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Dreamlands

Publié le 08 juillet 2010 par Aldor

Dreamlands

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Dans un roman intitulé The Zap Gun (Le zappeur de mondes, en français), Philip K. Dick imagine un début de XXIème siècle dans lequel l’Est et l’Ouest, toujours opposés, inventent des armes dont l’utilité essentielle est la déclinaison en jouets et gadgets qu’on en tire. Toute l’économie des deux blocs repose sur ces jouets inutiles dont le développement incessant permet aux rivalités de s’exprimer tout en rendant vaine l’utilisation des armes.

C’est à ce roman que m’a fait penser Dreamlands, la belle exposition que la CNAC Georges Pompidou consacre actuellement aux constructions de mondes imaginaires et ludiques.

L’histoire commence avec les expositions universelles et les premiers parcs d’attraction. Elle se poursuit avec les studios de cinéma,  les parcs de Walt Disney, les hôtels baroques de Las Vegas, les mondes en réduction qui, un peu partout dans le monde, se multiplient. Elle continue son chemin sous diverses formes pour atteindre Dubaï, cette ville-parc à la tour de Babel, aux îles-palmiers et aux îles-monde.

Avec Las Vegas et les tours de Dubaï, le paradigme se renverse : c’est le ludique qui envahit le monde réel, qui en devient le substrat et la base. Et on songe alors à ce qui fait l’économie moderne et la nouvelle richesse des nations, à la bourse et au trading, aux options et aux produits dérivés, aux milliards qu’un Jérôme Kerviel peut, en quelques ordres, faire gagner ou perdre. Le risque, le jeu et le pari sont devenus les aliments essentiels d’une économie sans lesquels elle s’écroulerait, sans lesquels elle s’écroule quand, de temps à autre, les pendules sont remises à l’heure.

Et au delà ?

Au delà, on songe aussi que ce désir de jeu et de constructions  merveilleuses n’est pas l’apanage d’un système social particulier qui y chercherait l’opium de son peuple. On songe que, par delà capitalisme et socialisme, comme aurait dit l’autre, il y a sans doute, dans les actes les plus quotidiens de la vie en société, dans le travail, l’amour et l’amitié, une sorte de fuite éperdue de chacun vers l’oubli de sa condition : travailler pour oublier combien notre sort est, tout bien réfléchi, lamentable ; rire pour oublier la gravité des choses ; aimer pour oublier la mort.

D’une certaine façon, il n’est nul besoin des « Dreamlands » pour se divertir au sens où l’entendait Pascal. Ou pour dire les choses autrement :toutes les villes sont des Dreamlands, faites pour étourdir, éblouir et dissiper l’angoisse.

Illustration : Liu Wei - Love It! Bite It! – 2009 (en os à mâcher pour chien)

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