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Théologie au rabais et spiritualité « discount »

Publié le 01 juillet 2010 par Amaury Watremez @AmauryWat

Les réactions à mon texte sur la conférence des Bernardins de Guillebaud et Hadjaj...

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On pouvait s'y attendre un peu mais la plupart des commentaires que je lis concernant mon article montrent que le propos des deux intervenants n'est absolument pas compris. Ce qui domine, sans me surprendre, tout en m'effarant malgré tout, c'est la haine de l'humain, l'humanité en général, diffuse derrière les propos se voulant généreux, universalistes et sympathiques. Et l'humanisme est confondu avec l'humanitarisme vague en vogue depuis quelques temps, le tout nimbé de quelques propos hostiles à la philosophie en particulier et la réflexion intellectuelle sur la société en général. La plupart des commentateurs ne savent pas ce qu'est l'humanisme et encore moins ce qu'est l'humanisme chrétien, perçu comme une défaite de la spiritualité par d'autres.

Et le tout confirme bien les constatations des deux hommes, c'est toute la société qui tend vers le post-humain ou le trans-humain.

Il y a la peur de la fêlure, chez soi-même, chez l'autre, la peur de la blessure, vue comme une faiblesse, une folie. Il y a également une peur panique de l'inadaptation au monde, et de son corollaire, la peur l'indocilité aux règles imposées par le monde. Ce surhomme soit-disant libéré des chaînes de son humanité ne serait donc bien qu'un sous-homme, un pantin révérent, ignorant et content de l'être, se soumettant sans réfléchir aux pires diktats de standardisation de la société spectaculaire marchande actuelle, et à un bonheur finalement insoutenable, comme dans le roman d'Ira Levin (on ne dira jamais assez la lucidité de la plupart des auteurs dits de « genre ») car forcé.

Car finalement, pour la plupart des personnes il n'y a pas d'égalité entre les êtres humains mais une hiérarchie, un des commentaires l'exprime : la vie d'un handicapé vaut moins que celle d'un directeur de banque, le tout enveloppé sous des prétextes plus ou moins généreux. On se pare de bonnes intentions pour dire que l'on veut le bien de l'handicapé qui ne peut être heureux tel qu'il est, non pas car son handicap le ferait souffrir mais parce qu'il n'est pas dans les normes, surtout d'ailleurs pour cette dernière raison, les bonnes intentions étant surtout un alibi pour camoufler la peur de la différence, non pas la différence telle qu'on la définit actuellement, ce qui effraie c'est l'altérité au bout du compte. Je suis toujours stupéfait de l'eugénisme en vigueur actuellement qui est exactement le même que celui des totalitarismes, les faibles, ceux qui sont réputés l'être, doivent être éradiqués, ne doivent survivre que les forts en somme, ou ceux qui sont réputés l'être.

Quelques « croyants » répondant à ce texte, mais aussi à la conférence, semblent aussi avoir de leur foi une idée telle que définie par Guillebaud et Hadjaj par la notion de théocratie. L'homme est un esprit enfermé dans un corps, là ils rejoignent la gnose, l'amour divin ou humain est éthéré. Il y a aussi énormément de confusions, comme présenter Marie-Madeleine comme le « treizième » disciple ou prôner une sorte de syncrétisme immonde, une bouillie pour les chats vaguement universaliste, qui correspond finalement à une démarche spirituelle, si tant est qu'on puisse la qualifier ainsi, consommatrice. On prend un peu ce qu'on veut sur les rayons, ce qui arrange, ce qui flatte. On aime bien les grands rassemblements grégaires, hyper-affectifs, et sur-spiritualisants, dans lesquels on est perdu dans un grand tout confortable, oubliant l'humain, que l'on méprise, et son corps, dont on a peur, en parlant comme de la source de toutes les perversions, y compris le corps souffrant dont un commentateur affirme sans rire qu'il engendre le péché chez celui qui souffre. Ce comportement de consommateur engendre le rejet des institutions catholiques considérées comme oppressives car empêchant de consommer en toute sérénité, et forçant donc à une réflexion personnelle plus approfondie que le picorage intellectuel.

Tout cela afflige par son indigence, cette incompréhension de la plupart des lecteurs et auditeurs du propos de Fabrice Hadjaj et Jean-Claude Guillebaud est extrêmement dommage car ils relèvent pourtant le degré de réflexion à un niveau de qualité qui n'était pas atteint depuis longtemps, excepté dans les textes de Ratzinger, ( et Jean-Paul II).


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