a même des galeries qui ne vendent que des repros. Là-bas, ça n'est pas considéré comme un sous-produit mais comme un vrai produit, moins cher, mais issu de l'original. Un peu comme les lithos ici en France. Personnellement, je préfère admirer un original. L'émotion est plus forte devant une pièce unique et originale. Mais la repro, c'est un peu le film en DVD qui parait après le film projeté au cinéma. Une seconde vie pour un autre public. Si ça aide l'artiste à vivre et à avancer dans ses recherches et si il y a des gens pour acheter des repros, je reste très pragmatique. En tous cas, c'est aussi un moyen de se faire connaître et reconnaître. Plus on est reproduit, voire copié !!, plus on est reconnu comme créateur d'originaux de façon induite.
Exemple d'un Concert de Peinture® de Mathias Duhamel.









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