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comme un rasoir

Par Zorglub

comme un rasoirA Gerald Locklin
22 juin 1987 
« Eh bien, j’ai toujours préféré la phrase simple et nue parce que j’ai toujours eu le sentiment que la Littérature, celle d’aujourd’hui et celle des siècles passés, était en grande partie truquée, tu vois, comme les combats de catch. Même ceux qui ont duré des siècles (avec quelques exceptions) m’ont donné l’étrange sentiment de m’être fait arnaquer. En fait, j’ai l’impression  qu’il serait plus difficile de mentir avec la phrase nue, ça se lit d’ailleurs plus facilement, et ce qui est facile est bon et ce qui est difficile est emmerdant. (Ca m’est resté des usines et de la fréquentation des femmes.)
  Ainsi, Fante m’a donné la phrase sensible, Hemingway la phrase qui ne demande rien, Thurber la phrase qui se moque de ce qu’a fait l’esprit qui n’y pouvait rien faire ; Saroyan la phrase qui s’aime elle-même ; Céline la phrase qui coupe la page comme un rasoir ; Sherwood Anderson la phrase qui parle au-delà de la phrase. Je pense leur avoir à tous emprunté quelque chose et je n’ai pas honte de l’admettre. J’espère seulement avoir ajouté mon nom aux leurs, quoi ? Si je savais ce que je fais, je ne pourrais pas aller plus loin. […]» p357-358

Charles Bukowski, Correspondance 1958-1994, ©Editions Grasset. Trad. M.Hortemel


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