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La révolution des interfaces

Publié le 02 juillet 2010 par T509

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La révolution des interfaces

Dans ma lecture quotidienne, j’ai été marqué par cet écrit de Jean-Louis Constanza, président d’Orange Vallée. L’analyse sur notre société actuelle et sa révolution son évolution m’a semblé d’une telle justesse que je trouve égoïste de ne pas partager. Dites moi ce que vous en pensez après lecture.

Mon fils apprend à lire sur mon iPhone. Les crayons et le papier resteront son médium majeur d’apprentissage mais les enfants nés en 2010, eux, ne seront plus programmés par l’imprimerie, mais par les écrans. Leur “OS” psychologique et social sera construit autour des nouvelles interfaces.

Les interfaces ont envahi nos vies

Selon Wikipedia : « interface : dispositif qui permet des échanges et interactions ». Les interfaces sont vraiment nées avec Windows 3.0, qui a introduit la première confusion entre le monde réel et l’écran en dessinant des boutons en relief. Auparavant, l’interface-clé était le clavier, et l’écran affichait le résultat de lignes de commande. Puis, on s’est mis à toucher l’écran ou, mieux, à le caresser : l’iPhone. Après, l’écran nous a mis en relation avec un réseau social et non plus la mémoire d’une machine : Facebook. Enfin, nous commençons d’être connectés avec du sens et de l’intelligence collective, dans les expériences utilisateur du web 3.0 et de l’internet sémantique.

En sautant du clavier à l’écran, les interfaces ont envahi nos vies. Alors que les 3 heures de TV quotidiennes étaient le standard des décennies précédentes, une large part de la population passe maintenant 5 à 8 heures par jour devant des écrans, dont de moins en moins de TV “pure”.  500 millions de personnes passent 30 minutes par jour sur Facebook et un milliard visite Google quasiment tous les jours. Une majorité d’ados américains change plus de 10 fois d’écran par jour. Il y a quatre ans, un mobile servait à téléphoner 10 minutes par jour ; aujourd’hui, son écran est utilisé 2 heures par jour pour surfer, poster des messages et regarder des vidéos.

Depuis 500 ans, avec l’imprimerie, notre œil a programmé notre cerveau …

Depuis cinq siècles, notre OS mental était analytique, linéaire, séquentiel, comme les lignes d’imprimerie. Notre œil, en suivant ces lignes, a programmé notre cerveau : le monde est compréhensible, l’œil est notre sens principal et la déduction notre outil le plus puissant. Notre vie sociale intégrait des notions comme le « point de vue », la « perspective » ou la « distance », qui sont nées avec l’imprimerie et qui mourront avec elle. Même la production de masse est née avec le livre imprimé et notre concept de standardisation avec les caractères d’imprimerie.

Ce n’est pas l’information véhiculée par l’imprimé, mais l’imprimé lui même – la technologie – qui a construit nos mentalités, notre structure sociale, nos arts, et nos démocraties. Passer du papier imprimé à l’écran est un changement radical de technologie, qui est en train d’entraîner un changement radical dans la psychologie individuelle et la structure sociale.

Lorsque l’imprimerie a chamboulé les sociétés du XVIe siècle, les clercs l’ont condamnée : elle « fait perdre la mémoire » (les textes étaient appris par cœur et toujours lus à haute voix), ou l’ont bénie : « nous allons imprimer plus de bibles » (qui était le seul texte de masse, avant que l’imprimerie fasse naître le métier d’auteur). Ces jugements de valeur étaient hors-sujet : la perte de mémoire n’a pas eu de conséquence, alors que l’imprimerie en grande série a entraîné, entre autres, la Réforme, puis l’émergence des auteurs, des systèmes politiques modernes, puis de l’industrie.

… aujourd’hui, le toucher et l’ouïe redeviennent importants

Quand notre doigt passe sur l’écran d’une fenêtre à l’autre, le monde devient simultané et synthétique. Le toucher et l’ouïe redeviennent importants. La « distance » s’estompe, au profit de l’implication et du réseau social : « public is the new default », le mode par défaut n’est plus le mode privé. Quand un rectangle sur fond blanc nous donne accès à plus de connaissances que toutes les bibliothèques, notre rapport au savoir change. L’information ne voyage plus du haut vers le bas, mais horizontalement, entre les membres du réseau. Chemin faisant, au travers des interfaces, nous croyons que le logiciel se rapproche de nous, alors que c’est nous qui devenons logiciel. Il n’y pas moyen de décider si ces changements sont « bons » ou « mauvais », car comme les clercs du XVIe siècle, nous sommes immergés dans la révolution technologique et nous ne pouvons pas voir au-delà. Pourtant, comme au XVIe siècle, toutes nos conversations sur la nouvelle technologie débouchent sur des jugements de valeur.

Ces jugements ne sont ni vrais ni faux, mais hors-sujet : « le grand public ne fera jamais ses achats en ligne », « le papier ne disparaîtra pas », « on ne saura plus lire », « les artistes sont menacés », « le réseau social n’est pas la vie réelle », « l’anonymat des blogueurs doit être supprimé »… Dire aujourd’hui que « le contenu est roi », c’est une croyance du même type que « l’imprimerie, c’est du manuscrit pas cher ». On pense toujours que les nouvelles technologies se contentent d’accélérer les anciens usages.

Le propre d’une révolution, c’est de confondre l’accessoire, par exemple l’information et les contenus, avec l’essentiel, par exemple leur mode de circulation et d’interfaçage avec nos cerveaux et nos sociétés. Nous nous inquiétons du contrôle pris par Google et Apple sur la presse, mais nous devrions nous pencher davantage sur la prise en main de nos cerveaux et de nos structures sociales par les outils technologiques qui encapsulent les contenus. Par exemple, ce n’est pas tant la baisse de l’audience, et du financement, des journaux papiers, qui transforme l’information – que la nouvelle chaîne de traitement technique : Google – Facebook – Twitter – écran. Les spécialistes qui créent ces interfaces, à qui nous déléguons la structuration de nos esprits, sont remarquablement peu nombreux (entre 10.000 et 100.000 ingénieurs et designers), et peu diversifiés (ils travaillent en majorité à moins de 50 km de Stanford).

Après les mobiles et la presse, c’est la télévision qui va exploser. Les smart TV vont changer brutalement des usages établis depuis 50 ans. La famille regardant le journal télévisé sur le canapé sera bientôt une image du passé. Là encore, c’est la technologie, et non des nouveaux modes d’écriture ou de création de contenus, qui va briser l’ancien media. Comme toute révolution technologique, nous n’y sommes pas prêts, et elle se fait sans nous.


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