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Pierre Pommarède s’est embarqué pour le Styx

Publié le 16 août 2010 par Gauguin

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Pierre Pommarède est incontestablement un des derniers grands érudits Périgordins. L’homme de prière et de quête insatiables a accepté que son élévation vers le ciel soit le jour de l’Assomption de Marie. Une façon d’assumer sa foi en se laissant enlever au delà du dogme et privilégiant le sens de la fête. Une élégance dont il ne s’est jamais départi.

Pierre Pommarède s’est embarqué pour le StyxLe chanoine Pierre Pommarède (1929 - 2010). Il fut président honoraire de la SHAP, la Société historique et archéologique de Périgueuxphoto © Archives Sud OuestC’est Jacques Lagrange qui, en ce dimanche du 15 août, à l’heure du déjeuner, m’adressant un courriel, comme à l’accoutumée, par fidélité s’exprime en ces termes : « quelques lignes de fidélité, comme nous le faisons parfois a été interrompu par une fâcheuse nouvelle : Pierre Pommarède vient de décéder au centre hospitalier, seul semble-t-il. Je n’étais pas avec lui pour lui tenir la main lorsqu’il s’est embarqué pour traverser le Styx : personne pour régler son écot au passeur… » Les deux hommes s’étaient retrouvés dans la passion de l’histoire et les questions qui transcendent la religion vers la spiritualité si ce n’est une mystique intime.

La dernière apparition publique, l’ultime intervention toute empreinte de sagesse et de sensibilité du Père Pommarède fut à l’occasion de l’hommage d’un autre esthète de la vie : Patrick de Brou de Laurière. le jeudi 17 juin dernier.

Un homme du siècle des lumières qui intègre son destin d’homme de Dieu

C’est dans les Nouvelles Ecclésiastiques que Voltaire, au XVIIIe siècle, a écrit : On ne trouve dans le clergé périgourdin que grimaces et platitudes sulpiciennes d’une part, vie de dissipation et de plaisir de l’autre : boire, jouer, chasser et dire cependant tous les jours la messe… » N’oublions pas que Voltaire respectait la liberté religieuse d’autrui.

On pourrait rêver de cette rencontre entre les deux hommes pétris d’exigences. Peut-être sont-ils déjà à converser comme ils s’y préparaient.

Pierre Pommarède était à la fois un contemporain et un homme du « Siècle des Lumières » mais qui intégrait avec détermination son destin d’homme de Dieu. Il incarnait ces hommes de foi toujours ouvert à la recherche, la différence, la tolérance.

Pierre Pommarède était un homme de salon, ceux où l’on lit, débat, discutent avec passion, une occasion de satisfaire une soif de savoir et entretenir une vision du monde.

Homme de talents, mondain pour certains, déroutant par son éclectisme, recherché par son examen critique qui pourrait faire penser que la religion se sépare de l'État sans quitter l’individu. Le grand courant des Lumières se réclame, non de l’athéisme mais de la religion. Il ne l’avait pas oublié.

Pierre Pommarède partageait de toute évidence le pluralisme religieux et la tolérance. Ce qui peut expliquer son choix de thèse sur « la Séparation de l’Église et de l’État » devenu, avec le temps et une récente réédition : « La Séparation des Églises et de l’État ».

Peut-on aller jusqu’à penser qu’il adoptait que Dieu ait donné à l’homme de la raison pour faire accéder sa conscience, sans la médiation de l’Église, au message de l’évangile et au salut ?

Notre première rencontre, en 1975, portait sur sa passion pour les vieilles cartes postales autant que sur le long et indéfinissable chemin de l’initiation à la vie. Nos vies entrecoupées des choses plus insignifiantes ne se séparèrent jamais. Ses passions, ma vocation y furent pour beaucoup.

Un homme digne et insaisissable dans la multiplicité de ses approches et amitiés

L’homme était digne, imposait un respect que la maladie n’avait en aucune façon entachée. Cet épicurien était presque insaisissable dans la multiplicité de ses approches et amitiés les plus diverses. Au point d’être accueilli avec fraternité dans les milieux maçonniques Parisiens qui n’entamaient en rien — au contraire — ses convictions spirituelles.

Ne se réclamait-il pas, avec constance, du poème de Louis Aragon intitulé « La Rose et le Réséda » ? Un anticonformisme qui trouble davantage la lecture de l’homme d’Église, libre avant tout dans sa chair et dans son âme.

Un monument qui fait référence

Guy Penaud, historien et auteur du fameux « Dictionnaire Bibliographique du Périgord » met en valeur ses incontestables talents de conteurs et lui a réservé une place privilégiée dans le panthéon des érudits en ces termes « Pierre Pommarède est né en 1929 en Charente-Maritime dans une famille militaire. Diplômé de philosophie et de théologie, docteur en droit civil ecclésiastique, il a soutenu en 1974 une thèse de doctorat devant la Faculté de Droit canonique de Toulouse sur « La Séparation de l’Église et de l’État en Périgord » publié dés 1976. Un monument qui fait référence et confirme la grande valeur intellectuelle et humaniste de cet homme qui avait épousé la prêtrise dés 1953.

Vicaire à Saint-Martin et à l’église de la Cité puis curé de Château-l’Évêque il devint aumônier au Vème Régiment de Chasseurs en 1970 puis de l’École Nationale de Police. Responsable de la Pastorale Scolaire et des vocations sacerdotales en 1971 il deviendra Notaire de l’officialité en 1976. C’est en 1992 qu’il est élu Président de la très savante « Société Historique et Archéologique du Périgord ».

Son ouvrage sur « La Séparation de l’Église et de l’État en Périgord » sera couronné par l’Académie Française en 1977. Chevalier de la Légion d’honneur et du Saint Sépulcre il a multiplié les reconnaissances pour ses nombreux travaux historiques. »

La solitude devant le Styx

Pour Jacques Lagrange, évoquant le passage pour le Styx nous rappelle toute la symbolique qui se rattache à cette étape. Le Styx, d’abord uniquement présent dans la tradition grecque, est ensuite apparu dans l’enfer du christianisme, particulièrement dans la Divine Comédie. Dante attribuait la garde du Styx au nocher Phlégyas. Il faisait de cette rivière le cinquième cercle de l'enfer, où les coléreux avaient pour châtiment de demeurer immergés dans la vase du cours d'eau.

Pierre Pommarède s’est embarqué pour le StyxDanteet Virgile aux enfers (1822) est un des premiers tableaux d'Eugène Delacroix. Musée du Louvrephoto © Musée du LouvreDans son tableau intitulé « Dante et Phlégyas », le peintre Delacroix nous montre des suppliciés plongés dans le Styx, tachant de s'agripper, parfois avec violence, à la barque de Phlegyas, ici quasiment nu et de dos ayant les traits d'un homme tout à fait normal.

Dans sa barque du même style que celle du Charon antique, il transporte Dante, coiffé d'un bonnet rouge, l'air effrayé, ainsi que Virgile, en toge et coiffé d'une couronne de laurier.

C’est dans une chambre de l’hôpital de Périgueux et la solitude que l’homme d’exception que fut Pierre Pommarède a peut-être vécu cet ultime passage. Une initiation qui me renvoie à un propos sur la mort que par fausse modestie je m’accorde : « Je ne crois ni en un Dieu de justice, ni en un Dieu d'amour. C'est trop humain pour être vrai. Quel manque d'imagination ! Mais je ne crois pas pour autant que nous soyons réductibles à un paquet d'atomes. Ce qui implique qu'il y a autre chose que la matière, appelons ça l'âme ou esprit ou conscience, au choix. Je crois à l'éternité de cela. Réincarnation ou accès à un autre niveau tout à fait différent... Qui mourra verra ! »

En ce 15 aout, fête de la Vierge Marie, Pierre Pommarède nous laisse ce message : « Enfin, la Vierge Immaculée, préservée de toute tache de la faute originelle, au terme de sa vie terrestre, fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps et elle fut exaltée par le Seigneur comme Reine de l'univers afin de ressembler plus parfaitement à son Fils, Seigneur des seigneurs et vainqueur du péché et de la mort. »

A bientôt mon père.Auteur : Pascal SERRE

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