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Gainsbourg, vie héroïque ***

Publié le 21 octobre 2010 par Chonchon44

g1 Un film de Joann Sfar (France - 2010) avec Eric Elmosnino, Anna Mouglalis, Laetitia Casta, Lucy Gordon

Un très joli hommage à l'homme à la tête de chou, un film fin, intelligent, sensible. Le portrait touchant d'un artiste magnifique, dans toute sa démesure.

Je suis fan de Gainsbourg depuis l'enfance, ce qui fait un bail. Mon père l'adorait et, toute petite, je chantais La Javanaise et Le poinçonneur des Lilas... Ensuite, j'ai suivi toutes ses périodes, toutes ses égéries chanteuses. J'ai eu mal quand il avait mal, j'ai été heureuse quand il était heureux, j'ai pleuré avec Jane, avec Charlotte. Gainsbourg, c'était comme un membre de ma famille, "un petit papa" comme il dit à Bambou. Il fallait donc que ce biopic soit à la hauteur du personnage. Elle l'est.

Sfar a eu le génie d'inventer un cadre plein de fantaisie à son sujet. Rien de conventionnel, rien de très provocateur non plus. De la poésie, de l'humour, de la fantaisie, du charme. Serge, quoi. Nous suivons le petit garçon juif qui arbore son étoile jaune et son physique ingrat avec insolence, et cache les larmes et les complexes à l'intérieur ; un môme qui dessine et peint sans relâche, alors que son père veut en faire un musicien. Des parents immigrés, discrets, stricts, mais tendres et aimants. Il devient finalement pianiste de bar, timide mais enjôleur, complexé mais séduisant et finit par accéder au statut de star adulée, entourée des plus belles femmes. Lorsque Bardot le quitte, l'amour de sa vie, c'est la descente aux enfers, malgré l'arrivée de Jane pleine de vie, de bonheur et d'amour. Nous voyons aussi l'artiste, un tantinet provocateur, mais surtout incompris, qui pleure sur des critiques assassines... Tout ça est assez bouleversant.

Sfarr lui a inventé un double qui l'accompagne tout au long de sa vie, une sorte de mauvais génie, cristallisant ses peurs, son génie, ses intuitions, ses démons. Les affres de la création. Le fameux Gainsbarre. Une jolie fantaisie pour illustrer son autre lui-même.

Elsomino offre une composition saisissante, presque troublante. Idem avec Laetitia Casta, que d'habitude je déteste, et qui ici m'a complètement bluffée. Tout le passage avec elle est absolument sublime. Lucy Gordon est très mignonne, mais elle n'a pas toutefois l'infini charme de Jane au même âge, mélange d'innocence, de fragilité et de non conformisme. On n'en voudra pas à cette petite Lucy, débutante prometteuse mais hélas déjà partie.

C'est très joliment fait, c'est harmonieux, c'est poétique et tendre. Un conte (c'est Jane Birkin qui a voulu cette expression) qui laisse leur part de mystère à ceux qui l'ont  cotoyé et aimé. J'ai adoré. Le générique de début (dessin animé) est un petit bijou ! 

Je crois que ça lui aurait plu. Il aurait dit, avec un sourire en coin, que c'était de la merde, mais aurait été tout fiérot à l'intérieur.

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