Le cinéaste autoproclamé de la difficulté à sortir de sa condition sociale, mais aussi selon nous de toutes les humiliations vécues par ceux qui ne correspondent pas au modèle dominant en France, considéré dans ce blog comme le plus grand cinéaste francophone, franco-tunisien ou même parisien des années 2000, a honoré le public d’une Master Class au Forum des Images animée par le critique du Nouvel Observateur Pascal Mérigeau.
L’homme d’une élégance rare, est d’autant plus doux et calme que ses tournages sont réputés houleux. Il a eu la gentillesse de rappeler le chemin qui écrit la vie d’un homme : l’enfance dans une banlieue populaire de Nice, l’accès au conservatoire dans le quartier huppé de la même ville, les rôles du beur qui réussit dans les années 80, la longue traversée du désert, etc. Le metteur en scène a été rapidement déstabilisé au cours de la rencontre par l’intervention d’un SDF venu ici par la grâce d’une femme qui voulait bien faire, et qui nous a tous fait autant de “bien” qu’un film de Kechiche, en parlant de pizzas quand l’assistance voulait parler de position de caméra et d’esthétique.
“On ne dirige pas les comédiens” affirme celui connu pour engager des non professionnels et les laisser s’épanouir avant de les imposer dans la planète cinématographique, de Sabrina Ouazzani à Sara Forestier et Hafsia Herzi. Il rappelle que nous devons L’esquive à l’engagement d’un quasi non-producteur qui croyait en son projet, Jacques Ouaniche, et que ni le cinéaste ni les techniciens ne furent payés sur le tournage. Deux jours après la sortie du film, Claude Berri le contacte et lui fait part de son envie de produire son prochain film, qui sera La graine et le mulet.
L’homme utilise souvent deux caméras sur ses tournages, même si une seule est correctement positionnée, l’autre ne servant qu’à “garder l’énergie pour les acteurs car le contrechamp diminue la concentration de l’acteur qui n’a pas la caméra sur lui”. Et quand il annonce qu’il “arrive que l’on obtienne quelque chose de nouveau à la 200e prise”, il n’est pas certain qu’il plaisante.
Abdellatif Kechiche, qui entretient une relation fusionnelle avec ses acteurs, conseille de veiller particulièrement au choix des deux personnes qui leur seront les plus proches, à savoir l’assistant réalisateur et le perchman qui leur met les micros.
Enfin, puisqu’il s’agit aussi d’un très grand cinéaste politique, mais dans le sens noble du terme, et non dans le sens du mieux-disant fiscal qui se dispute le pouvoir tous les deux ou trois ans, Abdellatif Kechiche explique qu’il s’est attaché à la Vénus hottentote pour Vénus noire, parce qu’elle “concentre à elle seule toute la douleur de l’humanité… elle a été outragée et exhibée pendant deux siècles par des êtres que l’on dit appartenir à l’élite intellectuelle“. Aucun grand film américain sur l’esclavagisme des noirs africains, aucun grand film français sur la période coloniale, mais Vénus noire, ici et pour longtemps.






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