Choses vues
Sur la place de la Bourse de Paris se dresse le palais Brongniart, imposant et solennel. Aux pieds de ses colonnes, commerçants, rôtisseurs et maraîchers ont dressé un petit marché dont les ventes à la criée font échos à l’agitation fébrile des salles de marché. Dissimulé entre les ors des boutiques de numismatique, le passage du Panorama dévoile sa gueule au flâneur, tel un long serpent, et laisse entrevoir ses merveilleuses petites échoppes au gré de l’abandon.
Embaumé par le fumet gourmand des restaurants qui l’occupent, le passage regorge de commerces aussi improbables qu’oubliés. A l’angle d’un croisement, la clinique de la poupée propose perruques, paires d’yeux, jambes, bras, têtes et habits pour le plus grand bonheur des petites filles.
Plus loin, on vend des cartes anciennes, venues de toutes la France. D’émouvantes histoires sont préservées sur le carton jauni par le temps et attendent patiemment qu’un correspondant vienne retrouver, ému, les mots qu’il écrivit jadis. On lit de tout : lettres d’amour, simples remerciements, récit de manœuvres militaires, demandes de nouvelles. Sur ces cartes sont consignées les peurs, les angoisses, les joies et les aventures des générations passées.
Cisaillé par le boulevard Poissonnière, le passage du Panorama devient le passage de Jouffroy. On s’y engage derechef, curieux et avide, attiré par la devanture vive et bariolée de la Cure Gourmande. Remplie de biscuits, bonbons et autres douceurs, la vitrine attire inexorablement l’œil des passants. Et celui qui ignore encore ce que sont les berlandises, muscadines, calissounets, navettes, choupettes et mendiants devrait passer le pas de la porte sans plus tarder.
Plus loin, il y a la librairie Verdeau, envahie par l’odeur caractéristique des livres anciens qui s’amoncèlent en monticules disparates. Il y a l’étrange atelier de Monsieur Segas, vendeur de cannes sculptées et de livres à trésors. Un petit royaume de bizarreries dont la porte, ornée d’un crâne sombre, avertit le visiteur de ces mots mystérieux : « Acta est fabula ».
Paris est ainsi. Il étale les trésors aux yeux de tous sur ses boulevards, ses quais et ses places, mais il préserve mille et une autres merveilles, à l’abri des regards, pour celles et ceux qui aiment flâner entre ses ruelles.
***
Libre ment vôtre est membre du réseau LHC



Ajouter un commentaire