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Will the show go on ?

Publié le 05 juillet 2010 par Joachim
Cassavetes, Rozier, Fellini (voire Russ Meyer ?)... Les références glorieuses ne cessent de revenir au sujet du Tournée d'Amalric, mais sans doute le film peut-il se targuer d'un voisinage (volontaire ? involontaire ?) encore plus net avec deux films américains à peine vus et presque invisibles aujourd'hui.

Celui-là de 2007 jamais sorti chez nous (Go go tales d'Abel Ferrara) :




Et celui-là de 1981 rarement visible (Deux filles au tapis - ... All the marbles de Robert Aldrich) :


Disons qu'on y retrouve une commune façon de frôler la vulgarité (vulgarité franchie par la traduction française du titre d'Aldrich - Deux filles au tapis - quand le titre original signifie plus simplement "... le tout pour le tout"), de réinventer un rapport entre des hommes et des femmes (voire un seul homme et beaucoup de femmes) qui ont déjà vécu et pas mal encaissé, de transformer le Damoclès de l'échec en carburant pour alimenter l'impératif du "show must go on", de réinventer celui-ci en commedia dell'arte, de redonner vigueur à des désabusés rêves de gloire, de montrer le spectacle côté coulisses avec un oeil couvant... Mais il est aussi une différence notable entre ces deux films (malheureusement quasi impossibles à voir par des moyens légaux, vous savez ce qui vous reste à faire) et celui d'Amalric. Les deux opus américains sont pris dans un élan et une coulée de pur présent, quand la fragmentation de Tournée fait revenir, dans sa partie parisienne, des spectres du passé dessinant une ribambelle périphérique dont on attend qu'elle interagisse avec la ronde de la tournée, mais un peu en vain... Disons donc que Tournée, au-delà de sa franche séduction, contredit quelque peu son titre, en révélant parfois de coupables moments d'inertie... totalement absents des oeuvres d'Aldrich et de Ferrara.

Mais quoi qu'il en soit, là où, au final, les trois titres convergent, c'est dans l'invention d'une utopie saltimbanque . Mais toujours sur le fil, cette façon de revendiquer un spectacle fait main et hors des standards se révèle au final soit condamnée à l'entre-soi (le dénouement reclus de Tournée, assez proche de l'Etat des choses de Wenders, film où la "mort du cinéma" mutait en petite mort créatrice), soit prend le pari du "biggest show on earth" (le combat final du film d'Aldrich, et surtout ses prémisses, la montée de l'attente, le match -attention spoiler : gagné ou perdu à votre avis ?- avant même d'être rentré sur le ring). Face à ces deux conceptions (le repli ou la conquête), le Ferrara me paraît entre les deux : en perpétuelle répétition (à tous les sens du terme), à composer avec le sursis, à dompter la menace à coups de chance... jusqu'à la prochaine fois... Prochaine fois qui tarde à venir puisqu'il s'agit là du dernier film de fiction de Ferrara (même si imdb annonce un Jekyll and Hyde en projet).


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