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Jean-Marc THEVENIN et Guy CHATY : articles à propos de "Lointitude",de P.Laranco.

Par Ananda

Voici deux magnifiques textes sur Lointitude, qui m'ont énormément touchée:

Jean-Marc THEVENIN.

 Être loin. Est-ce un vœu, un désir, un soupir ? Être loin se rapprocher de soi. Patricia Laranco, dans les univers en expansion, lorsque s’éloigner du début est s’éloigner de soi, serait-ce un désespoir moderne ? N’y a-t-il pas lieu de croire que s’éloigner du début serait se rapprocher de soi puisque nous sommes mortels ?

Mélancolie moderne, du moderne, s’il existe encore dans le broiement d’espace et du temps qui est nôtre des tarmacs immobiles, peut-être paradoxes.

Origine détruite, qui n’existe plus, n’a plus de place, et pourtant tous les mots du poète, la pluie, la peau, nous y ramènent, lorsque celle-ci, transformation, semble désormais inaccessible, sans cesse attendue, espérée, à chaque coin des mots » cette goutte de tourbe, d’argile mouillée / si proche de la racine de l’univers ».

A s’éloigner ainsi sans cesse « le processus d’éloignement » cela serait comme un verrou tiré sur nous-mêmes, d’où surgit l’indéniable désarroi, mais dans la nuit des lampes, notre nuit électrique, il ne peut s’en empêcher le poète, peut-être est-ce sa fonction, de nous rappeler à nous-mêmes, à l’origine dont nous sommes l’empreinte, et d’être loin, sommes-nous proches encore ?

Mais aussi d’appeler au secours contre le feu qui couve et le vent qui vient. Que nous soyons en expansion, avides de connaître, avides d’aimer, les frontières à franchir ; le poète peut dire « larguons les amarres et dérivons à l’infini des espaces et du temps vers la mélancolie absolue » : qui serait celle du poète, de sa conscience di fini et de l’infini, lorsque plus rien ne reste et plus rien nerestera. Notre béante solitude. Nos tarmacs métaphysiques.

Est-ce hasard, la première page du recueil Lointitude  se termine sur ce mot : exil. Où est-il l’exil du poète, où est-il l’exil de l’homme, de la femme ? Est-ce d’être rendu à l’extérieur, à l’instant où le poète lâche son stylo, là où commence l’exil au quotidien, hors du pays des mots, le sien, hors de l’image dorée, adorée ?

Commence alors dans le loin l’exil intérieur, œil perdu. Noir recommencé de chaque jour.

Sait-on ce qu’est l’exil ? L’exil de l’homme ? Un état ? Inconsolable, avec quelques chansons, quelques poèmes dans la tête, la mémoire…

L’exil ce n’est pas le voyage, c’est une contrainte, il annonce une beauté pour ceux qui sont loin « ce concentré / d’informulé / de refus de formulation ».

Alors ? Revenir, on ne cesse de revenir, au poème, le poème est revenir, de nos lointains inhabités, on revient, légende aquatique de toutes mélancolies, mélancolie du revenir.

Où cesse l’exil, l’exil recommence, il est sous la paupière même. Chaque matin est revenir.

C’est comme si de la plus lointaine solitude, quelque chose d’insaisissable, une forme d’insomnie terrestre nous arrachait à ce cocon de pluies, dans le nécessaire revenir, puisque ce sont les mots, eux-mêmes qui nous convoquent à ceci et puis nous abolissent.

Jean-Marc THEVENIN.

In revue Diérèse, N° 48-49, Printemps – Eté 2010.

Guy CHATY

Un long poème déchirant et désespéré sur la condition humaine à partir des sensations physiques du poète et de ses impressions mentales, d’où jaillissent des moments de complétude – parfois dérisoires – sur l’état de vie et le bonheur d’écrire.

Son corps n’est pas sûr. «  Ce corps / qui traverse le temps / est-il toujours / le même corps ? » Ce corps est « orphelin / de l’antique fusion… ». La peau « ne défend plus…de l’écorchure à vif ». Les pleurs sont suspects : « mais ce n’est pas lui qui vagit, / c’est / cette béance qui fend son torse en deux… ».

Les mots mêmes du poète le mènent à l’exil. « cracher un mot de poésie » « C’est un peu comme se jeter hors de son corps ». Et cela « vous perd pour le réel ».

Le sommeil est un refuge : « N’avoir plus en guise de conscience que ça : / l’obscurité tournée au-dedans d’elle-même ». Ainsi que le repliement : « Je ne suis jamais plus heureuse que quand je redeviens la boule basique. Que quand je me rétracte pour regagner mon état originel » et une forme de « plénitude » : « Plein . Comme une miche de pain. / Tel est ce moment jubilatoire. / Tel est ce moment insignifiant. / Sur lequel il n’est rien à dire. Car il ne se passe rien. En dehors du silence doré. »

Tout cela se résume en « lointitude », synthèse d’éloignement et de solitude.

Des bonheurs vrais : les roses, les souvenirs de la petite-fille de la grand-mère de l’Île Maurice, un poème « Un souffle qui s’étire / parfois vers l’infini ».

Une poésie sans concession, qui va au plus profond par la force des images et des mots purifiés.

Guy CHATY

in revue Poésie / première, N°47.


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