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Mon héros, cet homo (et ça continue...)

Par Albanlao
Mon héros, cet homo (et ça continue...)
J'écris comme je chie. Avec l'odeur en moins. Quoique. Une phrase peut vachement schlinguer. Tout dépend des émotions digérées.
Les mots ont parfois beaucoup de mal à sortir. Même en forçant, rien n'y fait. Dans ces moments là, je me dis que je suis mal barré, car le forlax, ça ne marche pas pour les constipations verbales...
Depuis deux jours, j'ai plutôt la chiasse. Le genre de chiasse qui t'empêche de faire autres choses. Tu ne penses qu'à ça parce qu'elle te prend par les tripes. Et ça finit par t'irriter la balle (pas le trou)...
Mais une diarrhée de mots, c'est toujours mieux qu'un immonde tas de matières écumeuses, même si parfois ça peut schlinguer...
11h00. Et ça continue...
À force d'écrire, je ne me reconnais plus. Je me perds dans mon personnage, dans le rôle que je me suis attribué. Pourtant, ce sont mes mots.
Mon héros ou moi, je ne sais plus...
À force de chier, je deviens schizo... Freine ! Je me dis. Mais une diarrhée, ça ne se contrôle pas...
11h15. J'ai trop peu dormi cette nuit...
1973. Entre fin décembre et mi janvier.
Mon héros a été conçu dans ce laps de temps. Je n'ose imaginer les circonstances de l'évènement...
1974. France. "Il venait d'avoir 18 ans". Dalida. Succès fulgurant. J'aime. On est homo ou on ne l'est pas...
Ça me rappelle que j'ai pile poil deux fois 18 ans et que je dois aussi mettre de l'ordre à mes cheveux. (Mais pas de noir sur mes yeux...)
Les Khmers rouges, mon héros ne les a pas connus. Ç'aurait fait plus épique un roman qui parle aussi de guerre...
En 1975, alors que le Parti communiste du Kampuchéa prit le pouvoir au Cambodge, mon héros, alors âgé de deux ans, quitta son pays natal.
La France allait devenir sa terre d'accueil...
Il n'était pas un boat-people. Heureusement.
Lui, avec ses parents, sont arrivés par avion. Parce qu'il avait un oncle qui étudiait à Paris.
Par chance, ils avaient anticipé le massacre qu'il allait y avoir quelques mois après leur départ...
Ils vécurent d'abord dans un camp d'immigrés, dans le Val d'Oise. C'est là que sa soeur cadette vit le jour.
Très vite, ses parents décidèrent de quitter les lieux pour rejoindre le studio de son oncle. Peu à peu, les autres membres de la famille débarquèrent. Le studio devenait vite trop étroit. Mais ils faisaient avec.
Le père de mon héros trouva du travail dans l'industrie automobile, comme beaucoup d'immigrés de l'époque.
Tant bien que mal, ils vivaient.
Leurs vêtements étaient gracieusement offerts par la Croix rouge.
En 1975, Giscard d'Estaing était le président de la République.
La loi Veil venait d'être votée, autorisant pour cinq ans l'interruption volontaire de grossesse. Une victoire à demi mesure pour les féministes puisque l'autorisation n'était que provisoire.
Quelques années plus tard, la mère de mon héros put profiter de cette loi...
1977. La Défense. Mon héros est en maternelle. Mais il ne parle pas un mot de français. Comment a-il fait ?
Sa mère était employée par Gibert jeune. Elle y couvrait des livres. Puis, rapidement, elle travailla à Casino, la cafétéria, boulevard Vincent Auriol, dans le 13ème arrondissement.
Trouver un emploi n'était pas vraiment un problème dans ces années-là. L'important, c'était de le vouloir assez...
13h30. Après un jambon-purée (la même purée qui m'a servi à préparer la brandade de morue d'hier) et une brève conversation avec Julio sur Msn.
Julio a été le premier à me pousser à écrire. C'était il y a plus de sept ans...
Mais Julio, il est un peu beaucoup subjectif, même s'il me dit le contraire.
Julio, je n'ai pas couché avec... C'est pas parce qu'un homo parle d'un mec, qu'il a forcément baisé avec... On n'est pas des bêtes.
Dans l'absolu, j'aurais pu le faire. Coucher avec. Parce qu'entre nous, il n'est pas mal, mon petit Julio. Mais on n'est pas des bêtes...
J'écris comme une urgence. La chiasse, ça ne se contrôle vraiment pas !
Toujours la même année (1977). "L'enfant et l'oiseau". Marie Myriam, grande gagnante de l'eurovision. Mon héros ne connaît pas le français, mais chante la chanson ! Déjà graine d'homo...
L'eurovision, c'est un peu "ringue" quand même. Surtout de nos jours. Mais le kitsch, ça revient. On aime ou on aime pas. Ce n'est pas parce que c'est un peu dans le vent que les pédés doivent apprécier...
14h03. J'en peux plus. Mon héros non plus. Et si on allait s'allonger un peu, ensemble, histoire de se détendre... ?
J'écris ce que je veux...
Narcissisme. Un joli mot. Tous les homos le sont. Narcissiques. Mon héros y compris. Y a pas besoin d'être Freud pour le deviner. Aimer l'autre sur le modèle de sa propre personne, y a pas plus narcissique...
15h. Ma chiasse s'estompe. J'écris de façon moins soutenue. Elle m'a vidé. De presque tous mes souvenirs.
Juin 1982. L'arrivée de la benjamine.
La mère de mon héros l'a appelée Simone. Comme Simone Veil.
L'histoire de Simone, c'est une histoire de stérilet mal posé. La faute à la gynéco.
Mais en cette année 82, et bien quelques années auparavant, la situation avait bien changé pour la famille Zhang (J'ai décidé de les appeler Zhang. Je suis l'auteur. Je fais ce que je veux). En effet, l'entreprise de confection en prêt-à-porter des parents prospérait. Ils roulaient en Mercedes et partaient à Deauville. On est chinois ou on ne l'est pas...
Les chinois aiment la face. Ils aiment surtout ne pas la perdre. Je crois que ce n'est pas de la prétention. Juste un besoin de montrer qu'ils vont bien...
L'humiliation est terrible pour eux. N'oublions pas qu'il n'y a pas si longtemps que cela, pendant la révolution culturelle où Mao s'imposait comme un dictateur, les "ennemis du peuple" étaient attachés, traînés et humiliés publiquement. C'était ce que le Grand Timonier appelait l'autocritique.
Perdre la face, un châtiment suprême.
Courant 83. Alors que Jane Birkin chante "en rire de peur d'être obligée d'en pleurer", c'est la grande dégringolade chez les Zhang. L'entreprise de confection a été vendue et le restaurant qu'ils avaient repris Porte de La Chapelle ne marche pas.
15h58. Je m'allume une clope. Ça fait écrivain, un mec qui fume en tapant sur le clavier de son ordinateur... Et je me suis fait un thé... Un écrivain anglais, c'est "so distinguished" !
J'écris ce qu'il me plaît. Même de la merde... c'est le cas de le dire...
Je suppose que ce sont les restes de ma chiasse. Ceux qu'on expulse avec hâte pour vite en finir...
Mais un chat retombe toujours sur ses pattes. En l'occurrence, ici, le chat est chinois.
Blablabla, blablabla... Pour faire court, financièrement, la famille Zhang s'en est remise...
Je préfère parler de mon héros, cet homo. On est narcissique ou on ne l'est pas...
Mon héros, il se demande depuis quand il est devenu homo. Il sait qu'il a loupé son coche, mais il ne sait toujours pas où. Et même en laissant son esprit remonter dans le temps, il ne voit toujours pas à quel moment précis, ni pour quelle raison soudaine, il s'est mis à aimer les bites (faut appeler un chat un chat, même si celui-ci est bridé, et qu'il retombe très bien sur ses pattes).
Si j'avais un conseil à donner à mon héros, je lui dirais que se poser trop de questions, ça empêche de profiter de la vie.
C'est comme quand on fait l'amour. À un inconnu. Ou une. Mais ici, ce sera un. Un bel. Tant qu'à faire. Pourquoi s'en priver quand on écrit ce que l'on veut ?
Et ben, quand on fait l'amour à un bel inconnu, on appréhende toujours un peu (pas parce qu'il est beau, mais parce que c'est un inconnu)... On se pose plein de questions : Qu'est-ce que je dois lui faire, ou pas ? Va-t-il aimer ça, ou pas ? En a-il une grosse, ou pas ? (chacun sa préférence. Moi, j'ai la mienne...) Est-ce que je pue de la gueule ? J'aurais mieux fait de prendre un chewing gum au lieu de fumer cette putain de clope. Serai-je à la hauteur, ou vais-je l'ennuyer ? Dois-je venir(=jouir) avant lui ou attendre encore un petit peu ?... À force de se branler l'esprit, on se pollue la tête et on oublie de se laisser aller...
C'est quand même très con de ne pas prendre son pied avec un bel inconnu que l'on ne reverra probablement plus.
Donc, ne jamais se poser trop de questions. On risque beaucoup trop.
Comme qui dirait, tu as compris le coup ? Après j' t'explique...
16h53. Mon héros prend de l'ampleur, au fur et à mesure que ma chiasse se dissipe. Les mots se sont lâchés trop précipitamment et ont surchargé les lignes invisibles de mon écran. Ça donne une impression de mal torché. C'est pas grave.
Aujourd'hui, mon héros est mal torché. Ça arrive. L'insomnie et la chiasse (verbale), c'est fatal.
17h00. Tout a été vomi. C'est finalement remonté par le haut.
Même mal torché, va falloir se torcher. La balle. Pas le trou...
Ça va vite quand ça te prend. Et puis après, c'est le néant. T'es plus qu'une enveloppe. Sans souffle.
17h19. Mon héros ressemble à un enfant aux yeux de lumière. Il voit passer au loin les oiseaux, comme l'oiseau bleu, qui survole la terre...


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