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Le come-back de Friedrich Hayek

Publié le 04 juillet 2010 par Objectifliberte

Grace à M. Jan Laarman, à qui vont tous mes remerciements, l'hommage de Russell Roberts (un des duettistes du Cafe Hayek) à Friedrich Hayek que je mentionnais dans les brèves de Vendredi est traduit en Français. Bonne lecture.
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Le come-back de Friedrich Hayek
Russell Roberts, 28 juin 2010, Wall Street Journal -

Le come-back de Friedrich Hayek
Il est né au 19ème siècle, il a écrit son livre le plus influent il y a de plus de 65 ans, et il n'est pas aussi connu que l'actrice mexicaine sexy qui partage le même nom de famille*. Et pourtant, la cote de Friedrich Hayek est en hausse.
Quand Glenn Beck** a récemment exploré le grand classique de Hayek, La Route de la servitude, dans son émission sur Fox News, le livre est devenu n° 1 des ventes sur Amazon, et il reste dans le top 10. Hayek est aussi devenu la vedette avec Keynes d’un clip de rap « Fear of the Boom and Bust », visionné plus de 1,4 million de fois sur YouTube et sous-titré en 10 langues.
Pourquoi cet intérêt soudain pour les idées d'un économiste viennois, prix Nobel 1974, largement oublié par la majorité des économistes ?
Hayek n'est pas le seul économiste mort à avoir récemment attiré sur lui l'attention. La plupart des économistes en vie ont perdu de leur crédibilité lorsque la Grande Récession a succédé à la Grande Modération tellement vantée. Et les craintes d'une autre Grande Dépression ont tourné les regards vers le passé. Lorsque Ben Bernanke, président zélé de la Réserve Fédérale, a augmenté le bilan de la Fed, il avait sûrement à l’esprit l’acte d'accusation de Milton Friedman contre l'inaction de la même Fed dans les années 1930. Sur le plan budgétaire, Keynes était aussi soudainement en vogue à nouveau. Les politiques de plan de relance ont été adoptées à grands renforts de « multiplicateurs keynésiens » et de « stimulation de la demande globale ».
Mais maintenant que le stimulus a à peine ébranlé le taux de chômage, et face à des dépenses publiques et des déficits croissants, il est naturel de se tourner vers Hayek. Il défend quatre idées importantes qui valent la peine d’être examinées en ces temps troublés.
Tout d'abord, lui et son collègue économiste autrichien Ludwig von Mises ont fait valoir que l'économie est plus compliquée que la simple histoire keynésienne. Stimuler la demande globale en maintenant des enseignants au travail ne contribuera guère à aider les salariés de la construction et du secteur manufacturier qui ont le plus souffert de la récession actuelle. Si les enseignants n’achètent pas plus de maisons, les ouvriers du bâtiment pourront toujours attendre avant de trouver du travail. Les keynésiens aiment prétendre que creuser des trous puis les remplir à nouveau, c’est mieux que rien, car cela met de l'argent dans l'économie. Mais le principal effet est d'augmenter les salaires des creuseurs de trous, avec des effets limités en dehors de ce secteur.
Deuxièmement, Hayek a souligné le rôle de la banque centrale dans le cycle économique. Les taux maintenus artificiellement bas par l’ancien président de la Fed Alan Greenspan de 2002-2004 ont joué un rôle crucial en gonflant la bulle immobilière et en faussant les décisions d'investissement dans les autres secteurs. La politique monétaire actuelle ne fait plus que différer les ajustements nécessaires pour guérir le marché du logement.
Troisièmement, comme Hayek affirme dans La Route de la servitude, liberté politique et liberté économique sont inextricablement liées. Dans une économie à planification centralisée, l'État intervient inévitablement sur ce que nous faisons, ce que nous aimons, et où nous vivons. Lorsque l'État a le dernier mot sur l'économie, l'opposition politique a besoin d’obtenir de l’Etat la permission d'agir, de parler et d’écrire. Le contrôle économique devient un contrôle politique.
Même lorsque l'Etat essaie d'orienter une partie seulement de l'économie au nom du «bien public», le pouvoir de l'État corrompt ceux qui détiennent ce pouvoir. Hayek a souligné que les pouvoirs bureaucratiques n'attirent pas les anges ; ils attirent des gens qui adorent diriger la vie des autres. Ils ont tendance à prendre soin de leurs amis avant les autres. Et ils trouvent attirante l’augmentation du pouvoir. Le capitalisme de connivence ne doit pas être confondu avec le capitalisme véritable.
Rapidement, la quatrième idée de Hayek est que l'ordre peut émerger non seulement de haut en bas mais de bas en haut. Le peuple américain souffre des ordres donnés d’en haut. Le président Obama a étendu le contrôle fédéral des soins de santé. Il voudrait faire de même avec le marché de l'énergie. Grâce à Fannie Mae et Freddie Mac, le gouvernement dirige le marché hypothécaire. Il possède maintenant également des participations dans des entreprises américaines phare. Le président bafoue la primauté du droit en extorquant des promesses à BP plutôt que de laisser les tribunaux faire leur travail. En augmentant la taille du gouvernement, il nous a laissé moins de ressources à affecter par nos propres décisions.
Hayek avait compris que le contraire du collectivisme « par en-haut » n'est pas l'égoïsme. Une société libre moderne dépend entièrement de la coopération. Nous nous associons avec d'autres pour produire les biens et services dont nous bénéficions, sans ordre d’en-haut. La même chose est vraie dans tous les domaines d'activité qui donnent sens à la vie : quand nous chantons et nous dansons, quand nous jouons et quand nous prions. Nous laisser libres de nous joindre à d'autres comme bon nous semble, dans le travail et dans les loisirs, voilà la route de la prospérité véritable et durable. Hayek nous en a donné la carte.
Malgré les caricatures qu'en ont fait ses détracteurs, Hayek n'a jamais dit que le totalitarisme est le résultat inévitable de l'expansion du rôle du gouvernement dans l'économie. Il nous a simplement avertis de cette possibilité et des coûts qu'elle implique. Nous devrions tenir compte de son avertissement. Je ne sais pas si nous sommes sur la route de la servitude, mais en voyant où nous nous dirigeons, Hayek nous conseillerait certainement de faire demi-tour.
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Russell Roberts est professeur d’économie à l’Université George Mason. Une version originale non payante de son article est lisible sur http://www.hoover.org/news/daily-report/35386 

Cette traduction est également publiée comme il se doit par l'Institut Hayek

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* (Addendum, VB) A noter que, coïncidemment, un autre grand porteur du même nom, sans lien de parenté, Nicolas Hayek, un entrepreneur remarquable, fondateur de Swatch et initiateur du projet SmartMobile, est décédé voici une semaine. On peut largement le créditer de la résurrection d'une Industrie Horlogère Suisse moribonde il y a une trentaine d'années.
** Glenn Beck : Animateur Vedette de Talk Shows à très forte audience sur Fox News. Ouvertement Libéral, au (bon) sens européen du terme.
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