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Oncle Boonmee, Palme d’Or : présence des fantômes thaïs

Par Mathieutuffreau
Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures)

Les maisons traditionnelles thaïs comportent une ou deux marches entre chaque pièce pour empêcher l’accès aux fantômes et aux mauvais esprits. Il est donc naturel d’imaginer dans ce pays l’air peuplé de la présence des fantômes des disparus ou de leur réincarnation dans les insectes et les animaux qui croisent notre chemin.

Apichatpong Weerasethakul n’a pas choisi la voie la plus facile pour exhumer les fantômes de son magnifique pays dans Oncle Boonmee, Celui qui se souvient de ses vies antérieures. Nous y croisons donc des singes-fantômes qui ont dû plaire au Président du Jury Tim Burton, mais aussi des fantômes beaucoup plus visibles et tenaces dans l’histoire de la Thaïlande : ainsi le pauvre Oncle Boonmee qui meurt à petits feux d’une maladie du rein voit l’origine de ses maux dans le fait d’avoir tué trop de communistes, lorsque son pays servait de base arrière des Etats-Unis dans la lutte contre les Rouges au Vietnam, au Cambodge et au Laos. Nous croisons aussi la route des immigrés laotiens qui font comme les minorités birmanes l’objet d’un rejet important de la part de la population thaïe et de retours massifs au pays (comme en France pour les tsiganes).

La confiscation de la richesse du pays par une minorité anti-communiste sert donc de toile de fond à un film qui correspond bien à la vocation universaliste du Festival de Cannes en résonnant avec les émeutes sanglantes survenues à Bangkok le 19 mai, entraînant la mort d’au moins 16 personnes (dont un journaliste italien) parmi les Chemises rouges qui militaient pour un changement de politique dans le pays via l’abolition des pouvoirs du roi, qui est le souverain le plus anciennement en exercice dans le monde, depuis 1946.

Oncle Boonmee est parfois hermétique et nous entraîne vers des rivages qui ne nous transcendent pas toujours par leur originalité (la disparition des fantômes et de la spiritualité à l’ère de la télévision), mais le film a l’audace de placer la question centrale du bouddhisme, religion majoritaire du sud-est asiatique, à savoir la réincarnation, au coeur des conflits sociaux et ethniques de la Thaïlande contemporaine. Nous aimerions voir plus souvent les dix commandements, la résurrection, et la parole de Mahomet questionnés dans le cinéma européen et méditerranéen.

Oncle Boonmee : Bande-annonce (Cannes 2010)

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