Pierre Béziers est le chef de troupe du Théâtre du Maquis, une troupe née à Aix-en Provence il y a plus de vingt ans et habituée au festival d’Avignon, principalement au off mais aussi au In où elle fut invitée en 1992. Cette année, la troupe présente deux pièces : Le cabaret des hérétiques, formidable satire de la religion et de ses travers qui nous plonge en théâtre et en chansons à l’époque des Cathares, des troubadours et de l’inquisition et Monstres, petit bijou plus intimiste que présente Jeanne Béziers, sa fille ; un spectacle peuplé de rêves et des monstres qui nous habitent.
Comment définiriez-vous le Théâtre du Maquis, est-ce qu’il y a un chemin de travail, des thèmes qui reviennent de spectacle en spectacle depuis 20 ans ?
“C’est difficile de répondre à cette question, il faudrait presque la poser à notre public. Nous marchons au gré de nos désirs, de nos envies. Ça peut fonctionner par thème comme l’héritage ou l’échec. L’héritage par exemple est un poids dont il faut parler pour s’en débarrasser, il est impossible de le porter. Au Théâtre du Maquis, c’est le domaine du cœur qui prévaut bien plus que celui de l’intellect. S’il faut définir notre théâtre, je dirais que nous nous sentons les héritiers du théâtre de tréteaux, de marionnettes, populaire. Un théâtre des rapports sociaux aussi, engagé. Lorsqu’on est devant nos spectateurs, dans les villages, on défend une ligne claire, immédiatement lisible comme chez Chaplin. Ce qui nous parle c’est « La vie en commun des hommes » comme dit Brecht.”

Crédit photo Fanette Bonnet
Dans Le cabaret des hérétiques, vous vous attaquez ouvertement à la religion par le biais de la dérision, de l’humour, n’avez-vous pas eu peur de choquer ?
“L’humour est un moyen d’éclairer le spectateur sur un sujet grave. J’avais besoin de régler mes comptes avec un certain fanatisme religieux. Peu de gens savent que Saint-Louis, que j’interprète dans le spectacle, est l’inventeur de ce qu’on appelait à l’époque, la rouelle jaune autrement dit l’étoile jaune. Dans ce cabaret, je ne défends pas forcément les Cathares mais il est sûr qu’on ne dit ni du bien de l’église ni de l’inquisition. Cela ne peut que nous renvoyer à la montée des intégrismes religieux d’où qu’ils viennent. Nous, les artistes, nous devons être dans le compromis, celui qui est totalement pur ne peut pas faire de théâtre ! En tous cas, ma mère qui est croyante n’a pas été choquée ! Nous avons voulu aussi revisiter l’héritage des troubadours et de la langue romane ; un patrimoine qui appartient à tous quasiment oublié de nos jours. C’était une époque riche.”
Parlez-moi de Monstres, le dernier né de la troupe qui est une idée de votre fille, Jeanne, car le Maquis c’est aussi une histoire de famille, je crois ?
“Oui, c’est une envie de Jeanne qui a voulu parler des rêves qu’elle note et de son héritage de l’enfance. Elle évoque avec subversion des monstres et des héros comme Mary Poppins qui veut nous faire manger du sucre pour nous détourner d’un monde qui n’est pas si beau. C’est le côté clown triste de Jeanne, un tempérament de clown et un fond sombre. Elle pense beaucoup à la mort et préfère être du côté de ceux qui échouent. Quand à travailler en famille, j’adore ça ! Pour un père c’est un rêve même si j’avais demandé à Jeanne d’aller faire ses preuves ailleurs et que j’ai laissé la liberté à Martin, mon fils, de faire de la musique à côté. Je trouve ça plus sain.”
Le cabaret des hérétiques(site web)
Du Théâtre du Maquis
Festival Off d’Avignon au Théâtre Buffon
jusqu’au 31 juillet à 21h45
Réservations : 04 90 27 36 89
Monstres du Théâtre du Maquis
Festival Off d’Avignon au Théâtre des Corps Saints
jusqu’au 31 juillet à 13h30
Réservations : 04 90 16 07 50








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