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Quelques réflexions sur le renvoi du général McChrystal

Publié le 30 juin 2010 par Nepigo
L'article de Rolling Stone qui a précipité le renvoi de McChystal est un solide travail d'enquête : le journaliste a eu la chance d'être à Paris en même temps que McChrystal et son équipe pendant qu'ils y étaient coincés par l'éruption du volcan islandais en Avril dernier, et a donc pu vivre avec eux presque tout un mois. Il a fait de cette expérience un portrait fouillé, complexe... humain, simplement, de l'homme et de son entourage.
Mais cet homme et cet entourage sont aux commandes de la guerre la plus longue et probablement la plus coûteuse de l'histoire des États-Unis; il n'est donc pas pensable qu'ils n'aient pas posé de conditions à ce que le journaliste pouvait citer de leurs conversations, ne serait-ce que pour des questions de secret militaire. Cela pose la question de la confiance entre le journaliste et ceux qu'il interroge. Il me paraît impossible que le journaliste n'ait pas ici trahi la confiance de ses interlocuteurs compte tenu du ton de l'article (légèrement ironique, le type cultivé qui prend un malin plaisir à caser les plus beaux exemples d'humour viril-gras de ses interlocuteurs) et des citations : jamais un militaire haut gradé ne critiquerait un gouvernement étranger et Obama publiquement, et encore moins quelqu'un qui a dirigé la branche opérationnelle des services secrets américains juste avant!
Des journalistes professionnels m'ont dit que comme journaliste on pouvait se permettre deux ou trois incartades de ce type mais qu'après plus personne ne voulais vous parler: fin de la carrière de journaliste... En tout cas en France. Cela représente assez bien le fonctionnement de l'accès à l'information : je viens de lire (par Rue89) une magnifique description de l'exercice journalistique comme d'une "séduction-trahison", je trouve cela vraiment bien vu. D'autant que le jeu fonctionne dans les deux sens : l'interviewé cherche aussi à séduire le journaliste pour obtenir le meilleur compte rendu possible de l'entretien - lui aussi attend donc du journaliste qu'il trahisse.
Un argumentaire qui revient en faveur du journaliste est celui d'une nécessaire transparence. Je suis très partagé sur cette notion. La transparence est essentiellement un fantasme, à mon avis, et un fantasme dangereux en ce qu'il rêve de "déplier" le réel (je pense bien que la première occurrence du mot dans les politiques publiques a eu lieu dans le champ des banques centrales, il faudrait vérifier). Mais la transparence des individus, il faudrait plutôt dire leur lisibilité, est aussi une réalité en pleine croissance. Les technologies de l'information et de la communication "déplient" le réel qu'on le veuille ou non. http://blog.nepigo.net/post/2007/08/17/e-homo-%3A-encore-une-race-superi...
L'enjeu démocratique de ce développement est que cette transparence soit dirigée dans la direction de ceux exercent le pouvoir plutôt que vers ceux qui le subissent. En ce sens, la "trahison" de Hastings (le journaliste qui a écrit le reportage) se justifie.
Il reste que j'ai toujours du mal à voir un type devoir démissionner sur pression de l'opinion publique parce qu'un de ses subordonnés a fait des remarques désobligeantes devant un journaliste, ou qu'il se permet des jugements personnels sur son supérieur hiérarchique. Je trouve attristant que le renvoi de ce général (dont, je dois le dire quand même, le cynisme stratégique me répugne) soit advenu pour cette raison. Parce qu'une volonté de transparence totale mène aussi au risque que la politique devienne un monde où être un bon acteur totalement paranoïaque devient bien plus important pour survivre qu'être compétent et imaginatif. Quoi, c'est déjà le cas?... ;-)

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