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Harry Potter au cinéma : troisième volet

Publié le 30 août 2010 par Vance @Great_Wenceslas

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Un dossier par Nico

Harry Potter & le Prisonnier d’Azkaban est un petit chef d'œuvre, d'une maîtrise inouïe et d'une classe extraordinaire.

Je me souviens encore de ma séance de cinéma (enfin mes séances plutôt, car je l'ai vu deux fois) : je venais de sortir d'un examen de physiologie végétale et c'était enfin les vacances. Quelle claque ce film (surtout après deux épisodes un peu trop insignifiants en terme d'adaptation cinématographique) ! Merci Cuaron d'avoir pris le relais de Colombus. Ce gars a tout simplement sa propre vision de l'univers, il n'a pas hésité à changer certains détails, à inventer, à créer. Déjà en terme de préparation au tournage, je trouve qu'il a eu une attitude rassurante : avant de commencer, il ne connaissait rien à cette histoire et, pour se préparer, il a demandé au trio d'acteurs principaux d'écrire une rédaction à la première personne sur leur vision de leur personnage. Radcliffe fit une page de résumé, Watson 16 pages et Grint ne lui remit… rien du tout. Démarche intelligente, tout comme le fait qu'il ait fait appel à un vrai magicien sur le tournage. Ce sont des petits trucs comme ça qui font, à mon avis, la différence par rapport à Colombus. 

Cuaron a secoué cette "petite" franchise un peu trop repliée sur elle-même auparavant et l'a poussée à devenir un peu plus étonnante.

Et le résultat est cette fois enchanteur. 

 

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En y ajoutant sa patte mexicaine (les têtes réduites, les squelettes dans le magasin de bonbons, les fontaines avec les serpents ou les aigles, Dumbledore qui fredonne une chanson typiquement mexicaine), il n'a fait que consolider cet univers. Il l'a rendu aussi familier qu'étrange, et c'est ce qui selon moi a fonctionné. Moins de distance avec les personnages (les vêtements normaux remplacent les uniformes) mais plus de mystère (certains décors laissent le spectateur vraiment songeur, comme la salle de Lupin, cabinet de curiosité en fait, rempli de colonnes vertébrales servant de bougies). Il a laissé le film respirer avec des scènes un peu plus naturelles et fraîches (les amis dans la salle Gryffondor lorsqu'il mangent les bonbons, Ron avec son bonnet péruvien), favorisant systématiquement la recherche d'une forme de crédibilité (il pleut pour la première fois, l'hippogriffe ultra réaliste qui fait ses besoins au fond d'un plan large, où le fait qu'il n'y ait pas que Hogwarts dans le monde avec le voyage en Egypte de la famille de Ron). 

Pour la première fois encore, nous découvrons d'autres parties de Hogwarts, le pont qui relie la cour à la fontaine avec la route menant à Hogsmeade, la cabane de Hagrid très intelligemment délocalisée... On n’a plus cette sensation de film figé dans un décor artificiel, la caméra se permet toutes les folies, virevoltant d'une salle du château à une autre, s'appropriant l'espace en invitant le spectateur à la suivre dans les recoins les plus reculés. Les personnages et le monde des sorciers vivent aussi bien devant que derrière les caméras. Les ellipses, ainsi que les nombreuses coupes du livre, renforcent cette impression. Enfin, on est devant un vrai film ! Certains fans ont dû rager un peu, mais je pense que la plupart des spectateurs ont préféré ce choix scénaristique. Après tout, est-ce bien important de savoir que Sirius s'est évadé après avoir vu Pettigrow sur la photo du journal qui montre la famille de Ron en Egypte ? 

En terme de mise en scène et de réalisation, Cuaron met en avant les émotions par le biais des décors. Pour éviter des lignes de dialogues trop lourdes et explicatives, il choisit de souligner les états émotionnels par l'image et les mouvements. 

Ainsi, la séquence où Harry monte sur l'hippogriffe, sans dialogues, nous dévoile un personnage épris de liberté, qui se lâche totalement pour la première fois de sa vie (voir le plan où il met les bras façon "Je suis le maître du monde !") : mon passage favori de tous les films du jeune sorcier. Le réalisateur nous fait profiter autant qu'Harry de sa balade, il nous propose des plans larges sublimes, et nous convainc que ce que l'on voit est réel grâce à des petits détails comme l'hippogriffe touchant légèrement l'eau avec ses pattes avant. 

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Un autre passage vraiment bien mis en scène est le cours de Lupin. La caméra commence un travelling avant et traverse un miroir (ok, donc nous commençons dans le miroir), traverse la salle et retourne enfin dans le miroir pour finir la séquence. En fait ce n'est pas gratuit : dans cette scène, nous découvrons que la seule peur d'Harry est la peur elle-même (les Détraqueurs...), il est presque logique de terminer sur un plan d'Harry littéralement retourné par ce qu'il vient de lui arriver (voir le reflet de sa cicatrice). 

Enfin, je voudrais parler de la Cabane hurlante. Ses pans de murs ballottant, la maison entièrement instable, tout comme la situation à l'intérieur : Sirius et Lupin sont-ils manipulateurs ? Qui est Pettigrow ? Quelle seront les répercussions de Rogue sur le sort que lui aura lancé Harry ? 

Mais il n'y a pas que ça : Cuaron fait un film brillant grâce à un montage passionnant. La scène entière du Retourneur de temps en est un exemple parfait. Je dirais même que depuis Retour vers le futur, on n’a pas vu mieux. L'aide à l'évasion de Sirius à la fin du film est aussi un immense moment. 

Notez également le très bon enchaînement pour la scène de quidditch, avec un dessin animé annonçant la scène suivante. 

Réalisation au top, direction d'acteurs excellente. Radcliffe joue très bien dans ce film. Il faut dire que son personnage est bien mieux défini que dans les épisodes précédents : ici, il a des réactions "normales", il est colérique, il pleure, il s'amuse... On le voit par exemple, lorsqu'il est sous la cape, renverser une chorale qui se trouve droit sur son chemin. Il profite également d'être invisible pour se venger de Malfoy. Et quelle joie de découvrir les nouveaux acteurs au casting ! Thewlis imprégné dans ce rôle pas évident, Thompson complètement dingue, Oldman inspiré et le très bon Spall

On croit aux personnages dans ce film, et c'est pour ça que pour la première fois, on a peur pour eux. L’œuvre se transforme par moment, elle effraie presque le spectateur. Les détraqueurs sont bien designés, leur démarche un peu flottante est parfaitement trouvée ; quant au loup-garou, je sais que son look en a énervé plus d'un, mais je pense qu'il est très intéressant, surtout parce qu'on ne le confond pas avec Sirius en chien. Les effets spéciaux sont tellement bons que les scènes gagnent un suspens insoupçonnable quand on a vu les deux premiers chapitres de la saga. 

Je reviens sur l'esthétique du film. Pour coller avec l'histoire, il fallait que le métrage devienne moins enfantin. Ainsi nous avons droit à des décors avec plus de textures. Il y a une personnalisation évidente dans chaque détail. Par exemple, la pierre qu'envoie Hermione n'est pas une pierre banale, il y a un petit fossile. C'est bête à dire mais on sent la volonté d'iconiser au maximum certaines images, comme ces citrouilles dans le jardin par exemple. 

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Alors OK, les images sont sublimes, mais encore faut-il que la musique suive pour totalement faire adhérer au film. Eh bien bravo, John Williams nous propose une partition digne de lui, peut-être même l'une de ses meilleures. La musique de l'hippogriffe est un concentré de talent et les chansons additionnelles ajoutent à la cohérence. 


Quitte à changer l'ambiance du film, il faut le faire jusqu'au générique. Et c'est bien le cas, non seulement il ne termine pas sur le sempiternel banquet avec tous les élèves, mais le réalisateur change la forme même du générique. 

Cuaron est un sorcier. 


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