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Après le Royaume-Uni, faut-il s’attendre à une réduction des prestations sociales ?

Publié le 02 juillet 2010 par Hmoreigne

 Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure l’importance des sacrifices imposés aux Britanniques interpelle. Au regard de leurs dettes publiques abyssales, pour redresser la situation, les sujets de sa gracieuse majesté seront invités cet automne à choisir entre la peste et le choléra. A savoir, trancher soit dans les services publics soit dans les prestations sociales. L’option coupes sombres dans les allocations sociales semble tenir la corde.

Le pragmatisme britannique a revêtu les habits d’une chirurgie de guerre qui multiplie les amputations pour tenter de sauver un patient atteint d’un déficit record de 190 milliards d’euros l’année dernière. Avec 11% de son produit intérieur brut (PIB), l’ordre de grandeur du déficit est proche de celui de la Grèce (12 % du PIB).

A situation exceptionnelle, remède exceptionnel. Le plan d’urgence de réduction du déficit budgétaire sur cinq ans présenté mardi par le ministre des Finances britannique, George Osborne est annoncé comme le plus austère depuis au moins 30 ans.”Bienvenue dans la maison des douleurs” titrait sans se tromper The Independant une semaine seulement aprés la victoire de David Cameron.

Face aux mises en garde internes et externes, notamment du président Obama lors du G20, qui craignent que cette cure d’austérité historique engendre de nouvelles difficultés économiques et de la récession, David Cameron agite le spectre d’une crise budgétaire similaire à celle de la Grèce. Et pourtant, The Guardian révéle en Une des estimations confidentielles du Trésor qui évaluent l’impact du plan d’austérité à la perte de 1,3 millions d’emplois sur 5 ans .

Le budget présenté prévoit d’ici à 2015 de réaliser 49 milliards d’euros d’économies à travers 8 milliards de livres de hausses d’impôts et 32 milliards de baisse des dépenses. Un effort conséquent qui vient s’ajouter aux 73 milliards d’économies décidés en mai par Gordon Brown (21 milliards de livres de hausses d’impôts et 52 milliards de coupes).

Le plan frappe par sa brutalité. Dans une interview publiée samedi par le Financial Times, David Laws, le nouveau secrétaire d’État du Trésor britannique déclare “nous passons d’une ère d’abondance à une ère d’austérité pour les finances publiques ” et reconnaît que les choix seront «impopulaires» avec des «coupes brutales» dans le budget de l’État.

Pendant les treize dernières années, l’Etat-providence britannique s’est étoffé de 45 %, passant de 132 à 192 milliards de livres. Aujourd’hui, 5 millions de personnes sans travail en dépendent. Pour le gouvernement, ce système jugé trop protecteur incite à ne pas travailler.

D’ores et déjà, les allocations logement, qui représentent une dépense annuelle de 21 milliards de livres seront plafonnées et toute personne au chômage depuis plus d’un an les verra réduites de 10 %. De façon très symbolique, les mères célibataires qui perçoivent une allocation à ce titre devront chercher un emploi dès que leur dernier enfant aura atteint l’âge de 5 ans et non plus 10 comme actuellement. Les allocations familiales seront gelées pendant trois ans. En revanche, les retraites continueront à progresser mais en étant indexées sur l’évolution des salaires et non plus des prix. Parallèlement, le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 66 ans va être accéléré.

D’une façon générale, le plafond de revenus en dessous duquel les Britanniques sont éligibles à certaines aides de l’Etat sera revu à la hausse.

David Cameron n’exclut pas d’aller plus loin en rognant sur les allocations pour incapacité accordées à ceux qui sont jugés, pour des raisons médicales, incapables de travailler. Ils sont 2,6 millions dans ce cas, pour un coût annuel de 12,5 milliards de livres.

Reste donc à savoir si les autres pays européens et notamment la France seront tentés ou pas par la cuisine britannique. Tout dépendra de la souplesse de l’échine des enfants de la perfide Albion. A tort ou à raison, la plupart des observateurs présents outre-manche jugent qu’il y règne un parfum de résignation. Habilement il est vrai, le gouvernement multiplie les envolées à la Churchill sur la sueur et les larmes assorties toutefois de la promesse d’un bénéfice partagé à l’issue du chemin de croix.

Et la France ? Tôt ou tard elle devra regarder en face les problèmes liés au financement de son système de protection sociale. Si en 2010, le déficit de l’ensemble des régimes de retraite avoisinait les 30 milliards d’euros, à lui seul celui de la sécurité sociale était de 27 milliards.

Le transfert d’une partie des déficit des retraites sur les comptes sociaux ainsi que le manque de recettes liés à un niveau de croissance largement inférieur aux prévisions laisse craindre le pire. Le prochain mandat présidentiel concentrera assurément toutes les difficultés. A ce jour François Hollande est bien l’un des rares prétendants à la magistrature suprême à préparer les Français au choc d’une austérité incontournable.

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