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ELLE - Remember me ?

Publié le 14 juillet 2010 par Gicerilla
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Voilà comment tout a commencé.

C'était le 17 novembre. Il faisait encore doux mais un vent frais, cinglant, soufflait et tous les passants dans la rue enfonçaient la tête dans les épaules dans l'espoir d'échapper à la bise. Je rentrais d'un  rendez-vous avec Pôle Emploi pour trouver ma carrière. Car pour faire carrière, il faut bien préalablement la trouver ! Tu parles d'une connerie le Pôle emploi, des types payés pour te trouver du taf mais qui n'en rament pas une, ou si, tiens mais qui rament à l'envers sinon comment expliquer qu'ils offrent à un grutier un poste d'égoutier ?

Je marchais la tête penchée pour ne pas prendre le vent glacé en plein visage. Je passais la porte de mon immeuble quand j'entendis une voix féminine qui dit sur un ton coupant comme la bise. "Tu te souviens de moi, mec ?" J'ai levé la tête, inconfortable, comme une intuition. Qui dit que les mecs ne sentent pas le vent ? J'ai regardé la blonde qui me matait avec un regard marron glacé. Dans la pénombre je ne voyais pas clairement ses traits. Bêtement, par automatisme je réponds "Non ?"

Je sens qu'elle s'agace, un rien dans le changement de position du corps, la translation de son poids d'un pied sur l'autre. "Quartier Montmirail, il y a 9 ans..." J'avais beau me creuser les méninges à la pelleteuse, rien. Le blanc. Le blanc absolu, même pas un souvenir en ombre chinoise. Elle avança un peu sous l'ampoule à la lumière verdâtre qui éclairait à peine la cage d'escalier. Je fronçais les sourcils comme si le froncement de la ligne du lion à coup sûr activerait la concentration du cerveau. Subitement, mon cœur s'est figé "Ça y est, je vois que tu viens de connecter. Tu m'excuseras si j'ai mis aussi longtemps à retrouver ta trace."  Je viens d'apercevoir le flingue dans sa main gauche.

"Mais qui êtes vous..." Ma voix chevrote un peu. La honte me cloue le bec et je cesse de tenter de faire le fier à bras. Un flingue, même pas peur, tu parle j'ai les foies. "T'as la mémoire courte, regarde moi bien !" A ce moment là, je me suis vraiment demandé qui c'était. Le noir absolu comme si un linceul voilait ma mémoire. Je sentais que je la connaissais mais cette putain de mémoire, sous l'effet de la peur, me faisait défaut. Soudain, elle se mordilla les lèvres et ce fut comme une déflagration dans mon cerveau. Zahia. Zahia devenue blonde. Oui, c'était elle. Tout s'est figé. J'étais happé par un trou noir qui me faisait tomber en spirale dans le temps. Zahia, il y a neuf ans. Zahia que j'étais venue chercher au Lycée et que je ne trouvais pas. Zahia, la belle, que ses parents avaient envoyée sans préavis au pensionnat.

"Zahia ?" prononcé-je finalement, le point d'interrogation coincé dans la gorge m'empêchant d'articuler. "Ah, tout de même, je n'ai pas changé tant que ça !" J'avançais sur un terrain miné, elle me tendait un piège, surtout ne pas tomber dedans. Quand une femme vous tient en respect avec un revolver et vous parle du temps qui passe, fermer sa gueule. "Tu ne réponds pas, suis-je si différente !" Le ton de la voix s'est adoucie, le doute s'immisce, toujours fermer sa gueule. "Toi, tu n'as pas changé. Toujours ta gueule d'amour, ta belle gueule de dégonflé, oui !"

Pas besoin d'un dessin, j'ai pigé "Mais enfin Zahia, y'a neuf ans, y'a prescription maintenant !" "Non, j'te signale que pour les crimes la prescription, c'est dix ans..." Sa main tremble et je crains à tout moment de voir partir la détente. "Zahia, je sais de quoi tu veux parler. Je veux bien en discuter mais baisse ton arme je t'en prie..." Je la vois hésiter, son regard vacille mais son bras reste tendu par sa volonté que j'imagine vengeresse. "Non, je veux que tu aies peur. Je veux que tu paniques. Je veux que tu sentes que ta vie dépend de moi. Comme la mienne dépendait de toi, avant..." Si elle ne baisse pas son flingue, je peux prendre un mauvais coup, je la connais, Zahia, une furie quand elle est en colère. Et de nouveau, le trou noir qui me happe, me tire en arrière, irrésistiblement, dans le temps.

Zahia qui m'aimait. Moi qui l’aimais. Mais les parents de Zahia qui n'aimaient pas le rebeu, le fils de bicot. C'est vrai que je me suis dégonflé. Je n'ai même pas tenté de la retrouver, c'était perdu d'avance.

"Tu n'as même pas tenté de me contacter. Tu n'as pas eu de couilles... Dégonflé. Moi je t'attendais, salaud..." Sa voix s'est cassée mais elle tient ferme. Je scrute son visage. "Tu as raison, j'ai abandonné. Mais que voulais-tu que je fasse, tes parents ne voulaient pas de moi. Tu crois quoi, que c'était facile de me faire traiter sale arabe ?" "Ah oui, pauvre chou, et tu t'es vite réconforté dans les bras de Sabrina. Tu crois que je ne l'ai pas su !" Sa main tremble, la colère fait vibrer sa voix, son corps s'est raidi. "Déconne pas Zahia, c'était il y a longtemps..." La trouille me tricote les tripes, je devrais faire dans mon froc mais je la trouve aussi belle. Ce que c'est con un mec, je me dis, elle me braque, elle est hystérique et je la trouve belle. Mais je ne l'aime pas en blond, pourtant elle reste belle. "Mais enfin, Sa-bri-na ! " Elle a martelé chaque syllabe en hoquetant. "Cette pétasse. Tu m'as échangée contre cette pétasse ?" "Pas échangé, Zahia, jamais, mais elle me draguait, tu étais loin je ne savais pas où tu étais. Et puis, dis donc, tu m'as contacté toi ? Tu m'as donné de tes nouvelles hum ?" Je me suis enhardi mais je regrette immédiatement ma provocation. Je la vois blêmir, ses lèvres tremblent. "Tu ferais mieux de te taire, tu ne sais rien de ma vie après toi. Mon courrier était trié. Tu n'as reçu aucune de mes lettres, mais moi, au moins, je les ai écrites !" Elle se bascule de plus en plus et remue le canon avec agitation. Un sanglot lui échappe qui murmure "Salaud" C'est le moment de faire marche arrière. "Je sais, ce n’est pas une excuse !" Que dire d'autre. Je le pense. Elle va me prendre pour une poule mouillée, pourtant, oui, je le pense. Il faut qu'elle baisse son arme...

"Et bien maintenant, c'est moi que tu vas baiser !" a-t-elle hurlé. Je l'ai regardée, incrédule. "Quoi ?" "Oui, tu vas me baiser maintenant. Tu vas me faire l'amour, et bien plus encore. T'as intérêt à assurer et fais gaffe à toi si tu n'es pas à la hauteur. Je ferai sauter ta queue de sale arabe !" Je me dis qu'elle est folle mais si je dis non, qu'est-elle capable de faire ? "Zahia, c'est pas comme ça qu'on refait le passé." "Ta gueule, c'est ça ou je te bute." "Mais tu crois que ça se fait sur commande. Tu crois que tu me donnes envie, là. Tu crois qu'en me braquant je vais bander pour toi. Baisse ton arme Zahia, parlons calmement..." "Non, on monte chez toi, maintenant, et tu m'offres le ciel, les étoiles, le cosmos. Tu entends, tu m'offres l'univers dans tes draps !" Nous sommes montés. Arrivés dans ma chambre, elle a finalement baissé son arme.

Et cela fait dix ans maintenant que Zahia me dit dans le noir "baise-moi !" 

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Quand Choule m'inspire !

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