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Faut-il sauver ou supprimer le soldat Woerth ?

Publié le 30 juin 2010 par Citerne

Faut-il sauver ou supprimer le soldat Woerth ?Alors que des voix commencent à se faire entendre à droite, comme celles d’Alain Juppé, de Dominique de Villepin et de Christine Lagarde, reconnaissant à mi-mot le conflit d’intérêt lié à la double casquette d’Eric Woerth en tant que conseiller de l’UMP et ministre du Budget, Le Canard revient dans sa livraison de ce matin sur d’autres affaires troublantes impliquant Eric Woerth, chargeant par la même occasion une barque déjà lourde.

Dans la famille « emplois fictifs et conflits d’intérêt », on apprend qu’un certain Eric Le Moyne de Sérigny, aristocrate proche d’Eric Woerth, a été nommé au ministère du Budget, avec le titre ronflant de « Conseiller en charge des relations avec le monde économique auprès du ministre », sans qu’aucune annonce ne soit faite au Journal Officiel. Ce même Moyne de Sérigny a ensuite suivi son patron au ministère du Travail, sans que ces attributions y soient plus claires. On peut se demander quel intérêt il y avait à transférer notre aristocrate bon teint au ministère du Travail ?

Tout s’éclaire quand on apprend que ce dernier joue un rôle essentiel dans la seconde vie d’Eric Woerth, celle où notre ministre est trésorier de l’UMP : il est en effet responsable du « Premier Cercle », les donateurs « VIP » de l’UMP (ceux qui ont versé plus de 3 000 euros au parti de Sarkozy). Et est même décrit par un financier contributeur de l’UMP comme « l’homme orchestre qui s’occupe de mettre les industriels en relation avec le ministre (trésorier) ». Le tout au frais du contribuable, mais passons. On notera aussi avec intérêt que Mr de Sérigny exerçait en même temps que son passage au ministère du budget des fonctions chez un gestionnaire de fortune… Histoire de faire profiter à ses clients de clémence fiscale, ou leur proposer des donations à l’UMP – déductibles des impôts ?

Dans la famille « conflit d’intérêt », Le Canard, cruel, continue et se penche sur le passé de Mr Woerth. Ce dernier avait commencé sa carrière politique à l’Agence de Développement de l’Oise (ADO), sous les bons auspices du RPR Jean-François Mancel, alors Président du conseil général de l’Oise, gestion pour laquelle ce dernier fut plus tard condamné pour « prise illégale d’intérêt » (mais c’est une autre affaire). A peine arrivé, Eric Woerth s’adjoint-il à son poste les services de la très fameuse Yvonne Casetta, célèbre « banquière » de la Chiraquie des années 80 et 90, qui fut plus tard condamnée en correctionnelle dans l’affaire des marchés publics d’Ile de France à 20 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour complicité et recel de corruption.

Mais Eric Woerth réalise d’autres prouesses à ce poste, à commencer par s’augmenter de 44% en 1992, et s’attribuer une voiture de fonction. Enfin, il fait régler par l’agence des frais d’avocat pour un litige qui suivant les magistrats qui auditeront la gestion de l’ADO « n’avait qu’un caractère personnel », des honoraires illégaux au directeur adjoint du département, les énormes dépenses liées aux voyages à l’étranger de Jean-François Mancel, ainsi que des déjeuners dans de ruineux restaurants parisiens. Son fait d’armes restant toutefois l’attribution de marchés publics à une société proche des affaires personnelles de son parrain Mancel – affaire pour laquelle ce dernier sera condamné.

Enfin, et là nous sommes en plein conflit d’intérêt, Mr Woerth commande à ce poste des études diverses et variées, comme celle sur « les comportements face à la brosse à cheveux » ou encore celle sur la « revalorisation des déchets et rebuts de pomme », sans compter une étude qui sera jugée de qualité médiocre par les magistrats mais avait au moins le bon goût d’avoir été commandé à l’ex-employeur du futur ministre !

Enfin, le tableau ne serait pas complet sans mentionner la réservation de 10 places faite par le futur ministre (à 300 euros la place, payées par le contribuable) pour un « dîner pour la France », organisé pour la campagne de 1988 de Jacques Chirac.

Last but not least, notre ministre proche des très riches et puissants, doit désormais compter avec une autre affaire : la succession Wildenstein, opposant une riche veuve à ses fils. Dans cette affaire, une grande partie de la fortune du défunt Wildenstein avait été dissimulé dans des paradis fiscaux, cachée à la veuve mais avec l’aval des fils. Or, malgré les avertissements au fisc des avocats de la veuve, aucun contrôle n’a été déclenché, alors que Woerth menait une guerre qu’on nous disait sans merci contre l’évasion fiscale. Etrange, mais bien moins étonnant lorsqu’on apprend que le cadet des Wildenstein, auquel bénéficiaient ces montages, se trouve être un membre fondateur de l’UMP, un habitué des courses de Chantilly (dont Mr Woerth est maire), un « ami » de Sarkozy, et fut en 2007 – pompeusement – le « délégué de l’UMP pour la côte Est des Etats-Unis ». Si l’ensemble s’éclaircit, c’est la barque du soldat Woerth qui apparaît de plus en plus chargée.

Alors, Monsieur le Président, peut-on encore sauver le soldat Woerth ?



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