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Conséquences néfastes de l’éthique postmoderne

Publié le 01 juillet 2010 par Politicoblogue
Conséquences néfastes de l’éthique postmoderne

Veronese - Vice et vertu

À la lumière de l’argumentaire de Dufour que nous avons tout juste exposé ici même le 21 juin 2010, un malaise intuitif se pose à notre esprit en suscitant une question fortement pertinente : est-il possible d’échapper aux conséquences néfastes de la télévision sur la capacité des individus à penser par soi-même? Au premier regard, les arguments de Dufour semblent nous conduire directement vers une impasse insurmontable causée par l’abrutissement du sujet moral par les moyens techniques modernes de domination et de désubjectivation éthique de l’humain.

En refermant la boucle du processus de désensibilisation subjectif de l’individu par le système d’éducation public, la conclusion proposée par Dufour laisse peu de place à la possibilité d’échapper à ces conséquences. Néanmoins, nous considérons qu’il est toujours possible de se réapproprier le pouvoir de penser par soi-même. En se référant au texte de Bernard Noël, La castration mentale (1997), l’abrutissement de masse de la société de contrôle par les moyens techniques sophistiqués de la modernité est évitable si la finalité propre de ces moyens se mettait au service de la pensée critique intersubjective de la société : « tout pourrait être différent, et l’audiovisuel [pourrait] devenir un accélérateur de la pensée du corps social » (114). Il n’en demeure pas moins qu’il faudra que le corps social prenne conscience de sa situation afin de freiner l’abrutissement généralisé de la capacité de penser par la reprise de ses responsabilités en ce qui a trait à l’éducation à la pensée critique et en cessant d’abandonner au pouvoir économique néolibéral « pour qui la culture n’est qu’une marchandise et la marchandise un moyen d’asservir le social » (115).

Il faudra donc éveiller la conscience commune de la population pour effectuer un renversement de la chose publique pour se réapproprier le contrôle social afin d’échapper aux conséquences néfastes, entre autres de la télévision, sur l’impératif sartrien du jouir collectif de consommation avide qui veut toujours plus à moindre coût. Par conséquent, une réévaluation de la notion de liberté d’expression dans l’espace public est nécessaire pour annihiler le processus de métabolisation et d’homogénéisation des comportements sociaux par la société de contrôle qui génère un espace où les individus ont de moins en moins de liberté au profit d’une culture qui valorise l’intersubjectivité des individus formant le corps social afin d’établir une conception éthique nouvelle qui permet la liberté de penser par soi-même inconditionnellement.

Quelles sont les conséquences éthiques aux descriptions de la modernité proposées par Dufour?

Ultimement, les conséquences éthiques de la modernité proposées par Dufour sont l’extension du concept de banalité du mal d’Hannah Arendt, soit : la notion de société de contrôle, telle que proposée par H. Marcuse dans L’Homme unidimensionnel (1968). En effet, d’après Dufour (163-178), la société libérale change profondément les individus à l’égard de la morale, de l’éthique et, éventuellement, de la loi. Un nouveau type de pathologie psychologique fait surface par le refus de la loi et de la règle au profit d’une simple et unique loi, c’est-à-dire celle du marché. Cette dernière à cette capacité d’abattre systématiquement tous les horizons moraux et les structures symboliques nécessaires à l’identité culturelle d’une société (164). Par conséquent, la rupture avec les anciennes morales permet l’instauration d’un mode disciplinaire de gestion sociétale bien spécifique, celle de société de contrôle. Jadis, les sociétés tournaient autour de la discipline, de l’obéissance… bref, d’un certain ordre. Les individus étaient socialisés à travers les institutions publiques qui suivaient et proposaient un ordre normatif plutôt fort. Ce système normatif existe toujours, mais de manière bien distincte. L’obéissance morale n’est désormais plus une vertu. Au contraire, elle devient une obligation déterminée par les techniques modernes, par exemple de surveillance électronique.

En somme, l’individu est complètement pris en charge par la chose publique qui est soumise aux impératifs de la rationalité néolibérale du calcul économique (176-178). Subséquemment, l’individu a le devoir d’être souple, malléable, transparent, mobile… De manière concise, il doit être prêt à se fondre dans les impératifs socioéconomiques de la modernité. Une société autoritaire et ambivalente est l’aspect fondamental du profil biopolitique. Le camouflage du versant tout à fait autoritaire derrière une apparence tout à fait bienveillante à l’égard du citoyen. Or, c’est bien plus à des fins économiques que l’État s’assure du confort de sa population. Le mode de fidélisation à l’État par la prise en charge excessive de l’individu permet l’obéissance, voire le despotisme doux, c’est-à-dire le totalitarisme d’Arendt sur le mode soft. Ces faits de passivité et de plasticité du corps social sont tout à fait contemporains et nouveaux. Ainsi, la société de contrôle fabrique un sujet dont le rapport à la loi est complètement modifié et, fortuitement, cette société de plus en plus sournoise se rapproche du totalitarisme et le tyran réussit à se faire aimer en carburant à la peur. Dans une société où il n’y a plus d’ennemis, la contestation est devenue impossible, les révolutions improbables, hormis la seule contrepartie encore actuelle, soit le terrorisme islamique. Ce dernier permet de fléchir la peur et faire reculer encore plus les droits et libertés. Toutefois, qui sont ceux qui surveillent maintenant ceux qui sont chargés de nous surveiller?

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